« Beyrouth la belle »
Naji Kiwan - 24 juillet 2006, 12e jour de guerre au Liban.

Quand je quittai Beyrouth le 5 juin 2006 pour retourner à Washington, après une courte visite à ma famille et à mes amis, je n’aurais pu imaginer que c’était peut-être là la dernière fois que je voyais « Beyrouth la belle » (titre donné par Abdou, un étudiant de l’Université, après avoir visionné des films et des documentaires sur le Liban, et regardé de nombreuses photos de Beyrouth). Vraiment, Beyrouth est belle. Mais l’est-elle encore aujourd’hui ? L’est-elle encore, après les attaques ? Que reste-t-il, là-bas ? Pas grand-chose, je le crains.
Beyrouth est attaquée avec sauvagerie et férocité. Plus de vingt-cinq ponts reliant la capitale au Sud ont été détruits… toutes les routes principales… quatre-vingt-dix pour cent des infrastructures… les antennes de communications, les stations de radio et de télévision… Notre peuple innocent souffre, et un grand nombre a péri : plus de 350 morts, 1000 blessés, et l’attaque continue. Et le monde regarde…
Mais même ainsi, Beyrouth demeure « la belle ». En dépit des ruines, des attaques et des destructions, le Liban demeure un beau pays grâce à l’hospitalité de ses gens et la beauté de ses montagnes, le charme de sa mer et la séduction de ses terres. L’ennemi veut détruire le Liban, mais la bonne volonté des Libanais, leur attachement et leur affection pour leur sainte terre restera plus fort que la guerre ou la cruauté.
Les Libanais ont été habitués à faire face aux guerres et aux confrontations depuis 1975, date de la première invasion de notre pays par les Syriens. Plus encore, le Liban a été, au cours des millénaires, nombre de fois ravagé et ruiné par divers peuples et nations. Tous avaient l’ambition de s’approprier ses ressources et terrifiaient la population. Mais le Liban – jadis appelé Phénicie –, comme le Phœnix, renaît chaque fois de ses cendres.
Les Libanais sont un peuple fort, et ont tenu dans ces tourments parce qu’ils ont conservé la Foi, l’Espérance et la Charité. Ils espèrent en Dieu, croient en Lui et mettent en Lui leur confiance. Ensemble, ils collaborent pour faire face à la situation et agissent au nom de leur Foi et de leurs croyances afin de manifester leur amour mutuel. Ensemble, ils se sont unis dans des entreprises sociales et des actions de charité en faveur des 700 000 réfugiés qui ont dû abandonner leur maison, leur village et leur terre – mais pas leur pays. Ceux-là ont perdu leurs biens, mais pas leur Espérance ; ils ont perdu leurs proches, mais jamais ils n’ont perdu leur Foi.
Si je suis si optimiste aujourd’hui, c’est parce que je garde ma Foi en Dieu. J’ai confiance en Dieu et je crois qu’Il peut sauver le Liban. Pourquoi ne le ferait-il pas ? Il est le Chemin, la Vérité et la Vie. Il est la Résurrection et la Vie. Il est le don de la vie. Que Dieu bénisse notre peuple, qu’il le protège et le conduise au salut.
Beyrouth demeurera toujours « la belle », Abdou, même ainsi, parce que la beauté est au-dedans de chacun de nous, et spécialement des Libanais. La beauté est un cadeau de Dieu pour nous, êtres humains. La beauté, c’est la qualité d’une vie, l’ornement des âmes et la parure des esprits. Avec confiance je le déclare, Beyrouth demeurera toujours Belle, et le Liban demeurera toujours, le Liban demeurera toujours, le Liban demeurera toujours.
Naji Kiwan est prêtre maronite libanais, et étudie actuellement à Washington aux Etats-Unis.
Il fut Ami des enfants de 1993 à 1994 à Dakar au Sénégal.
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