Dossier Points-Cœur Liban
● « Beyrouth la belle » ● Le Liban et nous...
Notre quartier à Beyrouth
- 10 août 2006 -
Face à la montée de la violence, nous avons fait le choix de fermer provisoirement le Point-Cœur de Beyrouth. Les quatre Amis des enfants présents sur place sont rentrés en France le 28 juillet, en attendant de voir la tournure que prendront les événements. Notre maison a été confiée aux Petits Frères de Jésus, qui se chargent de l’utiliser au mieux pendant ce temps : une famille soudanaise loge à l’étage, tandis que des permanences sont organisées au rez-de-chaussée avec des bénévoles, pour les enfants et adolescents dont le nombre a triplé depuis les combats de juillet.
Le Point-Cœur Sainte-Rafqa fut fondé en 1992, au sortir de la guerre du Liban, dans le quartier de Bourj Hammoud (Beyrouth Est), quartier historiquement peuplé par les réfugiés du génocide arménien. La physionomie du quartier a varié au gré des événements du pays. Ces derniers temps, la population était à faible majorité chrétienne, les musulmans étant ici à majorité chiites ; outre les familles libanaises, s’y trouvaient des familles syriennes et turkmènes, ainsi que de nombreux journaliers philippins, sri lankais, soudanais, éthiopiens ou encore égyptiens…
Avec les combats de juillet, le visage du quartier semble à nouveau vouloir changer. La plupart des non-Libanais ont fui, laissant la place aux familles chiites réfugiées du sud de Beyrouth et du Liban. Plus de mille familles ont été logées dans les écoles, mosquées et appartements libres du quartier. Nous avons été témoins du très grand enthousiasme pour les accueillir, même si la situation économique n’est guère brillante – le quartier est pauvre, et toute activité a évidemment cessé dans le pays. Beaucoup se sont donc rendus disponibles. Comme cette amie, étudiante, qui a remplacé son travail d’été annulé par l’accueil des réfugiés : aide matérielle, participation à des animations pour les enfants, visite aux familles, etc. Elle échangea même ses vêtements à la mode pour des vêtements plus habillés par respect pour les « hôtes » à majorité musulmane. L’accueil a ainsi été organisé par les associations, les paroisses, les mosquées, les communautés religieuses, dans une grande unité, et avec un réel souci de la rencontre.
Il semblerait que la guerre ait finalement provoqué – au moins dans notre quartier – ce à quoi la révolution du Cèdre n’était pas parvenu : le rapprochement de deux communautés que tout éloignait a priori – si ce n’est une « âme libanaise » commune. Nous avons bien sûr hâte de les rejoindre ; espérons que notre exil ne se prolongera pas.
Paul Walter
Photo : Ibtissam et son fils. Liban, 2006.
Articles associés :
Le Liban et nous - Trente-quatre jours de guerre, plus de mille morts, l'essentiel de son infrastructure détruite…
Sur quoi le peuple libanais peut-il aujourd'hui s'appuyer pour envisager l'avenir, et où puiser la force nécessaire de tout recommencer ? Analyse, à la lumière de quinze ans de présence des Points-Cœur en terre des cèdres. Lire >>
« Beyrouth la belle » - Naji Kiwan est prêtre maronite libanais, et étudie actuellement à Washington aux Etats-Unis.
Il fut Ami des enfants de 1993 à 1994 à Dakar au Sénégal. Au 12° jour de la guerre, il nous livrait ce cri du cœur pour son pays. Lire >>
|