Engagement
définitif d'Édith Loosfeld et engagement temporaire
d’Edouard de
Grivel et de Thibaut de Pontbriand dans
la fraternité Molokaï
Amie
des enfants depuis 1994 où elle avait été envoyée
en Thaïlande, Édith est la dixième Molokaï à s'engager
définitivement dans la fraternité, après cinq
ans en Inde et deux en Argentine.
Un mariage pas comme les autres
Homélie à l'occasion de l’engagement
définitif
d’Edith Loosfeld
et de l’engagement temporaire d’Edouard de Grivel et
de Thibaut de Pontbriand.
Saint-Crépin-aux-Bois, le 5 octobre 2003.
Curieusement les textes que nous propose la liturgie d’aujourd’hui
ont pour thème le mariage et le divorce. Ils disent qu’il
n’est pas bon que l’homme soit seul, qu’il a
besoin d’une aide semblable à lui, que l’homme
et la femme ne feront plus qu’un, que ce que Dieu a uni,
l’homme ne doit le séparer… Si, en bien des
circonstances, les lectures du jour correspondent magnifiquement à l’événement
célébré, cette fois elles paraissent tomber
tout à côté ! Cependant, peut-être n’est-ce
qu’une apparence… Ce que nous célébrons à présent,
n’est-ce pas en effet un mariage pas tout à fait comme
les autres ?
* * *
Une chose est certaine : Dieu aime les alliances, Il aime les
mariages. Il aime la communion. Cela est inscrit dans l’essence
même de son être : Dieu est Trois et parfaitement un.
Chaque Personne divine est en effet toute tournée vers l’Autre,
Elle est à l’Autre, Elle appartient à l’Autre.
En tant que créé à l’image et à la
ressemblance de Dieu, l’homme ne s’accomplit qu’en
entrant dans cette attitude de dépossession, de don, d’offrande
dont les Personnes divines sont à la fois le modèle
et la source. Dans l’être même de chacun est
inscrite comme cette disposition, plus ou moins contrariée, à se
tourner vers Dieu. Chacun de vous qui vous engagez aujourd’hui,
par grâce, a perçu cet amour premier qui l’a
fait surgir du néant. Il s’est laissé séduire,
il s’est laissé saisir par ce Dieu qui n’use
d’aucun des moyens de séduction du monde. Il séduit
par son silence, Il séduit par sa croix, Il séduit
par son incroyable humilité, Il séduit par sa pauvreté infinie.
Parce que son amour est un amour vrai. Parce qu’Il ne veut
de nous qu’une réponse libre.
Cette réponse, c’est celle que vous donnez aujourd’hui.
Personne ne vous a forcés à épouser Dieu.
Personne ne vous a contraints à vivre chaste, pauvre et
obéissant. Personne ne vous a incités à consoler
les plus souffrants, si ce n’est l’amour qui vous y
presse. Le « oui » que vous prononcez est un acte magnifique
parce qu’il est un acte où votre liberté se
manifeste dans toute sa grandeur. Votre vie, personne ne la prend,
c’est vous qui la donnez. Librement vous choisissez d’appartenir
au Christ. Cette décision soudain vous grandit, vous comble,
vous définit. Elle vous rend parfaits puisque la perfection « se
définit comme reconnaissance élémentaire et
acceptation de l'appartenance. C'est si vrai que le saint, dans
la Bible, n'est pas celui qui ne se trompe pas, mais celui qui
a été choisi par Dieu et l'a reconnu » (Don
Giussani, Tout dans un regard, in Trente Jours, n° 1, janvier
1992, p. 70). Elle vous situe dans la vérité parce
que « l’homme n’est en vérité que
dans la révélation de la Trinité » (Le
Saux, La montée au fond du cœur, p. 280). Chacun de
vous peut désormais s’exclamer : « Ce n’est
plus moi qui vis, c’est Lui, le Fils de Dieu, qui vit en
moi » ! Et s’émerveiller encore en constatant
: « Et Celui qui vit en moi, Il est incroyablement plus que
moi-même, Il me dépasse, Il me transforme, Il ne cesse
de me surprendre, de me bouleverser, de m’étonner
! »
La vraie vie de mariage consiste justement en cela : à se
laisser entraîner par un Autre, à suivre de tout son être, à s’émerveiller
de la nouveauté qui chaque jour nous est dévoilé.
Dieu ne pourra vous lasser : vous n’épuiserez jamais
les facettes infinies de son Être ! Votre contemplation de
sa beauté ne fera jamais que commencer. Dieu ne pourra vous être
infidèle : Il est Celui qui ne sait rompre aucune alliance
! Dieu ne pourra vous ennuyer : avec Lui, l’aventure est
nouvelle chaque matin, plus grande, insoupçonnable… Une
seule possibilité, comme le disait Petite Sœur Magdeleine
: « C’est de prendre sa main et de suivre aveuglément ».
Le joug est alors facile et le fardeau léger. La vie devient
une extase de joie même s’il arrive que les hommes
et les événements s’emploient à la broyer.
Parfois survient en chemin la tentation de s’arrêter,
de raidir la nuque, de se durcir, d’oublier, d’être
curieux des choses du monde… Comme si le moi voulait reprendre
son droit… Il nous semble que le Christ est un pélerin
trop exigeant, trop rapide. Il est vrai, Il l’a dit : « Le
Fils de l’homme n’a pas même de pierre où reposer
sa tête ! » Mais Il a le cœur du Père.
Et si le cœur du Père est son repos, il est aussi le
vôtre. Dans ce mariage pas comme les autres, on ne reste
fidèles que si, à chaque instant, on demeure attentifs à la
Présence de l’Esprit, que si on rend grâce pour
le centuple dont Dieu nous comble, que si on adore en esprit et
en vérité. Sans cela on s’agite, on s’égare,
on devient stérile.
* * *
Ainsi, ce n’est pas rien de se marier au Mystère
! Et cela, d’autant plus que le Mystère ne nous garde
pas égoïstement pour Lui. Tout en nous maintenant dans
l’étreinte de son amour, constamment Il nous envoie,
Il nous dit « Allez ! Votre chapelle – le lieu de la
rencontre – c’est le monde et elle est aussi vaste
que lui. Vous êtes marié, mais vous ne l’êtes
pas encore assez ! C’est avec tous ceux qui sont appelés à devenir
un avec moi qu’il convient que vous soyez aussi unis ! Comme
le Fils, épousez l’humanité ! » Et c’est
là notre belle mission. Dieu nous choisit, comme les premiers
disciples, non seulement pour « être avec Lui »,
mais aussi pour « être avec eux ». Et « eux »,
ce sont tous ceux qui ont mal, tous ceux pour qui la vie est un
perpétuel holocauste, tous ceux qui ne cessent de « compléter
dans leur chair ce qui manque à la Passion du Christ pour
son Corps qui est l’Eglise ».
Déjà vous avez expérimenté pendant
quelques années, ce que signifie cet « être
avec », être avec le peuple de Tondiarpet ou de Bangalore, être
avec le peuple de Villa Jardin ou de Rome. Au point de départ
c’est un simple « être là », un
simple « partager » le temps, partager la vie ou le
maté qui peu à peu prend toutes les dimensions du
drame eucharistique. C’est une disponibilité qui devient
sacrifice, c’est un sacrifice qui devient nourriture. Le
destin de l’Agneau qui est votre Epoux devient le vôtre.
Il n’y a plus de frontière dans le don. Une seule
solution : aller jusqu’au bout… Et l’on a besoin
de vous : on a même terriblement besoin de vous dans l’usine
de Damprichard, terriblement besoin de vous dans l’hôpital
Muniz, terriblement besoin de vous dans les rues de Rome… On
a besoin que votre amour devienne salut pour tous ceux qui l’espèrent.
Et ce salut advient dans la consommation du sacrifice du Christ
et dans la com-munication de Sa vie à travers le don total
de vous-même, à travers la diaphanéité de
votre propre vie.
Son sang, le Christ le verse librement pour la multitude. Le don
qu’aujourd’hui vous faites de vous-même porte
un fruit qui dépasse les quelques centaines de personnes
dont vous serez proches dans votre vie. Il embrasse, il élève,
il sauve aussi une multitude. De fait, la logique de votre fécondité sera
peut-être celle-ci : plus la poutre verticale de votre amour
s’enfoncera dans la boue du quartier où vous êtes
envoyés, dans les quelques amitiés qui vous données,
dans la communauté qui est la vôtre, plus la poutre
horizontale de votre amour pourra rejoindre la multitude de ceux
qui attendent la consolation. Puissiez-vous donc vous enfoncer
profondément dans l’aujourd’hui de votre existence
! « La mystique, dit le Père Le Saux, c’est
d’entrer dans ce qui est, dans le “nunc” » (Le
Saux, La montée au fond du cœur, p. 279) !
* * *
Dieu vous est donné. Ceux qui souffrent vous sont donnés
: les vieillards, les prisonniers, les malades, les drogués,
les personnes qui se prostituent. Les enfants vous sont donnés.
A travers eux déjà vous êtes bénéficiaires
du Royaume. Mais ce Royaume magiquement disparaîtra dès
que vous porterez sur lui une main possessive. Si vous accaparez
la grâce, elle fuit… Si vous vous faites propriétaires
d’une amitié, elle devient infernale… Si vous
pensez que vous avez le droit à quelque chose, vous perdez
tout… Pourquoi ? Parce que le Royaume de Dieu est l’univers
de la gratuité. Nul ne peut s’en emparer, le faire
sien, parce que l’on ne s’empare pas de l’amour.
Chaque jour les enfants frappent à votre porte, ils vont,
ils viennent, ils vous demandent quelque chose et avant même
de le recevoir déjà ils se sont envolés. Ils
se réfugient dans les bras de l’un et dans les bras
de l’autre. Ce sont les maîtres que Dieu donne aux
apôtres ; ce sont les maîtres qu’ils vous envoient
et qui, à domicile, chaque matin, viennent vous enseigner
la vie du Royaume et vous en ouvrir les portes !
| Dans nos maisons, invisibles et pourtant là, il est
bien d’autres enfants que Dieu nous donne comme maîtres.
La plus grande et la plus petite, c’est la Mère
de Jésus-Christ. Elle n’a jamais rien voulu avoir
et elle a tout eu. Au moment de perdre son Fils, son Unique,
elle a reçu tous les hommes comme fils… Il y a
le Bienheureux Damien de Molokaï qui a accepté de
porter la lèpre des siens… Il y a Mère
Teresa qui a gardé le sourire jusque dans la nuit la
plus profonde et l’a porté à tous ceux
qui ne voyaient plus la lumière… Et des centaines… des
milliers d’autres dont un jour, je l’espère,
vous ferez partie. Points-Cœur n’est-ce pas, en
effet, le lieu que Dieu a choisi pour vous afin de vous apprendre à devenir
enfants selon le mode du Royaume ? Points-Cœur n’est-ce
pas, plus simplement, pour vous l’école de l’amour
vrai ? Points-Cœur n’est-ce pas encore, pour vous,
Edith, Edouard et Thibault la porte qui vous fait entrer dans
l’intimité du Père, du Fils et de l’Esprit-Saint
? |
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Procession des offrandes à la messe, où chacun des anciens Amis
des enfants ayant vécu en communauté avec Édith, à Bangkok,
Bangalore et Buenos Aires, a apporté une photo d'enfant. |
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Les anciens de l'Inde pendant le repas de fête
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Édouard de Grivel et Thibault de Pontbriand ont aussi
fait leur premier engagement dans la fraternité, au
cours de cette même messe. Cet événement
important fut aussi une occasion pour leurs familles, les amis
de Point-Cœur, les anciens Amis des enfants d'Inde et
d'Argentine, de se retrouver et de fêter ensemble cette
grande joie. |