Fermeture
du Point-Cœur Petite-sœur-Magdeleine en Haïti
Témoignage d'Emmanuelle
« Essayons de vous raconter les derniers moments que nous
avons pu vivre dans notre quartier puis à Port-au-Prince.
En fait une bande de rebelle armés, bien décidé à faire
partir Aristide, a commencé à prendre en otage la
ville des Gonaïves début février. Au Cap après
quelques manifestations, le calme était revenu, un bateau
d’essence était venu approvisionner la centrale électrique
qui avait cessé de tourner, les tap-tap roulaient de nouveau
dans la rue, et les petites marchandes ressortaient courageusement
vendre. Depuis quelques temps quand même, nous étions
en contact régulier avec Vieux-Moulin et l’ambassade
de France en Haïti. Mardi 17 Février, nous avons pu
rencontrer au Cap le consul honoraire de France qui nous a informées
de l’intention des rebelles d’attaquer le Cap très
bientôt, aussi a-t-il ajouté qu’il serait plus
prudent pour nous d’aller à
C’est ainsi qu’il
nous a fallu nous réunir en communauté pour prendre
cette décision d’un éventuel départ.
Décision, vous vous en doutez, très difficile à prendre.
Nous avons bien réfléchi et avons senti nous-même
qu’en cas de problème nous serions plus une charge
qu’une aide pour notre quartier et ainsi nous avons compris
que le Seigneur nous invitait à rejoindre Port-au-Prince.
Curieusement,
tout cela s’est passé dans une grande
paix. Il était 10 h et notre avion partait en début
d’après-midi (les routes étant bloquées,
notre seul recours était l’avion). Inutile de vous
décrire la précipitation !!!
L’une alla réserver
l’avion, l’autre chercher l’argent caché chez
des sœurs, les autres filèrent prévenir quelques
amis du quartier, bref, tout fut un peu speed ! Il ne nous restait
que peu de temps pour préparer nos sacs ne prenant que le
strict minimum. Quel détachement !!!
Dur de laisser notre
maison, nos affaires etc., mais pire encore, de quitter tous nos
amis sans prendre le temps de saluer chacun personnellement, ni
même de les prévenir. Le chauffeur de notre curé arriva
un peu en retard pour nous emmener à l’aéroport
et c’est sur les chapeaux de roue que nous avons descendu
la rue du Point-Cœur les larmes aux yeux ! Oh, nous ne sommes
pas allées bien loin puisque la route était bloquée,
impossible d’aller à l’aéroport ! Un
mouvement de panique venait de commencer dans les rues, les gens
hurlaient, courraient, criaient, les voitures et les camions tentaient
de fuir la ville au plus vite dans une furie inimaginable, les
coups de feu et jets de pierre sifflaient dans nos oreilles, bref,
la panique !
Notre excellent chauffeur fit demi-tour en une fraction
de seconde, et avant même que nous puissions comprendre ce
qu’il se passait, nous étions garés dans la
cour du presbytère. Il fallait voir la scène… encore
mieux que dans James Bond !!!
Nous avons donc dormi au presbytère
où une grande chambre semblait nous attendre. Nous avons été reçues
comme des reines par notre curé. Ce n’est que le lendemain
que nous avons pu prendre notre avion. À Port-au-Prince,
les Pères de Saint-Jacques nous ont accueillies à bras
ouvert. Malheureusement, la situation s’est révélée
encore pire ici ! Les
coups de feu retentissaient autour de nous jour et nuit, nous avons
même pu tester l’efficacité des
bombes à gaz lacrymogène ! La situation devenait
insoutenable et ne semblait pas prête de s’arranger,
et pour la deuxième fois il nous a fallu penser à partir
mais cette fois-ci pour nos pays respectifs…
Dur dur, séparer
notre petite communauté, ce fut une rude épreuve
mais rassurez vous, le Seigneur nous a comblées de grâce
et ainsi nous a permis de vivre tout cela en paix. C’est
ainsi que le samedi 21, un avion partait en Argentine avec Carolina
et Soledad et un autre en France avec Charlotte, Claire et moi-même.
Depuis nous avons toutes décidé de repartir, après
avoir rencontré Père Thierry, et Padre Lorenzo pour
nos Argentines. Claire va rester à Vieux-Moulin, Charlotte
part finir ses cinq mois en Roumanie, Soledad part à Buenos
Aires, Carolina au Pérou et moi-même au Liban. Pour
finir, nous tenons à vous dire un immense merci pour vos
prières qui nous ont accompagnées pendant toute cette épreuve.
Quelle belle famille que celle de Point-Cœur ! »
Emmanuelle.