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Hommage au Cardinal Moreire
| C'est au Convict Saint-Thomas-d'Aquin, lieu de résidence
des étudiants de l'Angelicum, que je rencontrai
pour la première fois Monseigneur Moreira Neves.
Ce devait être en 1980. Il avait été
invité là pour instituer lecteur l'un des
membres de notre Foyer. A cette époque, Dom Lucas
travaillait comme secrétaire du Dicastère
pour les évêques dont il deviendra plus tard
le préfet. Il était bien connu des communautés
religieuses, des paroisses, des universités où
il était toujours prêt à se rendre
pour présider les événements qu'elles
célébraient. Son sourire, la chaleur de
son accueil, sa vive intelligence me marquèrent
d'emblée. |
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| Après la messe, je lui fus présenté et
il s'intéressa au fait que j'étais français - ayant
fait ses études à Sainte-Maximin, il garda toujours un grand
amour pour la France -, que je connaissais le Père Thomas Philippe
et quelques autres dominicains qu'il avait pour amis - lui-même était
de l'Ordre des Prêcheurs - et quand vint le moment de nous mettre
à table, il me fit asseoir à ses côtés, ce qui
m'émut passablement. Par la suite, j'eus encore souvent l'occasion
de le rencontrer. Il me saluait toujours d'un large sourire en disant :
« Como estai, Thierry ? » Bien plus tard, Jean-Paul II le nomma
archevêque de Salvador da Bahia, le créa Cardinal. Je suppose
que ce fut un lourd sacrifice de quitter l'Italie qu'il aimait tant, le
voisinage de Jean-Paul II et tant d'amis romains, même s'il est toujours
doux de retrouver sa propre patrie. |
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Quand je reçus l'appel à fonder Points-Cœur
en janvier 1990, il me sembla devoir installer la première de nos
maisons au Brésil. Je fis le compte des personnes que je pourrais,
dans ce pays, contacter pour m'aider : il était le seul que je connaissais.
Néanmoins, je craignais un peu de lui téléphoner à
Salvador pour me rappeler à sa présence et lui exposer l'objet
de ma demande. La Providence de Dieu vint à mon secours. J'appris
que lui-même en ce début de février était en
France. Il venait donner une conférence organisée par l'Office
Chrétien des Handicapés. Nous pûmes converser au téléphone.
Il se rappelait très bien de nos rencontres romaines - il avait une
splendide mémoire des personnes - et m'invita aussitôt à
l'accompagner le 8 février suivant à Lisieux où il
désirait se rendre pour confier à la Petite Thérèse
le séminaire de propédeutique qu'il venait de fonder à
Salvador. |
Aussitôt la sortie de Paris - il était un
peu plus de sept heures du matin -, je lui confiai l'appel que j'avais
reçu. Il le reçut avec enthousiasme, tant le besoin d'affection
des enfants de son diocèse était grand et m'invita à
venir passer un temps chez lui à Salvador da Bahia. A Lisieux nous
passâmes une excellente journée : nous visitâmes l'intérieur
du Carmel, célébrâmes la messe près du reliquaire
de la Petite Thérèse et priâmes non seulement pour
le Séminaire de Salvador mais aussi pour l'Œuvre naissante.
Au mois de juin suivant, accompagné d'un ami, je m'envolai donc
pour Salvador - c'était le premier grand voyage que nous fîmes
pour Points-Cœur -. Nous eûmes le privilège d'être
pendant une quinzaine de jours les hôtes du Cardinal. Jour après
jour il nous fit découvrir son diocèse, il nous parla -
bien qu'avec réserve - de l'Eglise au Brésil, il nous mit
en contact avec tous ceux qui s'occupaient des enfants des rues ainsi
qu'avec les prêtres de plusieurs paroisses pauvres : un téléphone
de sa part suffisait pour que les portes nous soient ouvertes ou pour
que les gens accourent nous rendre visite en sa résidence. C'est
dire que nous ne tardâmes pas à trouver le lieu idéal...
En fait, nous rencontrions surtout le Cardinal pendant les repas qu'il
prenait assez souvent chez lui. Parfois il était très gai,
très affable, s'intéressant à nos démarches
et à nos rencontres. Parfois, il ne disait pas un mot et nous sentions
à quel point sa charge était pesante. Nous ne savions qu'être
discrets et confier au Seigneur dans la petite chapelle de la maison tous
les soucis qui accablaient notre cher Cardinal.
Par la suite, je ne manquais pas, à chacune de mes visites au
Brésil, de rendre visite à Dom Lucas. Lui-même vint
aussi assez souvent nous voir au Point-Cœur ou à la Fazenda.
Même s'il était suroccupé, je sentais qu'il restait
très présent à ce que nous entreprenions et s'y intéressait
autant qu'il lui était possible. J'essayais, en tout cas, d'année
en année de le mettre au courant de l'évolution de cette
Œuvre qu'il a été le premier évêque à
accueillir dans son diocèse.
Après une maladie longue et humiliante, le Cardinal a achevé
sa mission ici-bas. Il est mort à Rome le 9 septembre dernier et
ses obsèques furent célébrées peu après
en la Basilique Saint-Pierre par le Cardinal Ratzinger. Cependant le Pape
prononça l'homélie reconnaissant en Dom Lucas un grand serviteur
de l'Eglise. Nous sommes sûrs qu'avec lui un nouvel ami de Points-Cœur
se trouve auprès de Dieu et maintenant que Dom Lucas sait les besoins
de l'Œuvre mieux que quiconque nous la confions plus que jamais à
son intercession. Pour notre part, nous adressons au Seigneur notre reconnaissance
pour nous avoir offert, dès le début de l'Œuvre, un
tel protecteur.
Père Thierry |
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