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Ville : Santa Fe, 600 000 habitants
Quartier : Villa Hipodromo (3 000 familles)
Fondé : le 27 février 1993
L’Argentine est un pays immense, cinq fois plus grand
que la France, où tous les paysages se succèdent
: des plus hauts sommets des Andes à l’interminable
plaine de la Pampa, de la terre de Feu aux chutes du fleuve
Iguazu… Lieux magnifiques et grandioses !
Ses 37 millions d’habitants sont descendants, pour
une grande partie d’immigrés espagnols, italiens
et français, mais tous parlent le castellano, un dérivé
de l’espagnol. La plupart des Argentins sont catholiques
et la foi a une grande place dans leur vie. |
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L’Argentine est un pays apparemment riche et, dans les grandes
villes, le mode de vie et la culture sont européens. Cependant
le pays connaît encore les problèmes inhérents
à l’Amérique latine : une corruption tenace
et une économie qui parvient difficilement à se relever.
L’abîme entre les pauvres et les riches grandit chaque
jour et les quartiers marginalisés se multiplient aux portes
des villes.
Santa Fe de La Vera Cruz, qui compte 600 000 habitants, est la
capitale de l’une des douze provinces.
Le Point-Cœur est situé dans le quartier Villa Hippodromo,
également appelé Ciudad de la norte .
Une place particulière dans l’Œuvre
L’Argentine a une place toute particulière dans le
cœur de l’Œuvre puisque Mgr Karlic, archevêque
de Parana, a accueilli la toute première équipe d’Amis des enfants ; depuis, deux autres Points-Cœur ont été
fondés dans le pays, mais surtout dépuis bientôt
un an, Mgr Karlic a reconnu l’Œuvre comme Association
privée de fidèles.
Apostolats extérieurs
- Barranquita : visites deux fois par semaine dun autre
quartier situé derrière le cimetière
à 20 minutes à pieds environ de la maison ,
extrêmement pauvre, constitué de ranchos en
tôle où vivent des familles au nombre denfants
important.
- Prison de Coronda : visites à la Casa Juvénil,
maison de correction pour adolescents, une après-midi par
semaine. Mardi, visites des prisonniers du pavillon psychiatrique.
Ces visites à la prison sont des apostolats effectués
dans le cadre de la pastorale carcérale du diocèse.
La vie du Point-Cœur
Il est neuf heures et demie du matin, tout est calme au Point-Cœur.
Les Amis des enfants commencent les deux heures d’adoration
matinale, se relayant devant le Saint-Sacrement, avec en fond sonore
la cumbia – musique typique d’Argentine, très
entraînante – que les voisins écoutent déjà
bien fort.

Adrian et Mariano s’exerçant aux percussions
dans un terrain vague du barrio |
On frappe à la porte, ou plutôt on tambourine
en rythme sur notre bonne vieille porte métallique.
Il s’agit d’un petit, bien-sûr ! J’ouvre
la petite fenêtre de la porte et aperçois l’enfant
à travers les barreaux. Il s’agit de Dario, six
ans, sur son vélo tout cabossé. Il ne prend
pas le temps de me dire bonjour et déjà me réclame
un peu d’eau d’un ton autoritaire et enfantin
à la fois : « Dame agua ! ». Il n’a
sûrement pas soif, mais peu importe, je le fais patienter
quelques instants, le temps d’attraper un verre et de
le remplir. C’est le premier verre d’eau de la
journée, suivront une multitude d’autres. Certains
verres seront vidés d’un trait, d’autres
à peine. |
Les enfants ont surtout soif d’amour, et quand ils viennent
mendier au Point-Cœur un peu d’eau, c’est pour
mendier un peu d’attention et de tendresse ; c’est l’excuse
qui leur permet de recevoir un gros bisou, de commencer un petit
bout de conversation, de passer quelques minutes en notre compagnie,
à tout moment de la journée et parfois aux heures
les plus étranges… Et si personne ne répond
à leur appel, ce qui arrive parfois à l’heure
de la sieste si indispensable pour tous, ils s’énervent
et, mécontents commencent à piétiner la porte
avec rage, voire à crépir la façade de boue
ou à nous lancer des pierres…
Les voisins nous commenteront, avec un peu trop de flegme
: « Ils sont terribles ces enfants ! » Nous leur
répondrons qu’ils sont en fait terriblement blessés
et utilisent la violence pour s’exprimer car c’est
la seule chose qu’ils connaissent vraiment.
En effet, Villa Hipodromo est un quartier terrible, pauvre,
peuplé de jeunes délinquants, de prostituées
et de proxénètes. C’est un quartier délaissé,
montré du doigt, qui n’est cité dans les
journaux qu’en cas de meurtre, d’affront entre
voyous et policiers ou d’autres événements
qui suscitent colère et rejet. Villa Hipodromo est
un point noir sur la carte, une honte pour Santa Fe et un
puits de violence.
Et les enfants de la rue sont très imprégnés
de l’ambiance du quartier. La moindre dispute entre
deux petits se termine à coups de poings. Une insulte
et déjà les pierres volent. J’ai déjà
vu un enfant de trois ans et demi poursuivre un de ses compagnons
avec une demi-brique à la main… et il ne rigolait
pas le ninito ! |
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De plus l’ambiance familiale est souvent déplorable…
Fréquemment la mère, se trouve enceinte « par
accident » à l’âge de quinze ans…
Mariage rapide, premiers temps dans un rancho fragile et beaucoup
de mauvaises habitudes. Beaucoup de familles se construisent ainsi
sur des bases pour le moins fragiles..

Dans le Point-Cœur, Mariano fait des beignets pendant
que Georgina, Jona et Maxi font leurs devoirs |
La vie familiale n’ayant rien de passionnant, alors
les enfants vivent dans la rue, là il y a de l’espace,
les copains et des bêtises à inventer ! En été,
les enfants traînent dehors de neuf heures du matin
jusque très tard le soir…
Nous avons la chance d’avoir une grande cour au Point-Cœur.
Ainsi durant les trois heures d’apostolat de l’après-midi,
celui qui est de permanence peut accueillir de nombreux enfants
pour partager jeux et dessins, au milieu des cris, des rires
et des insultes. Ils sont généralement surexcités
et violents entre eux, mais, avec patience et amour, nous
semons un peu de douceur en leurs cœurs et partageons
de bons moments.
Une quinzaine d’adolescents fréquentent régulièrement
le Point-Cœur, venant partager la partie de football
quotidienne avec les plus petits – vous surprendrai-je
en vous disant que le foot est une institution en Argentine
–, ou échangeant quelques matés au milieu
d’une discussion désordonnée. |
Et puis, tout au long de la semaine, nous avons des temps un peu
plus privilégiés avec l’un ou l’autre.
Mélissa nous aide à faire la cuisine tout en nous
parlant de son petit frère. Lautaro, alors que je lui apprends
à boire à la bouteille, m’explique que les grands
font « pareil » avec les bouteilles de bière.
Jona vient se faire soigner une petite blessure et nous annonce
tout joyeux qu’ils viennent d’augmenter sa paye. À
treize ans, il travaille toute la semaine dans un kiosque à
journaux et son patron ne se soucie pas beaucoup de ses droits sociaux.
Sur le trottoir d’en face, j’enseigne à Dario
comment attacher ses lacets… Il essaiera toute la semaine
!
| Nos petits protégés sont de « terribles
enfants au grand cœur ». Nous tachons de donner de
la tendresse à ces durs-à-cuire, de leur montrer
leurs beautés, de leur accorder du temps et beaucoup
d’attention, de leur prouver que nous les aimons, tout
en les éduquant. Mission difficile ! Mais mission chargée
d’espérance et d’action de grâces !
Lorsque nous quittons le Point-Cœur, pour parcourir
le barrio, nous croisons mille visages au hasard des rues.
Nous aimons passer devant les différentes cantines
publiques, qui distribuent le déjeuner ou le goûter
aux enfants du quartier. Après des gros bisous et de
chaleureuses embrassades, les jeux s’animent de manière
désorganisée et se remplissent de la joie de
ces petits aux sourires grandioses. Ana se laisse escalader
par Gaby tandis que son frère est déjà
sur le dos de Juancito ; la course commence…
Les enfants de la rue nous témoignent spontanément
leur amour, il en est de même pour leurs parents. Le
peuple argentin est extrêmement chaleureux et les pauvres
le sont davantage encore… |

Dario |
Tous nos amis nous reçoivent le cœur sur la main,
ils nous offrent tout ce qu’ils ont, utilisant l’unique
peso du jour pour acheter un paquet de petits gâteaux et nous
invitant à partager leur modeste repas.
Le maté (boisson nationale) est une bonne excuse pour inviter
l’étranger à rester et à discuter tranquillement.
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