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Point-Cœur Pier-giorgio-Frassati
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À Salvador da Bahia, le Point-Cœur Pier-giorgio-Frassati
Aux couleurs du Brésil…
Vale das Pedrinhas (la Vallée des petites pierres), tel
est le nom du quartier de Salvador da Bahia où le Point-Cœur
Pier-Giorgio-Frassati a décidé de s’installer
en août 1997.
Cette invasão (favela) – que les guides touristiques
ne mentionnent guère ! – est une succession de
petites ruelles étroites qui montent et descendent à
pic, parsemées d’escaliers en béton largement
dissymétriques.
Il y a trente ans, les premières familles sont venues
habiter ce coin de nature vierge. Peu à peu, les maisons
se sont construites, la mare a été asséchée
pour faire un terrain de foot, les pistes ont été
bitumées et maintenant d’innombrables maisons en
briques rouges s’entassent les unes sur les autres, selon
un plan architectural… assez flou. |
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La vie grouille au Vale ; les familles sont très nombreuses,
les enfants inondent les ruelles, chaque coin de beco (petite ruelle
dans les favelas), le tout sur un fond musical de samba ou de reggae
au volume sonore bahianais.
Il n’a pas été bien difficile d’entrer
en contact avec ce peuple, de par le nombre des crianças
(enfants) et de son ouverture chaleureuse. Très vite, nous
nous sommes liés d’amitié avec ces enfants –
d’une grande beauté – qui nous ont aussitôt
présentés à leurs parents.
Le père Guido, prêtre italien de notre paroisse et
membre du mouvement Communion et Libération nous a considérablement
aidés dans nos débuts et continue de le faire. Il
vient toutes les semaines à la maison nous faire un enseignement.
Après une période initiale dans une petite maison,
nous avons déménagé dans une plus grande habitation
en mars 1998. Plus simple, elle est aussi mieux conçue pour
recevoir les enfants et tous nos amis dans la salle principale et
dans la chapelle du rez-de-chaussée. En haut, se trouvent
les chambres, nous avons même la chance d’avoir une
terrasse où nous faisons notre lessive avec, en prime, une
vue magni?que sur le quartier. La maison elle-même est située
dans une petite rue où les voitures ne passent pas, cela
nous permet de jouer tranquillement avec les enfants.
Le déménagement a été l’occasion
de se faire aider par tous nos petits amis : Mauricio transportait
une planche d’étagère, sa sœur Mayara,
le marteau et Luã, leur petit frère, le sac de clous,
dans un rythme bahiano-effréné…
Fin juillet 1998, l’Hôte principal arrive dans notre
petite chapelle : le Saint Sacrement. Après une procession
dans le quartier, Il est venu s’installer dans notre petite
maison. Notre mission prenait alors tout son sens.
Petit à petit, nous entrons dans les amitiés et nous
découvrons ce qui se cache derrière ce peuple joyeux
pour franchir le seuil de leur cœur.
C’est Fernando, père de huit enfants qui, le soir
tombant (quand tout le monde est dehors), aime nous confier ce qu’il
a sur le cœur lorsque nous passons en face de chez lui pour
acheter le pain. Il nous fait régulièrement partager
sa tristesse d’avoir perdu son fils Franki, tué par
balles près de chez lui, à l’âge de dix-sept
ans, dans une histoire – tristement commune – de gangs.
Nous l’écoutons comme nous pouvons, ces quelque temps
passés ensemble font du bien, à lui comme à
nous d’ailleurs. C’est souvent sur un sourire profond
que nous nous séparons.
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C’est Paola-Estefani, six ans, qui passe une grande
partie de la journée au Point-Cœur avec un besoin
fou d’affection. Son papa est parti et sa maman (vingt
ans) ne veut pas s’en occuper. C’est à
la grand-mère d’assumer l’éducation
de sa petite fille. Ce n’est pas facile, la petite vient
alors chez nous chercher un peu d’attention, à
travers la préparation du déjeuner que nous
lui confions. Elle vient aussi chercher un peu de paix quand
elle prie en silence avec l’un de nous dans la chapelle
durant la matinée. Elle aime aussi venir avec son grand
cahier, afin qu’on l’aide à faire ses devoirs
; bon prétexte pour passer un moment privilégié
avec Hugo ou un autre Ami des enfants.
L’après-midi, elle supplie sa grand-mère
de la laisser venir prier le chapelet en face de chez nous,
avec la communauté et les enfants qui le souhaitent
(plus ou moins nombreux selon leur disposition du moment).
Ensuite, elle demande toujours qui d’entre nous va rester
à la maison de « permanence » (les autres
partent deux par deux dans le quartier rencontrer et visiter
les enfants et leur famille), pour jouer au loto, faire un
puzzle, un dessin, ou bien discuter. Durant ces après-midi
au milieu des enfants, elle ne nous quitte pour ainsi dire
pas du regard, nous sommes son point de repère, sa
sécurité. Elle est notre belle petite fleur. |
Une fois par semaine, pour notre apostolat extérieur nous
nous rendons dans la « vieille ville » où de
nombreuses personnes vivent dans une grande misère, parquées
dans des édifices délabrés, situés dans
des rues adjacentes au centre historique qui, lui, est orné
de superbes façades refaites pour les touristes.
Deux d’entre nous vont visiter la Rua 28 et les autres,
la Rua São Francisco. Là, des personnes de tous
âges s’entassent dans leur unique petite pièce
glauque où elles passent leur journée à
se droguer ou à boire. Des enfants des rues y viennent
fumer leur crack puis repartent ou bien dorment dans un couloir.
C’est grâce à sœur Éléonore
(Française) et sœur Maria-Liliana (Argentine)
– qui étaient au Point-Cœur en 1998 –,
mais aussi à Bernard, qu’ont commencé
les amitiés dans la Rua 28. C’est là qu’ils
ont rencontré le petit Rockinho, six ans, Duro et Moli,
Jessica et Zenaïge… autant d’enfants entièrement
livrés à eux-mêmes dans cet endroit si
hostile à l’innocence.
Nous partageons un moment avec eux, dehors ou chez eux dans
leur petite pièce, à côté de ceux
qui se droguent. Nous jouons ou nous aidons parfois un enfant
à faire la vaisselle. C’est toujours magnifique
de voir de temps en temps un sourire illuminer leur visage
fatigué. Et nous nous rendons compte que nous avons
besoin l’un de l’autre. Ils ont une soif immense
d’amitié et de paix et, d’autre part, leur
capacité à toujours reprendre espoir, à
travers le moment présent, nous émeut. |
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Peut-être que ces amitiés rendent moins sombre ce
taudis, en tout cas, elles illuminent le cœur.
Dans la Rua São Francisco, Hugo (Argentin) et Raphaël
(Français) puis Maria-Héléna (Sénégalo-Portugaise)
ont fait connaissance avec des personnes habitant dans de toutes
petites pièces obscures, au fond d’une cave. Là
aussi, le crack est roi, mais là aussi, nous avons découvert
des hommes et des femmes d’une grandeur et d’une dignité
exceptionnelle.
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Gal (prononcer Gao) est une jeune femme de vingt-sept ans
qui a déjà beaucoup souffert. Nous l’avons
accompagnée tout le temps où elle est restée
à l’hôpital pour tuberculeux. Sans argent,
elle s’arrange pour vivre comme elle peut, mais presque
chaque fois que nous y allons, elle nous donne avec une joie
profonde plus de la moitié de ce qu’elle a cuisiné
pour elle.
Elle était ravie (et nous aussi par la même
occasion) d’avoir passé tout un dimanche hors
de la ville, à la Fazenda do Natal, là où
vivent ensemble une cinquantaine de personnes : des familles
brésiliennes, des enfants, des Serviteurs de Jésus
et de Marie et des Amis des enfants. C’est là
que nous allons nous reposer tous les vendredis (avec l’autre
Point-Cœur de Salvador). Père Marie-Guillaume,
responsable de l’Œuvre au Brésil, reçoit
chaque Ami des enfants personnellement. Quelle chance !
Ce lieu donc est idéal pour partager un moment privilégié
avec les amis du quartier ou de nos « apostolats extérieurs
», comme ce fut le cas avec Gal. |
Un dimanche après-midi, un de nos voisins qui prenait une
bière au bar en face de notre maison (chez Dona Creusa) commence
à parler à l’un d’entre nous et lui confie
: « Tu sais, il y a quelque temps, j’étais complètement
perdu ; il ne se passait pas une semaine sans que j’aille
fumer du crack au Pelourinho [centre historique]. J’avais
perdu mes amis, mon travail, tout. Eh bien, un jour que j’étais
là-bas, je vous ai vus parler avec ces gens-là, ces
drogués et je me suis dit : “Ils sont là et
ils leur parlent comme à des amis”. Cela m’a
complètement bouleversé et, depuis ce jour, je ne
suis plus jamais retourné là-bas, dans cet enfer.
Maintenant, trois mois se sont passés et j’ai retrouvé
du travail, des amis. Vous ne m’avez pas remarqué lorsque
j’étais là-bas, moi oui ! Et je me suis dit
qu’un jour, je vous dirais ce qui s’est passé
depuis que je vous ai vus. C’est chose faite, merci. »
Quand on parle de Points-Cœur comme du mystère de la
Présence, notre ami Beto nous révèle ainsi
un peu quel sens cela peut prendre dans la vie d’un homme.
C’est parfois visible, souvent ça ne l’est pas.
Raphaël Gaudriot
membre de la fraternité Molokaï