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Point-Cœur Jules-Monchanin

Présentation

Ville : Chengalpattu (100 000 habitants), à soixante kilomètres au sud de Madras au bord d’un lac et au pied de petites collines.
Fondé en : octobre 1999
Saint-Patron : Jules Monchanin.

En arrivant en Inde, tels de petits enfants, tout nous émerveille… La beauté des sourires offerts dans la rue, les couleurs et les odeurs, la grâce des femmes, la dignité du peuple…

Et tels de petits enfants, nous devons tout réapprendre en nous immergeant dans la culture indienne : nouvelle langue, nouveaux vêtements, nouvelle façon de s’asseoir, de dormir, de manger, de penser. À l’unisson avec notre nouvelle culture où la mixité n’est pas de mise, nous sommes un Point-Cœur de filles venues des quatre coins du monde, vivre au cœur du pays tamoul à Chengalpattu.

À la suite du protecteur de notre maison, Jules Monchanin, les cultures allemande, argentine, française sont venues se mettre au diapason de la culture indienne. Jessy, première vocation indienne pour Points-Cœur, nous y a aidées pendant son année de présence parmi nous, avant de s’engager pour partir aux Philippines.


Notre Point-Cœur se trouve dans une rue très calme
– pour l’Inde –, juste après une route en terre,
au rez-de-chaussée d’une maison à étage,
comme la plupart à Chengalpattu

Notre environnement

Compte tenu des dimensions de l’Inde – plus d’un milliard d’habitants ! –, Chengalpattu est une petite ville de campagne entourée de rizières, ce qui n’empêche pas une activité et une circulation intenses sur la main road où bus, rickshaws, mobylettes, voitures, vélos, vaches, cochons et chars à bœufs s’entrecroisent joyeusement ! Notre quartier au pied des collines, un peu à l’écart de cette effervescence, n’en est pas moins animé par les enfants, les discussions à l’ombre des maisons, le brossage matinal des dents dans la rue pour ne rien perdre de ce qui pourrait se passer, le cri des vendeurs ambulants, les hommes accoudés au tea-shop, les vaches, cochons et singes affairés autour des tas d’ordures.
Petit lexique

Tangandji : petite sœur
Mukkutti : percing dans le nez
Kollam : dessin de bienvenue fait
à la craie devant la porte des maisons
Patti : grand-mère
Pouja : rituel de bénédiction hindou

Notre Irudaya Niketan (Point-Cœur en sanskrit) se trouve au bout d’une impasse, au rez-de-chaussée d’une maison que nous partageons avec une famille et le propriétaire à l’étage. La proximité de nos voisins nous fait participer dès cinq heures du matin à la vie des familles : balayage des pas de porte bientôt ornés d’un kollam, odeurs de cuisine épicée, dernier tube diffusé à la télévision, échange des nouvelles autour de l’unique point d’eau – cette dernière arrivant d’ailleurs une fois par jour ou pas du tout ! – Les portes étant toujours ouvertes, il n’est pas rare qu’une voisine vienne nous donner quelques conseils de cuisine ou que Teresamma, notre patti vienne surveiller que nos assiettes soient bien remplies dans les règles de l’art culinaire indien. Attention, saveur et quantité doivent être de mise ! La cuisine fait partie intégrante de la culture indienne, ce qui nous vaut de nombreuses heures à préparer sambars, colombos… Les repas sont l’occasion de se réjouir de la générosité de notre pays d’accueil, nous recevons souvent de nos voisines une petite part des mets cuisinés avec amour. Ce sont ces petits gestes si importants ici qui construisent l’amitié. Et leur grand cœur va jusqu’à nous pardonner presque toujours nos manques de talent. « Nous mangeons tout ce que vous nous donnez, mais vous pourriez tout de même cuisiner ? », nous a déclaré Swetha, notre voisine de quatre ans.

Discuter cinq minutes avec notre vendeuse de lait au bout de la rue, s’arrêter au pas de porte de nos voisines pour participer à leurs conversations, aider à porter les cruches quand le camion d’eau potable fait sa distribution. Tous ces gestes quotidiens deviennent des gestes d’amitié qui nous intègrent à la vie de notre rue. Roselinamma, notre plus proche voisine est une véritable grande sœur, toujours là pour nous aiguiller sur la bonne voie de la culture indienne.

La chaleur de l’accueil tamoul a déjà offert de nombreux amis à notre jeune Point-Cœur. Et cela continue ! Nous sommes souvent invitées dans de nouvelles maisons. Chacun s’efforce de nous accueillir de son mieux et de nous faire aimer l’Inde. Ces nouveaux visages s’ajoutent aux premières et fidèles amitiés du Point-Cœur.

La plupart de nos amis habitent à flanc de collines dans de petites maisons de briques au toit de tuiles ou de palmes. En arrivant, entraînées par la main d’un des enfants, nous trouvons la maman près du feu de bois et les enfants nous accueillant avec excitation. En revanche, nous voyons rarement les pères ; ces derniers partent souvent travailler au marché ou comme coolies. C’est pour nous l’occasion de partager la vie de ces familles et leurs soucis, tout en triant le riz ou épluchant les légumes, sans oublier bien sûr les chants et les rires avec les enfants.

Notre présence dans une maison la remplit rapidement de toutes les petites têtes brunes du quartier. Chacun est libre d’aller et venir d’une maison à l’autre, écouter une conversation, boire une gorgée de thé ou recevoir un biscuit. Tout se partage avec les enfants qui sont là !

Malgré des familles en général peu nombreuses (deux ou trois enfants au maximum), la présence des petits est partout. À tous les coins de rues, des jeux s’organisent, les garçons courent après leur cerf-volant ou tentent de nouvelles figures avec leurs toupies, pendant que les filles quittent rapidement leur uniforme en rentrant de l’école pour aller jouer avec le dernier-né.


Ségolène en bonne compagnie dans une rue de
Changalpattu. « Tout nous émerveille… La beauté
des sourires offerts dans la rue, les couleurs et les
odeurs, la grâce des femmes, la dignité du peuple…
Comme vous le voyez, la vie dans la rue fait partie du quotidien… Nous y passons donc de longs moments à discuter et à jouer.

Très souvent, les enfants nous amènent chez eux avec fierté et, grâce à leur simplicité, naissent de nouvelles amitiés. En nous laissant conduire par eux, nous avons ressenti peu à peu le besoin d’une présence particulière auprès des personnes handicapées. Naturellement pleins de générosité, et guidés par l’Esprit saint, les enfants nous ont présentées à leurs amis condamnés chez eux à l’immobilité. C’est une lourde charge pour les familles qui ont en général préféré les entourer de leur amour, plutôt que de les laisser dans un orphelinat. Avec des enfants isolés par leur handicap, nous partageons des moments d’amitié avec grande joie et offrons nos oreilles aux douloureuses confidences des mamans.

Loin d’être un tabou, la religion a une place au cœur de nos conversations. Ici, l’existence de Dieu est une évidence, mais avec une grande diversité de croyances. Cette omniprésence de Dieu va jusqu’à faire arrêter un bus bondé devant un temple pour faire la pouja du matin. Cela fait partie de la vie quotidienne de confier à Dieu le début de sa journée de travail !

Malgré ce que l’on peut entendre sur les problèmes de religion en Inde, nos amis musulmans, hindous, chrétiens vivent cette diversité dans l’unité et la tolérance. Quelle que soit leur religion, beaucoup demandent nos prières et montrent une affection touchante pour Jésus et Marie. Il n’est pas rare de voir un poster du Christ sur les murs d’une maison hindoue. Notre chapelle est également ce lieu d’unité où tous peuvent venir se recueillir.

Au rythme de la vie

Chaque matin, nous nous rendons à la paroisse pour la messe de six heures en tamoul. Sur le chemin, nous saluons nos amis mendiants qui se donnent rendez-vous sur le parvis de l’église, plus particulièrement le dimanche. Au début, de simples sourires nous ont amenées à échanger quelques mots et, pas à pas, une fragile amitié est née. C’est tellement inhabituel de s’arrêter et s’asseoir auprès de ces personnes que cet apprivoisement mutuel prend du temps !

En voulant aider Maligamma, qui vit dans la rue, à être admise dans un hôpital pour soigner sa lèpre, nous avons découvert une léproserie à quelques kilomètres de chez nous. C’est ainsi que nous avons commencé un nouvel apostolat (cf. : article léproserie). Cette vie de rires et de larmes que nous partageons avec nos amis lorsque nous allons les visiter, nous la retrouvons battant son plein dans notre Point-Cœur, lorsque les habitués de la permanence se regroupent pour jouer au carambole ou pour exercer leurs talents d’artistes.

Au début, nous avons ressenti quelques tensions entre différents groupes d’enfants. Ainsi, nous avons compris l’importance du système de castes qu’il nous avait été autrement difficile de percevoir. Puisque nous sommes en dehors de ce système, nos amis se montrent peu à peu plus libres. Notre naïveté et notre ignorance ont réuni autour d’un même jeu ceux qui s’évitaient auparavant. Eh oui, tels de petits enfants, malgré nos balbutiements, notre présence toute simple est un signe d’unité.

Autant appelées au milieu de l’agitation des rues qu’auprès de nos amis reclus et isolés, nous pleurons avec eux leurs souffrances et nous émerveillons de la beauté et la joie de notre peuple.

Nous sommes alors étonnées de voir qu’ils reconnaissent en nous la présence de Dieu. Et, à notre tour, nous vivons ce proverbe indien : « Dans le sourire des pauvres, vous verrez Dieu. »

Apostolats extérieurs

La Léproserie

Tous les samedis matin, nous nous rendons deux par deux à la léproserie qui se trouve à une dizaine de kilomètres de Chengalpattu. C’est en pleine campagne, après avoir traversé un village de lépreux, que nous retrouvons nos amis dans cet hôpital. Environ cent cinquante patients y vivent, soit dans de petites maisons, au milieu des arbres, pour ceux qui sont valides et autonomes, soit dans de grandes salles d’une trentaine de lits pour les malades ayant subi des amputations ou plaies profondes qui les empêchent de se déplacer seuls. Nous ne visitons que les bâtiments habités par les femmes, à l’exception d’une maison où se trouvent les grands-pères rendus aveugles par la lèpre.

Au fil de nos visites, de belles amitiés sont nées avec les femmes vivant à deux dans de petites maisons d’une pièce. Elles sont blessées d’être rejetées de leur village et de leur famille, sans jamais recevoir de visite. La lèpre abîme non seulement le corps, mais aussi le cœur de nos amies.


Céline en compagnie de Djea,
de la léproserie.

Une des maisons de la léproserie

Et pourtant, c’est toujours le sourire touchant de Ponamma qui nous accueille, c’est toujours avec joie et amusement qu’elles nous ouvrent leur cercle de discussion ou nous « prêtent » un tas de riz à trier ou encore se laissent coiffer par nos mains malhabiles !

Notre amitié passe par cette présence toute simple et c’est peut-être ce dont elles ont le plus besoin dans ce monde de la lèpre exclu du nôtre.

À chacune de nos visites dans la grande salle, la détresse, la douleur des femmes souvent présentes pour un plus court séjour, nous heurtent. Assises près d’elles, sur un lit ou un coin de natte, nous ne pouvons qu’écouter leurs souffrances en essayant tant bien que mal, par un sourire, un regard, une main serrée, de les consoler. Après leur avoir promis de revenir la semaine suivante, elles n’oublient pas de nous demander de les garder dans nos prières.

Nous ressentons la soif de présence et consolation dans ce lieu de souffrance et d’exclusion.

A la station de bus

Lieu de passage où nous rencontrons très souvent des mendiants et passons du temps avec les femmes, souvent veuves ou abandonnées, et les enfants qui vendent des fruits aux voyageurs.

Visites

  • Visites de plusieurs familles du quartier ayant un enfant handicapé ou de femmes abandonnées par leur mari et ayant la charge seule de leurs enfants.
  • Visites de plusieurs personnes âgées seules, délaissées par leurs familles.

Magalakshmi, première amitié du Point-Cœur

Magalakshmi et sa famille habitent à quelques rues de la nôtre, nous passons donc très souvent devant chez eux en allant visiter d’autres amis. Très vite accueillies par les enfants, Vinou Gopal (seize ans), Gaetry (quatorze ans) et Magalakshmi (treize ans), l’amitié avec leur mère, après un début méfiant, s’est tissée peu à peu. Elle nous a alors confié ses soucis : son mari rentrant à la maison après avoir bu tout son salaire de livreur, ses difficultés à nourrir toute la famille, leur toit en mauvais état ... Pour gagner quelques sous, elle lave du linge, son fils fait des petits boulots entre ses études et ses révisions d’examens, Magalakshmi est servante après l’école. Gaetry, comme toute jeune fille indienne, reste à la maison pour aider sa maman.
Usha coiffant Magalashmi.

Quand l’ambiance familiale est trop lourde à porter, le Point-Cœur se transforme en refuge où chacun peut venir déposer son fardeau et puiser un peu de réconfort.

Malgré ces difficultés, c’est une famille unie et joyeuse. Nos visites régulières et la confiance au fil du temps ont bâti une belle amitié et nous donnent souvent l’occasion de prier ensemble

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