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Les Points-Cœur dans le monde > Roumanie >

Un Point-Cœur pour cicatriser des plaies

À Deva, la strada Babesh est bien connue de tous les gourmands et affamés de la vie et pour cause, elle accueille la meilleure pâtisserie de la ville et le non moins délicieux Point-Cœur Saint-Nicolas ! Notre grand portail vert est orné d’un cœur grignoté chaque jour un peu plus par des petites mains qui gratouillent la peinture avant d’entrer en trombe dans la cuisine. Nous sommes nombreux à nous arrêter quelques minutes ou quelques mois chez Saint-Nicolas ! Beaucoup d’amis, des myriades d’enfants, tziganes, hongrois, roumains, cinq Amies des enfants, allemande, françaises, Jésus, Marie, Joseph, deux chiennes (Tamagoshi et Jacquouille), leurs puces et les nôtres… Tous plus fous les uns que les autres, nous apprenons à vivre ensemble : en Roumanie, c’est comme avec Dieu, tout est possible !

Il est encore tôt, mais Darius-le-fidèle est déjà là. Nos chiennes ne se sont pas donné la peine d’aboyer, il fait partie de la famille…

Nous rentrons tout juste de la messe de la paroisse Saint-Antoine. La matinée se déroule avec son lot d’habitudes imprévues et de surprises prévues. Nous nous relayons auprès de la présence réelle de Jésus (dans le Saint-Sacrement) et de la présence dynamique des enfants. Si besoin est, l’une ou l’autre part faire des courses à la Piatsa Mare, régler une facture, couper du bois ou s’occuper des visas.

Il est bientôt midi, la cuisine est en pleine effervescence. Je m’active autour des casseroles, aidée par Tasia et Darius qui, à voir leurs mines barbouillées et réjouies, n’oublient pas de vérifier si ce qu’ils préparent a bon goût ! Les cloches sonnent, c’est l’angélus, Tasia entonne : « Si iata interul Gabriel » à tue-tête… difficile de garder son sérieux quand on est encore dans la chapelle. Notre petite communauté se retrouve pour déjeuner et organiser l’après-midi (sauf contre-ordre du Saint-Esprit) !

Darius
Darius-le-fidèle, un voisin
tzigane devant le Point-Cœur.

Nous nous partageons en deux équipes : une qui reste au Point-Cœur et une qui part en apostolat :


Visite de saint Nicolas (le papa de Dorothée)
dans une famille tzigane.


Anne-Cécile avec un petit orphelin de l’hôpital
pédiatrique de Déva.


Marie-Caroline et Anne-Cécile sur la charrette de leur voisin Andrash qui transporte le bois qui
chauffera le Point-Cœur durant l’hiver

  • à l’apostolat-luge qui a été reporté à l’hiver prochain – s’il veut bien se décider à neiger… Durant les mois d’été, nos petits bras sont mis à contribution pour les travaux des champs. Vive la campagne !
  • à Micro 15, du nom d’un bloc d’immeubles, nous visitons les amis de l’ancien Point-Cœur, découverte de la vie intérieure dans le béton ;
  • à l’hôpital pédiatrique : les moyens médicaux sont plutôt limités, les traitements se résument la plupart du temps à des injections de pénicilline et au régime alimentaire sévère de l’hôpital. Les mères restent souvent avec leur enfant et si celles-ci s’étonnent parfois de notre présence, ces derniers se réjouissent de nos visites imprévues. Nous retrouvons parfois des têtes connues ; c’est alors la fête pour quelques minutes !
  • à Grigorescu ;
  • à la Casa de copii : nous jouons avec les plus petits et discutons avec les adolescents ; quelques instants de grâce dans la poudrière de cette maison de soixante-dix orphelins ;
  • à Mintia : là des familles tziganes hongroises sédentarisées vivent dans des baraques sans eau, sans espace ni confort. Heureusement que cela n’empêche pas les enfants de pousser et de fleurir !
  • les lieux ont tellement besoin d’une présence aimante ! Si la Roumaine est un pays en reconstruction, le matériau de base qui manque le plus est sans doute l’espérance.
  • Même si le niveau de vie et le pouvoir d’achat sont bas, la pauvreté n’est pas d’abord matérielle. Elle n’est pas criante comme dans la plupart des pays d’implantation des Points-Cœur. Elle est muette, cachée, fruit de l’oppression si longue des esprits et des cœurs. Le communisme a miné le pays et les meilleurs experts anti-mines seraient incapables de les enlever. Nous, nous arrivons dans ce contexte avec les mains vides et un cœur qui ne veut transmettre que ce que Dieu y dépose.
  • Mais revenons à nos petits moutons.
    Après un temps de pause (dans ce pays de contrastes, quand ce n’est pas la chaleur qui épuise, c’est le froid qui fatigue !), vient l’heure du chapelet. Les enfants s’installent sur nos genoux et nous proposent de prier pour ceux qui sont en prison, à l’hôpital ou… pour nous !

    Aujourd’hui il fait beau, Anne-Cécile entraîne les footballeurs dans la cour pendant qu’une partie de cartes commence dans la cuisine. Difficile de gagner quand nos adversaires s’échangent des informations en tzigane ! Mais ce n’est pas grave, l’essentiel est de participer. Fabienne participe d’ailleurs joyeusement au dessin de Mougourel. Ici, la mode n’est pas aux dinosaures mais aux chevaux et aux cochons, question de vie quotidienne…

    Au milieu de cette jeunesse, Radou vient d’arriver. Sa femme Lenoutsa, qui était la grand-mère du Point-Cœur depuis six ans, est morte avant Noël, le laissant seul et désemparé.


    Fabienne et Tasia au Point-Cœur.

    Il nous apporte quelques confitures maison et vient chercher un peu de réconfort. Je discute petits plats avec lui en préparant la soupe du soir. Puis, il va s’installer au soleil, contemplant les paquets d’énergie qui courent après le ballon, se nourrissant comme nous de ces éclats de rire si précieux.

    Fin d’après-midi, Marica et Dorothée rentrent d’apostolat : elles arrivent au milieu d’un « chat et souris » (remarquez, ici on joue plutôt à l’ours ou au loup) un peu spécial. Eh oui, les enfants aiment tellement se faire attraper, manger et chatouiller qu’ils font exprès de ne pas courir trop vite… c’est peut-être pour ça qu’ils ne se fatiguent jamais.

    Il est 19 heures, on met gentiment tout le monde dehors avant de dire les vêpres. Mafiot, qui demande pourtant régulièrement combien de temps il peut encore rester, s’exclame : « Comment ça ? Déjà ! Pourquoi ? ça a passé si vite ! »

    La nuit est tombée et avec elle l’agitation. Quoiqu’on ne sait jamais, un visiteur-surprise peut toujours arriver. Attablées autour d’une soupe fumante, nous dégustons les nouvelles et les perles de la journée, le tout dans un roumain sinon impeccable, du moins source de fous rires. La phrase du jour : une déclaration d’Adji de Frigorescu, installé dans les bras d’une heureuse élue : « Ah, qu’est-ce que c’est bien quand il y a quelqu’un qui vous prend dans ses bras ! »

    Un bout de vaisselle, un brin de toilette et un dernier rendez-vous dans la chapelle. Je repense à la question de Maillot pendant le Salve Regina. J’ai un élément de réponse : le temps passe deux fois plus vite quand on vit à 200 % et à Points-Cœur, comme dans toute vie chrétienne, c’est 100 % douleur et 100 % joie.

    Nos amis, entrez !

    Voilà cette étendue où poussent de plus en plus souvent de petites baraques en pierre (hiver oblige) d’une ou deux pièces. En contrebas, s’accumulent déjà des déchets gâchant la vue de cette belle colline.

    Ne vous arrêtez pas aux aboiements des chiens, ni à cette boue collante à vos chaussures, ni à la porte bancale de cette petite maison aux murs bleu clair sales… Entrez !

    Entrez dans ces cœurs avec lesquels nous sommes liés d’amitié depuis nos premiers pas en 1994. Comme plusieurs familles du quartier du Micro 15, celle-ci a laissé son appartement et ses dettes pour se construire une petite maison sans eau ni électricité sur les hauteurs de Béjan. Mariana, 30 ans, lumineuse autant par son sourire que par son courage nous accueille comme des sœurs. Malgré les coups et le vocabulaire parfois cru qu’elle leur adresse, ses enfants sont ses seuls trésors. Les différents pères sont absents.

    Marian et Ionel, ses jumeaux de six ans nous acclament à notre arrivée et nous sautent dans les bras. Marian, atteint d’une légère déficience mentale, crie sa grande joie et ne contrôle plus sa force en nous sautant au cou et en nous serrant contre lui. Ionel nous tire déjà dehors pour jouer au milieu des pruniers. Claudiu (onze ans), leur demi-frère, nous rejoint une fois revenu de la cantine (aide alimentaire) à l’autre bout de la ville et après avoir traîné à Micro. Il est fier de nous montrer ses dernières trouvailles, surtout les bouts de fer et de zinc qu’il pourra revendre. Et nous, nous serons contentes de l’avoir soulagé en allant à sa place chercher deux seaux au puits du voisin… Si la clé du cadenas n’est pas cachée à sa place, lors des absences de Mariana, nous échangerons alors les nouvelles et quelques grimaces avec les enfants par l’unique fenêtre. En avril prochain, une nouvelle bouille complétera cette chère famille.

    Nos amis à Grigorescu


    Dorothée et Marie-Caroline avec les
    enfants de Grigorescu.

    En début d’après-midi, nous arrivons dans cette cour formée par deux longs bâtiments et quelques cabanes servant d’abris à chevaux. Une quinzaine d’enfants de deux à dix ans courent vers nous. Quelques adolescents viendront nous rejoindre pour discuter s’ils ne sont pas à la gare pour mendier.

    Voilà deux ans, une dizaine de familles ont été expulsées d’un bloc de Micro 15 pour être relogées dans cette ancienne porcherie. Aujourd’hui quarante familles habitent dans ce lieu transformé en logement d’une pièce de six à quinze m2. Les familles s’agrandissent, alors les pièces sont divisées et de nouvelles sont construites.

    Au fond de la cour, dans un bâtiment récent se trouvent les toilettes et des douches qui essaient d’améliorer les conditions de vie.

    Les enfants passent leurs journées dehors quand le temps le permet. Ces petites têtes brunes sont ravies d’être prises dans les bras, de faire l’avion et de jouer avec nous. Quelques coups de poings et crachats viennent perturber l’unité réalisée. Mais le rire et la joie de ces enfants nous font vite oublier ces altercations.

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