A tous mes amis de Points-Coeur (et d’ailleurs!) qui portent
ma mission dans leur prière.
A toute la Frat Max en particulier.
“
A New York […] maintenant: ils pourraient être euphoriques
là-bas, et par conséquent se bercer de l’illusion
d’être poussés par un vent favorable et essayer
de faire des projets et des programmes… Si nous avions
programmé, projeté d’arriver à New
York comme nous y sommes arrivés, ça n’aurait
pas marché, même pas en cent ans.”
Luigi Giussani, Evénement et Responsabilité, Février
1998
NY, le 29 septembre 2003
Chers tous,
Comment vous dire ma joie de reprendre la plume pour vous raconter
la fondation du Point-Coeur Jean-Paul II? Voici un peu plus de
cinq mois que j’ai débarqué à NY,
et mon enthousiasme pour cette incroyable aventure ne s’est
pas tari, bien au contraire! Chaque journée ici commence
comme un nouveau défi (il y a tant à faire…)
et se termine dans l’émerveillement (et la fatigue,
aussi !).
Après des vacances de la Frat Max qui vont rester dans
les annales (pas seulement à cause de la fameuse salade
niçoise lyophilisée…), je suis donc repartie
pour NY le 10 Août, regonflée à bloc par
votre amitié, portée par la joie d’appartenir à une
si belle famille, et surtout plus que jamais consciente d’être
envoyée en mission a New York.
Cette fondation, ce n’est pas mon petit business, ni un
projet personnel, ni un “charitable program”. C’est
une mission que j’ai entièrement reçue des
mains d’un Autre. Et dans laquelle Il s’engage avec
moi. Ca change tout!
Oui, ça change tout… et c’est bouleversant
de réaliser, jour après jour, que cette mission
ne m’appartient pas. Qu’elle me dépasse complètement.
Tout ce qui se produit ici ne vient pas de moi, ne peut pas venir
de moi. C’est bien trop grand, c’est bien trop beau!
Quand, après avoir retourné ciel et terre pendant
deux mois pour trouver des lits afin de meubler le Point-Coeur
sans aucun succès, je reçois un coup de fil d’une
amie américaine qui m’annonce qu’elle vient
de nous acheter DIX lits, il y a de quoi dire WOW !
Quand j’apprends que notre avocat, qui est surmené,
a passé un dimanche entier sur quelques lettres de demande
de visa pour les futurs Ade, je reste sans voix.
Quand, au moment de payer une grosse facture de peinture, mastic
et autres matériaux onéreux dont nous avons besoin
pour repeindre le Point-Coeur, Father Michael (le curé de
la paroisse) sort son chéquier et dit “Laisse-moi
payer, tu sais, Heart’s Home est un tel cadeau pour moi…”,
j’ai du mal à ne pas m’émerveiller.
Quand toute l’aumonerie du lycée français
se mobilise pour meubler le Point-Coeur, qui collectant du linge
de maison, qui proposant de coudre des couvre lits, qui donnant
des lampes, un ordinateur, un aspirateur, un fax, un grille-pain,
une machine à café… je me demande si le Seigneur
n’a pas surestimé la taille des placards du Point-Coeur!
Et je rends grâce again and again!
A la lumière de ce que je vis chaque jour ici, c’est évident: « Il
demeure présent, conscient de tout, incroyablement efficace,
courant si bien en avant qu’on ne peut le suivre qu’avec
peine. Il est là! » (Father Thierry, homélie à l’occasion
du 20e anniversaire de son ordination sacerdotale) Cette mission,
Il ne me l’a pas seulement donnée, il est l à,
présent, pour l’accomplir à travers moi.
Et heureusement! “la mission est [en effet] tellement
démesurée que seul un Autre peut en nous l’assumer”.
(Father Thierry, idem) Des travaux dans le Point-Coeur? Moi qui
n’ai jamais eu un sou de sens pratique! Avec un budget
minimal? Tout est tellement hors de prix ici! Obtenir des visas
pour quatre Ade? C’est le pire moment qui soit pour décrocher
un visa pour les USA, surtout quand on est français !
Toute seule, je ne puis rien. “Without me, you can do
nothing” nous répète Jean (15, 5).
En revanche, “Dieu n’attend que le consentement de
l’homme pour lui montrer ce dont l’homme est capable
quand Dieu est avec lui”. (Adrienne Von Speyr)
C’est justement là que réside tout le problème:
pour agir, Dieu a besoin de mon consentement, de mon “oui” de
chaque jour… et moi, je trouve cela souvent bien exigent,
de faire l’œuvre d’un Autre. Que la tentation
est grande de vouloir vivre cette fondation à la mesure
de mon moi, de construire des projets, des programmes, et des
budgets (!) de m’en approprier le “success” (comme
si j’y étais pour quelque chose!), de sombrer dans
l’activisme, dans le charity business…
NB: D’autant que, en plus de la fondation du Point-Coeur,
figurez-vous que je travaille maintenant à mi-temps… Father
Thierry m’avait en effet proposé, si je trouvais
du travail a NY à partir de janvier 2004, de continuer à m’occuper
de “Heart’s Home USA”, et de poursuivre ici
l’expérience incroyable vécue aux Philippines.
La Providence a pris tout ceci en charge, et j’ai trouvé du
travail… le “problème” est que mon patron
a besoin de moi dès maintenant à mi-temps… comme
si la fondation du Point-Coeur ne suffisait pas à remplir
mon emploi du temps!
Certains soirs, une question me travaille, face aux merveilles
que je vis ici: “Dis, Seigneur, pourquoi? Pourquoi continues-tu à me
donner tellement, alors que j’ai passé la journée à courir
partout, à agir comme si le mot “compassion” n’avait
jamais effleuré mon oreille?” Une seule réponse:
par miséricorde ! C’est par pure gratuité que
j’ai reçu cette mission, c’est par pure gratuité que,
chaque matin, Il se donne encore à moi dans l’Eucharistie,
et continue à remplir ma journée de sa Présence,
alors même que, parfois (souvent?) ça m’arrange
bien de faire comme s’il n’existait pas…
Enfin voilà. Plus j’avance, plus l’évidence
grandit: le problème de cette fondation, ce n’est
ni de trouver de la peinture au meilleur prix, ni de décrocher
des visas, ni de jongler avec un emploi du temps bien serré.
Le problème de cette fondation, c’est ma propre
conversion. C’est ma fidélité à mon
engagement dans la Frat Max. C’est mon désir de
vivre du charisme. Et rien d’autre.
Je vous laisse donc avec quelques intentions de prière:
Priez bien surtout pour que jamais mon emploi du temps trop
chargé ne me fasse “couper” les temps de prière.
C’est ma tentation quotidienne, et c’est vraiment
le danger majeur qui me guette.
Priez bien pour que je continue à avoir soif, soif, soif
de Celui qui m’envoie, de vivre à fond de ce charisme
de FEU, pour que je cultive cet esprit de disponibilité qui
est la base de tout…
Priez bien pour que je garde ce regard émerveillé sur
ma mission, sur les gens que je croise, même quand la tentation
est de courir d’une chose à faire à l’autre…
Priez bien pour que je reste bien obéissante à Father
Thierry, à Gonzague et à Vincent, bien fidèle
et bien transparente (c’est tellement facile, de faire
sa petite oeuvre à soi, quand on est toute seule au bout
du monde).
Et aussi… (vous n’y échappez pas !) pour
les visas de Sister Blandine, Alexandre, Séverine et Cyril
qui devraient me rejoindre successivement à partir de
fin Octobre pour former la première communauté du
Point-Cœur Jean-Paul II. Je vous laisse imaginer avec quelle
impatience je les attends!
Je vous embrasse de tout coeur,
With love,
Aude