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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Inde
Ville Madras
Point-Cœur Mère Teresa
Ami des enfants Aymeric Beranger
Date 28/01/2005

 

 

 

 

 

 

 

Sur la plage près de Velangani - août 2004 (sud de Madras)

C’est la beauté de la mission du Points-Cœur de continuer à être

aux côtés de nos amis dans la fidélité quand les feux des projecteurs

médiatiques s’éteignent et que tout le monde s’en va...


Le lendemain de Noël, comme chaque dimanche, pendant que j’étais allé seul à la première messe, Alex et Marcos partaient à 6h30 jouer au foot à Kasimode, le quartier des pêcheurs en bord de mer, qui est juste à quelques centaines de mètres de chez nous. C’est un apostolat qui permet de rencontrer beaucoup de jeunes et même des gens de notre rue, et de lier amitié avec eux et cela se passe à chaque fois dans une très bonne ambiance joyeuse et amicale.

Ils ont donc joué avec nos amis et sont revenus pour la messe. Une demi-heure après leur départ, le terrain de foot était balayé par le tsunami, ainsi que beaucoup de huttes en bord de plage.

Environ trois cents personnes ont péri dans les deux vagues à Kasimode, dont beaucoup d’enfants qui jouaient au cricket sur la plage, des gardiens de bateaux et des pêcheurs partis en mer et jamais revenus. La célèbre plage de Marina beach au centre de Madras, elle aussi, a été engloutie et beaucoup d’enfants et jeunes qui y jouaient sont morts.

Au Point-Cœur où j’étais seul, nous étions trop loin de la mer pour être inquiétés mais la panique s’est emparée de notre quartier quand les gens sont arrivés en courant de Kasimode. Et toute la journée, nous avons vu défiler les familles de Kasimode qui évacuaient leur maison, inquiets et ne sachant où aller. La famille de Maryamma est venue se réfugier la nuit suivante au Point-Cœur par peur que l’eau revienne, nous avons pu leur donner des nattes de paille et le rez-de-chaussée pour dormir tandis que nous occupions le premier étage.

Nous sommes allés visiter nos amis de Kasimode, notamment la famille de Monsieur Hendricks qui habite avec sa femme et ses quatre enfants dans la dernière petite maison en brique avant les rochers sur la plage, dans un bidonville au-delà du port de pêche. Grâce à Dieu, sa maison n’a pas été emportée, ni aucun d’eux, au contraire des deux petites huttes jouxtant sa maison. Nous avons trouvé la famille de l’autre côté de l’avenue principale où ils s’étaient installés avec beaucoup d’autres familles, assis dans la rue pendant plusieurs jours, le temps que la police les autorise à regagner leur logis. Mais le plus impressionnant, c’est la foi de Monsieur Hendricks qui s’en était remis totalement à Dieu et était sûr de sa protection, restant seul dans sa maison et priant alors que tous partaient en courant, et de fait, il a vu l’eau s’arrêter juste devant le seuil de sa maison et repartir.


La même chose s’est passée pour la famille de Sriganth et Gita, qui vivent avec leurs deux petits garçons dans une hutte à l’intérieur de l’enceinte du port de pêche. Eux aussi nous ont dit comment l’eau, après avoir emporté beaucoup de huttes voisines, s’est arrêtée sur le pas de leur porte et s’est retirée alors qu’ils étaient en train de prier : le Seigneur les avait protégés. Finalement, nous avons été soulagés de voir que tous nos amis étaient sains et saufs, même si certains de leurs voisins avaient perdu un ou plusieurs membres de leur famille, et nous avons été très marqués par la foi des gens qui tous louaient Dieu de les avoir protégés.

 

Prière commune et solidarité


Ce fut aussi pour nous l’occasion d’inviter tous nos amis catholiques à une veillée de prière en faveur des victimes et le Point-Cœur était comble pour prier le chapelet et prendre un temps d’adoration et d’intercession, beaucoup nous remerciant de cette initiative et demandaient à la renouveler, ce que nous avons pu faire le 26 janvier, un mois après le raz-de-marée, et nous espérons pouvoir continuer chaque mois.

Ce qu’il y a de très beau aussi, ce sont les élans de solidarité et de partage qui sont apparus aussitôt après la catastrophe. Non seulement les gens se sont tournés vers Dieu et vers la prière, mais mille petites initiatives de collectes de vêtements, de nourriture, de visites dans les villages les plus touchés le long de la côté, ont vu le jour. Nous avons pu donner des vêtements à notre ami Nelson qui venait de lancer une de ces initiatives dans un groupe d’amis pour apporter de l’aide aux villages côtiers, se mettre en lien avec le curé de la paroisse et une organisation caritative du quartier pour aider certaines familles de pêcheurs qui se retrouvaient sans travail pour plusieurs mois.

Car finalement, ce sont des milliers de familles qui se retrouvent sans emploi et donc sans ressources pendant trois mois, le temps que le gouvernement redonne la permission aux bateaux de partir en mer, que les bateaux soient réparés et que les gens retrouvent confiance à manger du poisson, ce qu’il n’est pas le cas un mois et demi ou deux mois après la catastrophe.


L’aide du gouvernement a permis à tous d’obtenir quelques kilos de riz, de lentilles et quelques vêtements, c’est bien mais ça n’aide que quelques jours, et les familles des pêcheurs sont maintenant retombées dans l’oubli. C’est la beauté de la mission du Points-Cœur de continuer à être aux côtés de nos amis dans la fidélité quand les feux des projecteurs médiatiques s’éteignent et que tout le monde s’en va. Nous avons la chance d’être nombreux en communauté en ce moment et nous en profitons pour être plus présents à nos amis.

Aymeric

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