C’est la beauté
de la mission du Points-Cœur de continuer à être
aux
côtés de nos amis dans la fidélité
quand les feux des projecteurs
médiatiques
s’éteignent et que tout le monde s’en va...
Le lendemain de Noël, comme chaque dimanche, pendant que
j’étais allé seul à la première
messe, Alex et Marcos partaient à 6h30 jouer au foot à
Kasimode, le quartier des pêcheurs en bord de mer, qui est
juste à quelques centaines de mètres de chez nous.
C’est un apostolat qui permet de rencontrer beaucoup de
jeunes et même des gens de notre rue, et de lier amitié
avec eux et cela se passe à chaque fois dans une très
bonne ambiance joyeuse et amicale.
Ils ont donc joué
avec nos amis et sont revenus pour la messe. Une demi-heure après
leur départ, le terrain de foot était balayé
par le tsunami, ainsi que beaucoup de huttes en bord de plage.
Environ trois cents
personnes ont péri dans les deux vagues à Kasimode,
dont beaucoup d’enfants qui jouaient au cricket sur la plage,
des gardiens de bateaux et des pêcheurs partis en mer et
jamais revenus. La célèbre plage de Marina beach
au centre de Madras, elle aussi, a été engloutie
et beaucoup d’enfants et jeunes qui y jouaient sont morts.
Au Point-Cœur
où j’étais seul, nous étions trop loin
de la mer pour être inquiétés mais la panique
s’est emparée de notre quartier quand les gens sont
arrivés en courant de Kasimode. Et toute la journée,
nous avons vu défiler les familles de Kasimode qui évacuaient
leur maison, inquiets et ne sachant où aller. La famille
de Maryamma est venue se réfugier la nuit suivante au Point-Cœur
par peur que l’eau revienne, nous avons pu leur donner des
nattes de paille et le rez-de-chaussée pour dormir tandis
que nous occupions le premier étage.
Nous sommes allés
visiter nos amis de Kasimode, notamment la famille de Monsieur
Hendricks qui habite avec sa femme et ses quatre enfants dans
la dernière petite maison en brique avant les rochers sur
la plage, dans un bidonville au-delà du port de pêche.
Grâce à Dieu, sa maison n’a pas été
emportée, ni aucun d’eux, au contraire des deux petites
huttes jouxtant sa maison. Nous avons trouvé la famille
de l’autre côté de l’avenue principale
où ils s’étaient installés avec beaucoup
d’autres familles, assis dans la rue pendant plusieurs jours,
le temps que la police les autorise à regagner leur logis.
Mais le plus impressionnant, c’est la foi de Monsieur Hendricks
qui s’en était remis totalement à Dieu et
était sûr de sa protection, restant seul dans sa
maison et priant alors que tous partaient en courant, et de fait,
il a vu l’eau s’arrêter juste devant le seuil
de sa maison et repartir.
La même chose s’est passée pour la famille
de Sriganth et Gita, qui vivent avec leurs deux petits garçons
dans une hutte à l’intérieur de l’enceinte
du port de pêche. Eux aussi nous ont dit comment l’eau,
après avoir emporté beaucoup de huttes voisines,
s’est arrêtée sur le pas de leur porte et s’est
retirée alors qu’ils étaient en train de prier
: le Seigneur les avait protégés. Finalement, nous
avons été soulagés de voir que tous nos amis
étaient sains et saufs, même si certains de leurs
voisins avaient perdu un ou plusieurs membres de leur famille,
et nous avons été très marqués par
la foi des gens qui tous louaient Dieu de les avoir protégés.
Prière commune
et solidarité
Ce fut aussi pour nous l’occasion d’inviter tous nos
amis catholiques à une veillée de prière
en faveur des victimes et le Point-Cœur était comble
pour prier le chapelet et prendre un temps d’adoration et
d’intercession, beaucoup nous remerciant de cette initiative
et demandaient à la renouveler, ce que nous avons pu faire
le 26 janvier, un mois après le raz-de-marée, et
nous espérons pouvoir continuer chaque mois.
Ce qu’il y a
de très beau aussi, ce sont les élans de solidarité
et de partage qui sont apparus aussitôt après la
catastrophe. Non seulement les gens se sont tournés vers
Dieu et vers la prière, mais mille petites initiatives
de collectes de vêtements, de nourriture, de visites dans
les villages les plus touchés le long de la côté,
ont vu le jour. Nous avons pu donner des vêtements à
notre ami Nelson qui venait de lancer une de ces initiatives dans
un groupe d’amis pour apporter de l’aide aux villages
côtiers, se mettre en lien avec le curé de la paroisse
et une organisation caritative du quartier pour aider certaines
familles de pêcheurs qui se retrouvaient sans travail pour
plusieurs mois.
Car finalement, ce
sont des milliers de familles qui se retrouvent sans emploi et
donc sans ressources pendant trois mois, le temps que le gouvernement
redonne la permission aux bateaux de partir en mer, que les bateaux
soient réparés et que les gens retrouvent confiance
à manger du poisson, ce qu’il n’est pas le
cas un mois et demi ou deux mois après la catastrophe.
L’aide du gouvernement a permis à tous d’obtenir
quelques kilos de riz, de lentilles et quelques vêtements,
c’est bien mais ça n’aide que quelques jours,
et les familles des pêcheurs sont maintenant retombées
dans l’oubli. C’est la beauté de la mission
du Points-Cœur de continuer à être aux côtés
de nos amis dans la fidélité quand les feux des
projecteurs médiatiques s’éteignent et que
tout le monde s’en va. Nous avons la chance d’être
nombreux en communauté en ce moment et nous en profitons
pour être plus présents à nos amis.
Aymeric