Les gelées matinales
et les premières batailles de boules de neige me rappellent
que le mois de décembre a déjà montré
le bout de son nez qui prend un malin plaisir à rougir
au contact de la fraîcheur hivernale. Mais ceci n’est
qu’un doux début auquel succèderont les descentes
en luge et les glissades improvisées… de beaux moments
en perspective.
Revenons à l’instant présent, à cette
fin de matinée pendant laquelle le soleil daigne nous baigner
de ses rayons lumineux. Vite ! Profitons-en pour faire chauffer
un peu d’eau sur la gazinière, sortons les bassines,
le savon et le linge sale. C’est parti pour une lessive,
prévue certes pour un autre jour ; mais qui sait si le
soleil sera plus fort que les gros nuages ce jour-là ?
Accueillons alors la chaleur de cette journée et frottons,
rinçons, étendons le linge sur le fil ! Quelle joie
ensuite de le plier, tout beau, tout sec, le lendemain soir ou
le surlendemain ! Et quel bonheur que de se réjouir ainsi
de cette journée ensoleillée, que de la savourer
comme si elle était la dernière avant bien des mois
; les gens nous parlent de l’hiver si gravement…
Pour affronter le froid, rien de tel qu’un bon petit feu
de bois ! Tout comme certains peut-être, nous avons fait
notre ravitaillement en bois. A la scie et à la hache,
nous avons coupé le bois afin qu’il rentre «
pile poil » dans les sobas, sorte de poêle que nous
avons dans notre Point-Cœur et qui nous servent à
chauffer les pièces. Le soba de la salle de bains fait
aussi office de chauffe-eau. Si nous continuons tout de même
à faire chauffer de l’eau, dans une casserole sur
la gazinière ou sur le soba de la cuisine, et à
nous laver au gobelet comme le faisaient mes parents et grands-parents
(je suis toute contente de le vivre), depuis un mois nous faisons
du feu dans le soba de la salle de bains, nous permettant ainsi
d’apprécier tous les deux ou trois jours l’eau
chaude sortant directement de la pomme de douche ! Ce qui pouvait
me paraître, il y a encore quatre mois, quelque chose de
normal et banal – prendre une douche chaude – trouve
à présent à mes yeux une tout autre valeur.
Ce soir, c’est fête ! Nous prenons une douche avec
l’eau chaude du robinet ! J’imagine votre sourire
en lisant cela, mais sachez que c’est une joie pour moi
de découvrir ces petits plaisirs de la vie !
Puisque nous sommes sur le registre « plaisir, joie et beauté
», j’ai envie de vous partager une rencontre avec
un monsieur d’une quarantaine d’années : Manouche.
Nous le croisons tous les jeudi et samedi matin, lorsque nous
allons à pied à la messe dans l’ancien monastère
qui se situe à quarante minutes du Point-Cœur. Il
est toujours là, au même endroit, assis sur son fauteuil
roulant (il n’a plus de jambes) et mendie tout le jour.
Nous le saluons, nous parlons un peu avec lui. Chaque fois qu’il
nous voit, son visage s’illumine d’un grand sourire.
Ce jour-là, comme d’habitude, nous nous sommes un
peu arrêtées pour lui parler. Soudain, je remarquai
: « Oh ! Vous vous êtes fait couper les cheveux !
». Cette petite remarque l’a rendu tout joyeux. Le
plaisir d’être regardé comme un homme à
part entière, le bonheur que quelqu'un ait remarqué
sa coupe de cheveux brillait dans ses yeux. Comme il était
beau notre ami, certes avec sa nouvelle coiffure mais surtout
avec ses yeux étincelants de gaieté ! Et tout cela
a commencé par une remarque si simple…
Graciun
Fericit ! Joyeux Noël !
Céline