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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Inde
Ville Chengalpattu
Point-Cœur Jules Monchanin
Ami des enfants Gabrielle Wiehe
Date 28/01/2005

 

 

 

 

 

 

Kartik
sur le bateau
de son papa.

Petit garçon

rencontré à

Mahaballipuram

avant le tsunami.

La vague du 26 décembre

Il y aurait beaucoup de choses à raconter par rapport à ce tsunami énorme qui s’est abattu sur l’Inde et d’autres pays d’Asie du Sud-Est il y a un peu plus d’un mois maintenant… mais je pense que vous avez dû faire une overdose d’informations et d’images avec les médias européens…

A Chengalpattu, il n’y a pas de eu vague heureusement car pour ceux qui ne savent pas, nous nous trouvons à trente kilomètres de la côte, trop loin pour une vague même énorme, mais suffisamment proches pour avoir vu défiler par centaines des réfugiés à qui le tsunami avait tout arraché. Ils se sont installés dans les écoles (heureusement en vacances de Noël), dans les cinémas, dans les temples… Des familles entières de Kallpakam, de Mahaballipuram et d’autres villages de la côte se sont retrouvées sans rien du jour au lendemain. Beaucoup de pêcheurs ont perdu leur bateau et leur hutte, de paysans leurs champs et leur bétail, et certains d’entre eux plus douloureux encore, un ou plusieurs membres de leur famille… Beaucoup d’enfants notamment ont péri noyés ce jour-là, deux jours avant la fête des Saints-Innocents. Certains sont restés longtemps sans savoir qui était mort et qui était toujours en vie car on n’a pas retrouvé tous les corps et c’était peut-être ça le pire, de rester dans le doute, accroché à un espoir fou…

Nous sommes allées visiter tous ces réfugiés pendant leur exil à Chengalpattu et c’était impressionnant de se retrouver tout à coup face à un tel concentré de détresse humaine. Je n’oublierai pas ces files d’enfants à qui l’ont distribuait du lait, ces files de familles qui avaient tout perdu et attendaient qu’on leur donne des vêtements, tous les visages de ces hommes et de ces femmes au regard comme vidé… Celui de cette fille qui aurait pu être ma sœur et qui pleurait si fort car sa maman était toujours introuvable… Celui de cette vieille « aaya » qui me racontait calmement comment sa maison avait été emporté par la mer, « poytchee »!
Ce qui est beau, c’est que tout le monde s’est mis à aider tout de suite. Tout le monde a donné, même ceux qui eux non plus n’avaient rien, ont trouvé quelque chose à partager… ça c’est l’incroyable générosité des plus pauvres…

En fait, cette histoire de tsunami a vraiment bouleversé tout le monde… Aatchi, notre vieille voisine, n’arrêtait pas de pleurer, tout le monde avait très peur car cela sonnait un peu comme un cataclysme de fin du monde, encore plus ici en Inde où tout de suite les gens y ont trouvé une explication mystique. « C’est parce que nous l’avons mis en colère que Dieu s’est fâché » disaient beaucoup de nos amis. D’autres, plus prosaïques y voyaient un message du dieu je-ne-sais-plus-qui manifestant son mécontentement suite à l’emprisonnement d’un célèbre guru mafieux…

A la léproserie de Tirumani où nous allons chaque semaine, la psychose n’est pas finie et nos amies étaient persuadées la semaine dernière qu’un autre tsunami allait arriver jusqu’à l’hôpital ! « Vous, vous pouvez toujours vous enfuir, mais nous, avec nos pieds et nos mains estropiés, comment allons-nous faire pour nous sauver ? » Il a fallu beaucoup de patience pour les rassurer et les calmer !

Au Jardin de la Miséricorde, Jacques et Berni ont accueilli pendant une semaine cinquante orphelins venus de Mahaballipuram, les « Little angels », qui portent bien leur nom. A Madras, nos frères de communauté n’ont rien eu eux non plus heureusement, mais ont été au cœur de la psychose… Il paraît que tout le monde se sauvait avec armes et bagages par rickshaw entiers, dans tous les sens…


Maintenant, la grosse peur est passée mais pour beaucoup le plus dur ne fait que commencer, car il faut tout reconstruire à partir de zéro. Quand il s’agit de familles très pauvres pour qui leur bateau, leur champ, était leur seul gagne-pain, il leur faut une sacrée dose de courage pour s’accrocher à la vie après ça. Le pire, je crois, ce sont les pêcheurs : non seulement beaucoup ont perdu leur bateau mais ceux qui l’ont toujours ont trop peur pour repartir en mer. En plus, les gens ont arrêté d’acheter du poisson à cause des épidémies…
Quant à ceux qui en plus ont perdu un père, un mari ou des enfants dans la catastrophe, le plus difficile est de retrouver un sens à leur existence, l’envie de continuer à vivre… Je vous confie tout particulièrement Sir Richard, notre propriétaire et voisin du dessus, qui a perdu quatre membres de sa famille dans le tsunami. Ils habitent à Kanyakumari et quand la mer a envahi leur maison, ils n’ont pas eu le temps de s’enfuir…


Avant le tsunami, il y a eu Noël...

... que je vais quand même vous raconter même si l’événement douloureux aurait tendance à faire passer sous silence le joyeux… Cette année, nous avons décidé de le passer à Tirumani, avec nos amies de la « leprosy hospital » (photo : Jeyamma et Selvi). Un Noël magnifique bien qu’extrêmement simple, que je n’oublierai pas non plus.


Tirumani, c’était autrefois le plus grand hôpital du Sud de l’Inde pour traiter la lèpre, où les patients se comptaient par milliers. Maintenant, c’est une immense jungle à moitié déserte où la moitié des bâtiments tombent en ruine, envahis par les bagnans et les herbes sauvages : le gouvernement a décrété que la lèpre avait été éradiquée de l’Inde… Cet hôpital ressemble à une ville fantôme, un monde étrange et à part, où nous plongeons chaque semaine pour un voyage qui ne nous laisse jamais indemnes…
Derrière la façade des bureaux, il y a un grand parc traversé d’allées vides et laissées à l’abandon où les seuls visiteurs, à part nous, sont les vaches, les chèvres et les chiens, les singes et les écureuils…
La partie que nous visitons est réservée aux femmes qui sont en convalescence dans des petites maisons qui auraient pu être charmantes dans un autre contexte.

Pour Noël donc, après avoir passé la matinée à distribuer des sweets aux voisins, nous avons débarqué à Tirumani toutes les quatre, les mains chargées de friandises. Un petit paquet pour chacune de nos amies, ce n’était pas grand chose mais l’accueil qu’on a reçu donnait l’impression du contraire ! En fait, c’est surtout notre visite qui leur a fait plaisir, je crois… mais le plus beau cadeau c’était pour nous, c’était leur joie si simple et si communicative !

Gabrielle

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