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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Italie
Ville Naples
Point-Cœur Don-Bosco
Ami des enfants P. Guillaume Trillard
Date 10/01/2005

Commauté Italie 2005
La communauté du Point-Cœur Don-Bosco de Naples

Un privilège

Ces derniers temps, je suis assez frappé par les amitiés qui naissent. Depuis le mois de septembre, Cyril un jeune français de vingt-neuf ans, est venu nous rejoindre, apportant à notre Points-Cœur un bel équilibre. Ici, les séparations hommes femmes sont assez marquées. Cela se manifeste dans beaucoup de petits gestes qui font que chacun occupe un poste très spécifique. Il en va de même pour l’amitié. Pour les jeunes et les hommes, savoir que Cyril ou moi-même sommes présents au Points-Cœur simplifie le rapport. Et de fait, nous gagnons à les connaître car sous leur apparente nonchalance, leur machisme assez prononcé, leurs mains calleuses, se cachent bien des trésors.

Je suis par exemple frappé par R. qui travaille toute la journée pour réparer les installations de pompe à eau, en hiver dans le froid, parfois dans des conditions pénibles, et qui trouve le temps de passer à l’adoration hebdomadaire que nous organisons à la paroisse à l’occasion de l’année eucharistique. Arriver à 19h relève pour lui de l’exploit. Il s’agenouille encore vêtus de ses habits de travail, aspire bien fort en signe de concentration puis vraiment engage un rapport avec l’Invisible. Etonnant de le voir ainsi capable de prendre ce temps avant de rejoindre sa famille où son épouse – très dépressive depuis la mort de sa maman – l’attend, rejoindre ses deux fils qui ont bien du mal à grandir. Je pense souvent en le voyant à Bernanos qui disait que « c’est à genou que l’homme est grand ».

C. me surprend également, lui qui me confiait l’autre jour avec une vraie simplicité et sans aucune bigoterie : « j’ai encore fait l’expérience de la Providence ». Lui aussi est très attaché à l’adoration parce que, finalement, c’est son unique heure de solitude, de silence, de respiration de la semaine. Electricien, il vient de commencer à travailler à son compte, avec tous les sacrifices que cela comporte. Il est également père de deux enfants et attend le troisième. « J’étais un peu déçu parce que je reçois un coup de fil pour une intervention urgente à 18h45. Autant dire que j’avais déjà abandonné l’idée de venir. Finalement, j’arrive je trouve immédiatement la panne et répare en cinq minutes. De plus, la route est sans embouteillage, j’arrive juste à l’heure ». Lui aussi en bleu de travail se cale dans le fond de l’église, regarde et prie.

Il n’y a pas longtemps, c’était M. Nous venions d’organiser une rencontre pour douze jeunes de notre quartier que nous aimerions emmener avec nous aux Journées Mondiales de la Jeunesse à Cologne. Son fils faisait partie des « élus ». Quelques jours plus tôt, nous étions allés les visiter dans leur appartement en chantier. La commune était en train de refaire le carrelage de tous les immeubles, faisant passer à l’acte une loi sociale votée l’année dernière. Il faisait très froid et tous s’étaient repliés dans une petite pièce servant de chambre, de cuisine et de salle d’accueil à la fois. La femme de M. me disait leur difficulté à vivre. Dernièrement, ils s’étaient fait voler leur chaîne stéréo certainement par un toxicomane. Ce sont en effet les seuls à se risquer pour des choses de peu de valeur dans les maisons des plus pauvres. Elle me disait également combien le travail de son mari était difficile, instable.
Voici donc notre M. qui, ayant pris connaissance de notre projet, me propose d’organiser une loterie pour trouver un peu d’argent et me promets des lots, de faire venir ses amis… lui qui à cinquante ans roule en bicyclette ou plus exactement roulait en bicyclette, ayant dû la vendre par nécessité il y a deux mois.

Il y a également X. qui est séparé de sa femme et qui vit chez sa mère avec sa petite fille, recevant son fils le week-end. L’amitié a tellement grandi que maintenant il accompagne Cyril pour visiter les hommes de la rue qui vivent chez les Sœurs de Mère Teresa dans le centre de Naples et qui attendent nos visites. X. n’a pas encore trente ans et connaît très bien le quartier de l’intérieur y ayant passé toute son enfance. Aujourd’hui, il sort la tête de l’eau mais n’a pas peur de dire simplement que derrière l’amitié qu’il a commencée avec Points-Cœur il y a quelques années, et qui fleurit ces derniers mois, se cache un Autre qu’il recherche. Je suis surpris de le voir participer à nos écoles de communauté les yeux grands ouverts. Même s’il ne dit pas grand chose et que ce qu’il saisit reste son secret, son attention à ce qui se passe, aux interventions de chacun d’entre nous, en disent long sur sa soif. Lors du passage de père Thierry de Roucy, notre fondateur qui est venu nous visiter deux jours, il était là avec plusieurs de nos amis. Il m’avait glissé quelques jours plus tôt : « il faut que je le connaisse pour le remercier d’avoir fondé Points-Cœur ».

A Naples, mais également à Rome

Plus le temps passe donc, plus ces personnes suscitent mon admiration. Elles me provoquent également, me rappelant qu’avec peu de choses, un chemin nouveau peut s’ouvrir. Elles me poussent à prendre au sérieux la mission reçue, le sacerdoce reçu. Mission d’aider les jeunes Amis-des-enfants qui vivent avec moi à entrer pleinement dans leur mission, à se passionner pour ceux qu’ils rencontrent. Mission d’être présent dans ce quartier mais également présent d’une autre façon, en travaillant ces derniers temps à quelques documents pour l’œuvre Points-Cœur. En effet, l’œuvre étant installée dans bientôt vingt pays, nous sommes amenés à être reconnus directement par Rome. Et pour cela, il me faut faire quelque démarches. Occasion de rencontres assez étonnantes avec des personnes qui me surprennent par leur ouverture et par leur bienveillance. Me restent ainsi en mémoire les premiers mots d’accueil d’un canoniste : « C’est un métier passionnant que le mien car il m’est donné de voir tout ce qui naît dans l’Eglise, tous ces signes d’espérance dont vous faites partie ».

En vous remerciant encore pour votre soutien, je vous redis toute mon affection.

P. M. Guillaume

NB : Pour information, vivent dans ma communauté Natalià une Argentine de vingt-sept ans professeur d’anglais, Cyril et Guénaelle, français, Elisabetta, une Allemande. C’est avec eux que nous partirons du 12 au 23 août pour Cologne. Pour cela nous louerons deux minibus. Nous demanderons à chaque jeune de trouver 70 Euros, le reste (c’est-à-dire 360 Euros par jeunes restent à notre charge… et à la charge de tous ceux qui voudront bien nous aider à leur faire vivre cette expérience. Je les en remercie d’avance (prendre contact avec l'association).

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