Un privilège
Ces derniers temps, je suis
assez frappé par les amitiés qui naissent. Depuis
le mois de septembre, Cyril un jeune français de vingt-neuf
ans, est venu nous rejoindre, apportant à notre Points-Cœur
un bel équilibre. Ici, les séparations hommes femmes
sont assez marquées. Cela se manifeste dans beaucoup de
petits gestes qui font que chacun occupe un poste très
spécifique. Il en va de même pour l’amitié.
Pour les jeunes et les hommes, savoir que Cyril ou moi-même
sommes présents au Points-Cœur simplifie le rapport.
Et de fait, nous gagnons à les connaître car sous
leur apparente nonchalance, leur machisme assez prononcé,
leurs mains calleuses, se cachent bien des trésors.
Je suis par exemple frappé par R. qui travaille toute la
journée pour réparer les installations de pompe
à eau, en hiver dans le froid, parfois dans des conditions
pénibles, et qui trouve le temps de passer à l’adoration
hebdomadaire que nous organisons à la paroisse à
l’occasion de l’année eucharistique. Arriver
à 19h relève pour lui de l’exploit. Il s’agenouille
encore vêtus de ses habits de travail, aspire bien fort
en signe de concentration puis vraiment engage un rapport avec
l’Invisible. Etonnant de le voir ainsi capable de prendre
ce temps avant de rejoindre sa famille où son épouse
– très dépressive depuis la mort de sa maman
– l’attend, rejoindre ses deux fils qui ont bien du
mal à grandir. Je pense souvent en le voyant à Bernanos
qui disait que « c’est à genou que l’homme
est grand ».
C. me surprend également, lui qui me confiait l’autre
jour avec une vraie simplicité et sans aucune bigoterie
: « j’ai encore fait l’expérience de
la Providence ». Lui aussi est très attaché
à l’adoration parce que, finalement, c’est
son unique heure de solitude, de silence, de respiration de la
semaine. Electricien, il vient de commencer à travailler
à son compte, avec tous les sacrifices que cela comporte.
Il est également père de deux enfants et attend
le troisième. « J’étais un peu déçu
parce que je reçois un coup de fil pour une intervention
urgente à 18h45. Autant dire que j’avais déjà
abandonné l’idée de venir. Finalement, j’arrive
je trouve immédiatement la panne et répare en cinq
minutes. De plus, la route est sans embouteillage, j’arrive
juste à l’heure ». Lui aussi en bleu de travail
se cale dans le fond de l’église, regarde et prie.
Il n’y a pas longtemps, c’était M. Nous venions
d’organiser une rencontre pour douze jeunes de notre quartier
que nous aimerions emmener avec nous aux Journées Mondiales
de la Jeunesse à Cologne. Son fils faisait partie des «
élus ». Quelques jours plus tôt, nous étions
allés les visiter dans leur appartement en chantier. La
commune était en train de refaire le carrelage de tous
les immeubles, faisant passer à l’acte une loi sociale
votée l’année dernière. Il faisait
très froid et tous s’étaient repliés
dans une petite pièce servant de chambre, de cuisine et
de salle d’accueil à la fois. La femme de M. me disait
leur difficulté à vivre. Dernièrement, ils
s’étaient fait voler leur chaîne stéréo
certainement par un toxicomane. Ce sont en effet les seuls à
se risquer pour des choses de peu de valeur dans les maisons des
plus pauvres. Elle me disait également combien le travail
de son mari était difficile, instable.
Voici donc notre M. qui, ayant pris connaissance de notre projet,
me propose d’organiser une loterie pour trouver un peu d’argent
et me promets des lots, de faire venir ses amis… lui qui
à cinquante ans roule en bicyclette ou plus exactement
roulait en bicyclette, ayant dû la vendre par nécessité
il y a deux mois.
Il y a également X. qui est séparé de sa
femme et qui vit chez sa mère avec sa petite fille, recevant
son fils le week-end. L’amitié a tellement grandi
que maintenant il accompagne Cyril pour visiter les hommes de
la rue qui vivent chez les Sœurs de Mère Teresa dans
le centre de Naples et qui attendent nos visites. X. n’a
pas encore trente ans et connaît très bien le quartier
de l’intérieur y ayant passé toute son enfance.
Aujourd’hui, il sort la tête de l’eau mais n’a
pas peur de dire simplement que derrière l’amitié
qu’il a commencée avec Points-Cœur il y a quelques
années, et qui fleurit ces derniers mois, se cache un Autre
qu’il recherche. Je suis surpris de le voir participer à
nos écoles de communauté les yeux grands ouverts.
Même s’il ne dit pas grand chose et que ce qu’il
saisit reste son secret, son attention à ce qui se passe,
aux interventions de chacun d’entre nous, en disent long
sur sa soif. Lors du passage de père Thierry de Roucy,
notre fondateur qui est venu nous visiter deux jours, il était
là avec plusieurs de nos amis. Il m’avait glissé
quelques jours plus tôt : « il faut que je le connaisse
pour le remercier d’avoir fondé Points-Cœur
».
A Naples, mais également à Rome
Plus le temps passe donc, plus
ces personnes suscitent mon admiration. Elles me provoquent également,
me rappelant qu’avec peu de choses, un chemin nouveau peut
s’ouvrir. Elles me poussent à prendre au sérieux
la mission reçue, le sacerdoce reçu. Mission d’aider
les jeunes Amis-des-enfants qui vivent avec moi à entrer
pleinement dans leur mission, à se passionner pour ceux
qu’ils rencontrent. Mission d’être présent
dans ce quartier mais également présent d’une
autre façon, en travaillant ces derniers temps à
quelques documents pour l’œuvre Points-Cœur. En
effet, l’œuvre étant installée dans bientôt
vingt pays, nous sommes amenés à être reconnus
directement par Rome. Et pour cela, il me faut faire quelque démarches.
Occasion de rencontres assez étonnantes avec des personnes
qui me surprennent par leur ouverture et par leur bienveillance.
Me restent ainsi en mémoire les premiers mots d’accueil
d’un canoniste : « C’est un métier
passionnant que le mien car il m’est donné de voir
tout ce qui naît dans l’Eglise, tous ces signes d’espérance
dont vous faites partie ».
En vous remerciant encore pour votre soutien, je vous redis toute
mon affection.
P. M. Guillaume
NB : Pour information, vivent
dans ma communauté Natalià une Argentine de vingt-sept
ans professeur d’anglais, Cyril et Guénaelle, français,
Elisabetta, une Allemande. C’est avec eux que nous partirons
du 12 au 23 août pour Cologne. Pour cela nous louerons deux
minibus. Nous demanderons à chaque jeune de trouver 70
Euros, le reste (c’est-à-dire 360 Euros par jeunes
restent à notre charge… et à la charge de
tous ceux qui voudront bien nous aider à leur faire vivre
cette expérience. Je les en remercie d’avance (prendre
contact avec l'association).