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C’est sous le doux soleil de printemps de Rio que
je vous écris cette dernière lettre. Mon enga-gement
au sein de l'œuvre Points-Cœur s’est terminée
le 24 septembre, date de mon deuxième anni-versaire
de baptême.
Je vous présenterai cette lettre sous forme d’informations
des uns des autres, avec la conclusion de mon expérience. |
L’apostolat extérieur : rua 28 et são Francisco
La famille de Rocky : Le fils aîné,
Rockyno, onze ans, nous a fait une peur terrible. Il a disparu
un matin en allant au collège (il vit désormais
avec sa maman en banlieue).
Nous avons rencontré Barbara totalement désespérée
avec son dernier né, Taison dans les bras. Nous l’avons
accueillie quelques jours dans notre maison parce qu’elle
ne supportait pas l’idée d’être seule
chez elle sans son fils. Nous nous sommes relayés pour
l’accompagner à la police, dans les hôpi-taux
, à la télévision pendant que l’un
de nous gardait le bébé.
Même si notre souffrance et notre angoisse étaient
forte, j’ai compris que jamais nous ne pour-rons être
dans le cœur d’une mère et partager sa détresse
entière. Les risques étaient grands, Barbara et
Rocky en étaient conscients : Rockyno avait pu être
enlevé pour la prostitution enfantine ou tué. Le
miracle s’est produit deux semaines après : Rocky,
qui s’est aussi beaucoup démené pour retrouver
son fils, avait collé des photos dans toutes les gares
de Salvador. La police l’a reconnu, dans une gare, vendant
des petites bouteilles d’eau pour un marchand. Il a expliqué
qu’on lui avait volé sa montre et qu’il avait
peur que son père le batte. Alors, il a fui pour s’en
racheter une. Que s’est-il passé exacte-ment dans
sa tête ? Nous ne savons pas, mais le retour dans sa famille
s’est très bien passé. Quant à Barbara,
voir un sourire sur son visage à travers tant de larmes
quand nous avons commencé à l’entourer de
notre affection, suffit à justifier deux ans de séparation
avec ma famille et mes amis.
Rosangela, la maman de Paulo Henrique vit toujours
à la rua 28 avec Rocky (elle est ressortie de prison après
deux mois d’absence). Elle pousse beaucoup son fils à
participer à des activités du gouvernement pour
les enfants de la rue : sport, jeux éducatifs. Récemment,
elle me disait : « tu sais, c’est pas parce que son
père et moi on a mal tourné que ça doit lui
arriver aussi, j’aimerais tellement qu’il s’en
sorte.»
Elle a beaucoup pleuré lors de notre dernière
rencontre, me rappelant comme elle avait été heu-reuse
lorsque je lui ai amené Paulo Henrique à la prison,
comme ma présence l’avait soutenue lors-qu’elle
avait tenté de se suicider.
Paulo m’a quittée après un gros câlin
et un sourire. Je sais qu’il était triste, mais qu’il
ne voulait pas me le montrer. C’est un enfant avec qui j’ai
eu une relation très forte et la tentation de me l’approprier
dans son affection a été grande. Et pourtant, ma
mission n’était pas de me substituer à la
maman, mais de l’aider par notre amitié à
retrouver sa maman : Rosangela est ce qu’elle est : voleuse,
droguée, trafiquante, de drogue, mais son unique raison
de vivre est son fils. Ce sont des situations difficiles, ces
familles de trafiquants : Rosangela et Rocky mais aussi Jassira
et Carlos (Zeinaje, Duro, Molly, Jessica, João Baptista).
Seraient-ils mieux dans un orphelinat sans amour mais avec des
per-sonnes qui leur donneraient des valeurs morales ? Ou avec
les parents qui les aiment, mais qui leur donnent un contre-exemple
de la vie ?
Cette question, je me la suis souvent posée en arrivant
à la conclusion que, étant absolument impuissante
face à la réalité, le plus beau cadeau que
je puisse leur faire est de leur offrir mon amitié et mes
prières.
Rute : Elle a passé dernièrement
un mois à la Fazenda, qui s’est très bien
passé.
Notre séparation a été très dure :
elle voulait que l’on rentre ensemble chez sa mère
a quelques jours de mon départ. Cela m’était
absolument impossible. Alors, il y a eu beaucoup de larmes. Rute
est certainement la personne avec qui j’ai le plus vécu
la compassion, comme sa famille : se réjouir d’un
retour et souffrir de la voir se détruire par la drogue
et la prostitution, en gardant au fond de soi l’espérance
de jours meilleurs…
La communauté
Les nouvelles sont moins bonnes, mais je vous les partage pour
que vous puissiez vraiment les porter dans votre prière.
Je vous ai déjà beaucoup parlé des problèmes
de visa avec le Brésil : la situa-tion s’est énormément
durcie cette année.
Eliana (Argentine) a dû partir précipitamment après
neuf mois de mission, son visa n’étant pas renouvelé.
Elle termine ses six derniers mois au Point-Cœur de Santa
Fe.
Sven est parti en renfort à l’autre Point-Cœur
de Simões-Filho et Jean-Marie à la Fazenda. Mon
Point-Cœur est donc provisoirement fermé jusqu’à
amélioration de la situation. C’est pour moi le plus
dur à vivre.
Remerciements
Après dix lettres aux parrains, je crois que ce n’est
un secret pour personne que cette mission n’a pas été
facile : les combats, la tentation de fuir…
Mais c’était si beau…
Cette expérience, c’est pour la vie qu’elle
m’aura marquée et transformée. Encore une
fois mer-ci pour vos prières qui m’ont permis de
tenir et pour votre aide financière qui, concrètement,
a subve-nu à mes besoins pendant ces deux ans.
Merci aussi pour votre soutien par courrier et par colis (particulièrement
à Bernadette et sa fa-mille, Fabienne, Didier, Frédéric,
Aline…
Merci à Père Thierry de Roucy et à toute
l’œuvre Points-Cœur pour la confiance qu’ils
m’ont faite et pour la beauté de leur mission.
Un grand merci à notre Seigneur Jésus-Christ et
à sa douce maman Marie qui m’ont conviée à
donner deux ans de ma vie à leur service… sans jamais
lâcher ma main.
Extrait du Psaume 110 :
« De tout cœur, je rendrai grâce au
Seigneur
dans l’assemblée parmi les justes
Grandes sont les œuvres du Seigneur
Tous ceux qui les aiment s’en instruisent. »
Votre filleule, Alexa Marie Léo