La souffrance des mamans…
Permettez-moi de vous présenter un visage parmi ceux de
tant de femmes d’exception que nous connaissons dans notre
quartier.
Doña Erminda vit à Mirador dans un ranchito de
terre et de bois avec ses sept enfants. L’aîné,
c’est Juan Pablo. Du haut de ses onze ans, il veille sur
ses frères et sœurs comme à la prunelle de
ses yeux. Il y a Domingo (et son fameux sourire…), Felipe,
Judy, Fabian et les deux petits. Le mari de doña Erminda
est un bon père. Il travaille sans relâche pour permettre
à ses enfants de manger et d’étudier. Mais
l’argent qu’il rapporte à la maison ne suffit
pas à nourrir tout le monde.
Alors pour alourdir le porte-monnaie familial, doña Erminda
s’est mise à travailler laissant les deux petits
jouer seuls dans la « calle » (rue). Chaque jour,
elle arpente en tout sens le bidonville en vendant des boulettes
de pâte frite appelées « empanadas ».
Nous la rencontrons souvent à la sortie de l’école
Promocion Social, arborant un sourire magnifique, traînant
derrière elle une vieille poussette de bébé
branlante, à moitié rouillée, faisant office
d’étalage de fortune. A chaque fois, elle ne peut
s’empêcher de nous offrir à chacun un de ces
mets délicieux et nous embrasse avec cette chaleur et cette
sincérité si bouleversante que j’ai l’impression
de faire partie de sa famille. Un jour, alors que nous venions
lui rendre visite, elle nous livrera le secret de son amour pour
Points-Cœur. « Vous savez – nous dit elle –
je vous aime énormément parce que vous faites avec
mes enfants tout ce que je n’ai malheureusement pas le temps
de faire avec eux ! Ah, comme j’aimerai pouvoir rire, jouer
et chanter avec eux comme vous le faites si bien ! ». Il
est vrai que quand doña Erminda n’est pas dans la
rue à vendre ses empanadas, elle n’a que l’embarras
du choix pour occuper ses temps libres : vaisselles, ménage,
préparation des repas, ou encore lavage du linge des p’tits
monstres, qui s’amoncelle en piles toujours plus hautes
de jour en jour. Elle se lève tout les matins à
4 h 30 pour cuisiner ses empanadas et s’écroule épuisée
sur sa paillasse vers 23 h 30.
Tout ça, je vous assure, ça fait mal ! Mal de
voir tant de larmes gâchées par manque d’Amour
! Mal de ne pouvoir rien faire d’autre que d’écouter,
d’être là !
Alexandre