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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Colombie
Ville Bucaramanga
Point-Cœur Santa Maria Micaela
Ami des enfants Alexandre Descours
Date Mai 2003

La souffrance des mamans…

Permettez-moi de vous présenter un visage parmi ceux de tant de femmes d’exception que nous connaissons dans notre quartier.

Doña Erminda vit à Mirador dans un ranchito de terre et de bois avec ses sept enfants. L’aîné, c’est Juan Pablo. Du haut de ses onze ans, il veille sur ses frères et sœurs comme à la prunelle de ses yeux. Il y a Domingo (et son fameux sourire…), Felipe, Judy, Fabian et les deux petits. Le mari de doña Erminda est un bon père. Il travaille sans relâche pour permettre à ses enfants de manger et d’étudier. Mais l’argent qu’il rapporte à la maison ne suffit pas à nourrir tout le monde.

Alors pour alourdir le porte-monnaie familial, doña Erminda s’est mise à travailler laissant les deux petits jouer seuls dans la « calle » (rue). Chaque jour, elle arpente en tout sens le bidonville en vendant des boulettes de pâte frite appelées « empanadas ». Nous la rencontrons souvent à la sortie de l’école Promocion Social, arborant un sourire magnifique, traînant derrière elle une vieille poussette de bébé branlante, à moitié rouillée, faisant office d’étalage de fortune. A chaque fois, elle ne peut s’empêcher de nous offrir à chacun un de ces mets délicieux et nous embrasse avec cette chaleur et cette sincérité si bouleversante que j’ai l’impression de faire partie de sa famille. Un jour, alors que nous venions lui rendre visite, elle nous livrera le secret de son amour pour Points-Cœur. « Vous savez – nous dit elle – je vous aime énormément parce que vous faites avec mes enfants tout ce que je n’ai malheureusement pas le temps de faire avec eux ! Ah, comme j’aimerai pouvoir rire, jouer et chanter avec eux comme vous le faites si bien ! ». Il est vrai que quand doña Erminda n’est pas dans la rue à vendre ses empanadas, elle n’a que l’embarras du choix pour occuper ses temps libres : vaisselles, ménage, préparation des repas, ou encore lavage du linge des p’tits monstres, qui s’amoncelle en piles toujours plus hautes de jour en jour. Elle se lève tout les matins à 4 h 30 pour cuisiner ses empanadas et s’écroule épuisée sur sa paillasse vers 23 h 30.

Tout ça, je vous assure, ça fait mal ! Mal de voir tant de larmes gâchées par manque d’Amour ! Mal de ne pouvoir rien faire d’autre que d’écouter, d’être là !

Alexandre

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