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Amal et ses
enfants
Maintenant, j’aimerais vous parler d’Amal et
de ses enfants, Abdo (dix-sept ans), Amar (douze ans), Hamoudi
(sept ans), Nur (trois ans) et Youssef (un an et demi) et
d’un dernier qui devrait bientôt arriver, car
Amal est enceinte.
J’ai déjà parlé d’eux dans
ma première lettre où je vous racontais dans
quelles conditions ils vi-vaient. Depuis, ils ont déménagé
trois fois. La mère, Amal est Syrienne et fait vivre
ses enfants en triant les poubelles et récupère
ce qui est bon pour le revendre à la décharge
contre un maigre salaire. J’avais oublié de
vous parler du fils aîné, Abdo. C’est
aussi une famille que le Point-Cœur connaît depuis
très longtemps et Abdo venait déjà
jouer au Point-Cœur comme ses frères et sœurs
aujourd’hui.
Or,
le mois dernier, un samedi matin, nous avons aperçu
Abdo avec sa mère qui attendait dans la rue, au pied
de notre maison, puis nous avons vu Amal en pleurs, qui
était assise en face de chez nous. En allant les
rejoindre, nous avons compris qu’il y avait la police
chez eux, parce qu’Abdo avait volé de la marchandise
(de l'électro-ménager, je crois), dans un
magasin à côté de chez eux. La police
avait retrouvé les emballages dans leur appartement.
Paul alla parler à Abdo pour qu’il se rende
car on allait vite le retrouver et il fallait aussi prévenir
tous les enfants d’Amal qui étaient partis
acheter des maneïches (sorte de galettes chaudes que
l’on agrémente de zatar (thym), de fromage
ou de viande hachée… C’est excellent
!), car c’était jour de fête chez eux.
Paul partit donc chercher les enfants et les ramena au
Point-Cœur. Finalement, Abdo décida de retourner
chez lui et de se rendre à la police en compagnie
de Paul.
Pendant ce temps, Amal et ses enfants trouvèrent
refuge au Point-Cœur. Plus tard, c’est Walid,
l’ami d’Amal, qui est Syrien et sans papiers,
père de Youssef et du dernier qu’Amal attend,
qui arriva. Puis, bien plus tard, Paul revint à la
maison accompagné d’un policier qui venait
chercher la mère pour aller au poste de police. Walid
se fit très discret, nous suppliant de ne rien dire
et il disparut aussi vite qu’il était arrivé.
Clotilde et Paul accompagnèrent Amal à la
gendarmerie, tandis que Marie-Christine et moi-même
gardions les enfants qui n’avaient pas mangé,
mais de toute façon ils n’avaient plus d’appétit
après avoir vu leur mère partir et ne pas
pouvoir rentrer chez eux.
Les policiers dirent à nos deux Amis des enfants
qu’ils allaient garder Amal pour la nuit. Paul leur
dit que c’était impossible vu que nous avions
les enfants à la maison et qu’ils avaient
besoin de leur mère. Après moult pourparlers
et discussions au téléphone avec le commissaire
en chef, ils consentirent à la relâcher.
Notre présence
en tant que Fran-çais a sans doute été
pour beaucoup. Quant à Abdo, qui n’a que dix-sept
ans, il se retrouve en prison et pour longtemps. Nous
allons
essayer d’aller le visiter.
Après cela, Amal revint à la maison pour
souffler un peu, mais il était hors de question pour
elle de retourner chez elle avec ses enfants. Amal est une
femme fière et elle avait trop honte du regard et
du jugement des voisins et, dans sa culture, on ne retourne
pas dans un lieu qui est devenu maudit.
Elle nous confia donc ses quatre enfants pour la nuit en
nous disant qu’elle allait chercher avec Walid un
nouvel appartement. Les enfants dormirent donc au Point-Cœur.
Le lendemain, au petit-déjeuner, nous étions
huit à table et c’était beau de les
avoir là, tous respectueux de l’accueil que
nous leur faisions, nous formions une belle famille ! Leur
présence au Point-Cœur fut une grâce pour
nous et un beau moment de paix, c’est ce que nous
avons pu leur offrir de tout notre cœur.
Aujourd’hui, ils ont à nouveau déménagé
et ils habitent dans le secteur musulman de Nabaa, pas très
loin de chez nous. Amal a renvoyé Walid, le père
de Youssef, parce qu’elle le soupçonne de lui
avoir volé de l’argent. Les conditions dans
lesquelles ils vivent sont déplorables : une pièce
(en France, on l’utiliserait pour les poubelles),
au rez-de-chaussée d’un immeuble sordide. Il
n’y a pas de porte, juste un rideau en guise de porte
d’entrée. Pour fenêtre, une lucarne qui
ne laisse pas passer la lumière extérieure,
il y a donc une ampoule allumée continuellement,
c’est très humide et les câbles électriques
de l’immeuble pendant partout. On a l’impression
à chaque instant qu’on va se faire électrocuter.
Une conduite d’eau coule sans arrêt dans l’entrée
et il y a une odeur nauséabonde d’égout.
Depuis qu’ils habitent là, leur état
de santé s’est fragilisé. Amal a attrapé
la gale et maintenant c’est au tour des en-fants.
Nous ne pouvons donc plus les accueillir au Point-Cœur,
mais nous allons les voir régulière-ment ;
mais les enfants ont du mal à comprendre. Un médecin
que nous connaissons leur a prescrit une lotion à
mettre sur le corps, mais à voir les conditions dans
lesquelles ils vivent, je ne sais pas si cela sera efficace.
Nous avons fait des démarches pour aller au dispensaire,
mais Amal ne vient pas au ren-dez-vous. Nous sommes même
allés la chercher un matin pour faire une échographie,
là aussi nous avons essuyé un refus.
Pourtant, au milieu de cette pauvreté, il y a des
moments de joie. Comme lorsque je suis allé avec
Clotilde en visite chez eux. Amal et les enfants étaient
heureux de nous voir, nous nous sommes tous assis sur le
trottoir devant leur immeuble et Amal nous a offert à
chacun un Pepsi. C’était la fête, Amar,
Hamoudi, Nur et Youssef riaient et jouaient sur cette parcelle
de trottoir au milieu des mar-chands ambulants, des piétons,
de la circulation et du brouhaha de la rue.
J’étais heureux de les voir rire, d’une
joie toute simple, j’avais l’impression d’être
à part, heu-reux d’être là, simplement
là et j’avais le sentiment que je touchais
du doigt le sens de notre mission : Aimer.
Que mon humble prière vous accompagne.
Merci pour tout.
Jean-Louis |
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