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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Liban
Ville Beyrouth
Point-Cœur Sainte Rafqâ
Ami des enfants Jean-Louis Berdat
Date 26/05/2003

Amal et ses enfants

Maintenant, j’aimerais vous parler d’Amal et de ses enfants, Abdo (dix-sept ans), Amar (douze ans), Hamoudi (sept ans), Nur (trois ans) et Youssef (un an et demi) et d’un dernier qui devrait bientôt arriver, car Amal est enceinte.
J’ai déjà parlé d’eux dans ma première lettre où je vous racontais dans quelles conditions ils vi-vaient. Depuis, ils ont déménagé trois fois. La mère, Amal est Syrienne et fait vivre ses enfants en triant les poubelles et récupère ce qui est bon pour le revendre à la décharge contre un maigre salaire. J’avais oublié de vous parler du fils aîné, Abdo. C’est aussi une famille que le Point-Cœur connaît depuis très longtemps et Abdo venait déjà jouer au Point-Cœur comme ses frères et sœurs aujourd’hui.
Or, le mois dernier, un samedi matin, nous avons aperçu Abdo avec sa mère qui attendait dans la rue, au pied de notre maison, puis nous avons vu Amal en pleurs, qui était assise en face de chez nous. En allant les rejoindre, nous avons compris qu’il y avait la police chez eux, parce qu’Abdo avait volé de la marchandise (de l'électro-ménager, je crois), dans un magasin à côté de chez eux. La police avait retrouvé les emballages dans leur appartement. Paul alla parler à Abdo pour qu’il se rende car on allait vite le retrouver et il fallait aussi prévenir tous les enfants d’Amal qui étaient partis acheter des maneïches (sorte de galettes chaudes que l’on agrémente de zatar (thym), de fromage ou de viande hachée… C’est excellent !), car c’était jour de fête chez eux.

Paul partit donc chercher les enfants et les ramena au Point-Cœur. Finalement, Abdo décida de retourner chez lui et de se rendre à la police en compagnie de Paul.
Pendant ce temps, Amal et ses enfants trouvèrent refuge au Point-Cœur. Plus tard, c’est Walid, l’ami d’Amal, qui est Syrien et sans papiers, père de Youssef et du dernier qu’Amal attend, qui arriva. Puis, bien plus tard, Paul revint à la maison accompagné d’un policier qui venait chercher la mère pour aller au poste de police. Walid se fit très discret, nous suppliant de ne rien dire et il disparut aussi vite qu’il était arrivé. Clotilde et Paul accompagnèrent Amal à la gendarmerie, tandis que Marie-Christine et moi-même gardions les enfants qui n’avaient pas mangé, mais de toute façon ils n’avaient plus d’appétit après avoir vu leur mère partir et ne pas pouvoir rentrer chez eux.

Les policiers dirent à nos deux Amis des enfants qu’ils allaient garder Amal pour la nuit. Paul leur dit que c’était impossible vu que nous avions les enfants à la maison et qu’ils avaient besoin de leur mère. Après moult pourparlers et discussions au téléphone avec le commissaire en chef, ils consentirent à la relâcher. Notre présence en tant que Fran-çais a sans doute été pour beaucoup. Quant à Abdo, qui n’a que dix-sept ans, il se retrouve en prison et pour longtemps. Nous allons essayer d’aller le visiter.

Après cela, Amal revint à la maison pour souffler un peu, mais il était hors de question pour elle de retourner chez elle avec ses enfants. Amal est une femme fière et elle avait trop honte du regard et du jugement des voisins et, dans sa culture, on ne retourne pas dans un lieu qui est devenu maudit.
Elle nous confia donc ses quatre enfants pour la nuit en nous disant qu’elle allait chercher avec Walid un nouvel appartement. Les enfants dormirent donc au Point-Cœur. Le lendemain, au petit-déjeuner, nous étions huit à table et c’était beau de les avoir là, tous respectueux de l’accueil que nous leur faisions, nous formions une belle famille ! Leur présence au Point-Cœur fut une grâce pour nous et un beau moment de paix, c’est ce que nous avons pu leur offrir de tout notre cœur.

Aujourd’hui, ils ont à nouveau déménagé et ils habitent dans le secteur musulman de Nabaa, pas très loin de chez nous. Amal a renvoyé Walid, le père de Youssef, parce qu’elle le soupçonne de lui avoir volé de l’argent. Les conditions dans lesquelles ils vivent sont déplorables : une pièce (en France, on l’utiliserait pour les poubelles), au rez-de-chaussée d’un immeuble sordide. Il n’y a pas de porte, juste un rideau en guise de porte d’entrée. Pour fenêtre, une lucarne qui ne laisse pas passer la lumière extérieure, il y a donc une ampoule allumée continuellement, c’est très humide et les câbles électriques de l’immeuble pendant partout. On a l’impression à chaque instant qu’on va se faire électrocuter. Une conduite d’eau coule sans arrêt dans l’entrée et il y a une odeur nauséabonde d’égout. Depuis qu’ils habitent là, leur état de santé s’est fragilisé. Amal a attrapé la gale et maintenant c’est au tour des en-fants. Nous ne pouvons donc plus les accueillir au Point-Cœur, mais nous allons les voir régulière-ment ; mais les enfants ont du mal à comprendre. Un médecin que nous connaissons leur a prescrit une lotion à mettre sur le corps, mais à voir les conditions dans lesquelles ils vivent, je ne sais pas si cela sera efficace. Nous avons fait des démarches pour aller au dispensaire, mais Amal ne vient pas au ren-dez-vous. Nous sommes même allés la chercher un matin pour faire une échographie, là aussi nous avons essuyé un refus.

Pourtant, au milieu de cette pauvreté, il y a des moments de joie. Comme lorsque je suis allé avec Clotilde en visite chez eux. Amal et les enfants étaient heureux de nous voir, nous nous sommes tous assis sur le trottoir devant leur immeuble et Amal nous a offert à chacun un Pepsi. C’était la fête, Amar, Hamoudi, Nur et Youssef riaient et jouaient sur cette parcelle de trottoir au milieu des mar-chands ambulants, des piétons, de la circulation et du brouhaha de la rue.
J’étais heureux de les voir rire, d’une joie toute simple, j’avais l’impression d’être à part, heu-reux d’être là, simplement là et j’avais le sentiment que je touchais du doigt le sens de notre mission : Aimer.

Que mon humble prière vous accompagne.
Merci pour tout.

Jean-Louis

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