Pour
un rappel sur l'histoire récente de ce Point-Cœur,
voir l'actualité
Arrivée
au Point-Cœur « Blan yo vini » (Les Blancs sont
revenus !)
...Nous arrivons enfin
au Cap haïtien dans le Nord du pays en fin d’après-midi,
chez les Pères de Saint Jacques, dernière étape
avant le Point-Cœur. Leur accueil chaleureux et une bonne
nuit de sommeil nous donnent le dernier coup de pouce avant les
retrouvailles.
Nous nous sentons toutes petites, ne sachant trop comment nous
y prendre, comment nous allons retrouver la maison. Mais la providence
veille ; en arrivant à la messe de la paroisse, à
peine entrées dans l’église, j’entends
mon prénom. C’est Jean-Ronel, fidèle ami du
Point-Cœur, mais que je ne connaissais pas encore, qui gardait
la maison depuis février dernier. Il passait devant l’église
pour aller à l’école et nous a aperçues.
Il se présente, nous souhaite la bienvenue et nous dit
qu’il rentrera de l’école en début d’après-midi…
Après la messe où déjà je retrouve
des visages connus, toute la matinée est une succession
de retrouvailles, de cris de joie, et pour moi d’émotion
forte ! ! Sous une pluie torrentielle – sans doute Dieu
voulait-il bénir notre arrivée « beni byen
beni » comme on dit en créole – nous remontons
le quartier passant de maison en maison pour ne pas être
totalement trempées !
Les « mèsi Bondyé » (Merci Bon Dieu)
se succèdent et finalement nous arrivons au Point-Cœur
que nous trouvons à vrai dire assez en désordre,
peu lumineux en raison de la pluie. Nous décidons de saluer
encore quelques personnes et d’aller déjeuner chez
les Père puis de revenir l’après-midi mettre
de l’ordre et nous installer.
Quand nous revenons l’après-midi, c’est Jean-Ronel
qui nous accueille chez nous… Comme par miracle, tout avait
été rangé, nettoyé. Nos petites fées
voisines (la maman et les sœurs de Jean Ronel) ont dû
s’activer pour que nous trouvions une maison accueillante
et je dois dire que j’ai trouvé cela bien sympathique
!
Jean-Ronel est à présent en train de laver les lampes
à pétrole. Alors, nous nous mettons au travail avec
lui, faisant connaissance. Il nous explique le fonctionnement
de la maison, nous parle de son amitié avec les filles
du Point-Cœur avant, il nous explique comment bien fermer
la maison, nous propose même de dormir dans la maison si
nous avons peur d’être toutes les deux la nuit. Nous
refusons gentiment, touchées par sa gentillesse et sa disponibilité.
Peu à peu, au cours des jours suivants, je découvre
combien Jean-Ronel, ce voisin de vingt-deux ans est un réel
cadeau pour nous, un vrai ami, en même temps attentif à
nos désirs et respectueux de notre manière de faire
et en même temps prêt à nous aider en tout,
précieuse aide pour entrer de nouveau dans cette culture.
Parlant français en plus, cela me donne aussi quelques
jours pour retrouver mon créole !
« Piti piti zwazo nich » « petit à petit,
l’oiseau fait son nid »… Peu à peu, Jean-Ronel
retire ses affaires : il a quand même habité la maison
pendant huit mois ! Ensemble, nous mettons de l’ordre, nous
trions les affaires. Jour après jour, la maison prend forme.
Doucement aussi, nous essayons de prendre un rythme. Ne sachant
pas trop par où commencer, là encore nous nous laissons
guider. Et ce sont les enfants qui nous aident. Tous nos petits
amis, qui ne cessent de défiler à la grille les
premiers jours, n’ont en effet
qu’une question : quand est-ce que nous allons prier le
chapelet ensemble, à midi comme le faisaient les autres
? Alors dès le deuxième jour, à midi, nous
voilà bien entourées, Séverine et moi, par
une quinzaine d’enfants autour de Marie. Ensuite, ce sont
encore les enfants qui viennent nous
aider à préparer notre premier repas haïtien…
au charbon de bois, puisque nous n’avons pas encore de gaz
pour la gazinière, sur un réchaud prêté
par la voisine. Nous arrivons les mains vides, dans une maison
vide : je touche du doigt ce que vivent bien souvent nos amis
les plus pauvres (au moins ces premiers jours). Mais la providence
nous gâte : notre voisine nous donne du sel que nous n’avons
pas trouvé sur le marché et bien vite les Pères
de St-Jacques et les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée
Conception nous demandent ce dont nous avons besoin : des allumettes,
précieuses pour allumer les lampes à pétrole
le soir, un couteau, de l’eau de javel pour garder l’eau
quelques jours sans qu’elle se remplisse de petits vers
! ! !
Mais dans l’installation de la maison, il nous manque encore
l’essentiel qui n’arrivera qu’une semaine exactement
après notre arrivée, l’Habitant principal
de la maison, la Raison d’être du Point-Cœur
: le Saint-Sacrement.
Je dois dire que j’ai trouvé les jours bien longs
et la maison bien vide sans Sa présence. Alors, quand Père
Roro (Robert), notre curé, mercredi matin, est venu célébrer
la messe au Point-Cœur et « installer Jésus
dans sa petite maison », mon cœur s’est vraiment
rempli de joie ! Nous allumons cette toute petite flamme, cette
toute petite lumière, signe de Sa Présence, si significative
de notre présence dans le quartier. Enfin, Il est là,
présent physiquement, Celui auprès de qui nous allons
mendier l’amour pour aimer chacun des petits qui viennent
frapper à notre porte, Celui auprès de qui nous
portons le cri de tous nos amis, Celui que j’aime. Jamais,
je crois, je n’ai eu un si grand désir de Sa présence
et jamais, je crois, je n’ai eu autant de joie à
ouvrir la porte du tabernacle, à peine la messe était-elle
terminée. Le Point-Cœur Petite Sœur Magdeleine
a repris Vie !
« Mesi Bondyè Mesi (Merci Bon Dieu Merci)
!
Avec vous, donc, je
rends grâce pour cette réouverture, pour chacun de
nos amis retrouvés, pour leur joie. Et avant de vous quitter,
je vous livre quelques visages, quelques mots de nos amis, même
si hélas je ne peux vous retranscrire leur expression,
leur émotion. Je garde en tous cas dans mon cœur comme
des cadeaux de bienvenue Eliza, cette femme toute pauvre, première
à nous accueillir dans le quartier, qui dansant de joie
à notre venue, nous disait qu’elle était montée
tous les jours (depuis février) voir chez nous si nous
étions revenus ! Titoto à qui sa femme avait annoncé
la veille que nous étions là et qui me dit, le sourire
jusqu’au oreilles, qu’ils avaient mieux dormi nous
sachant revenues…
Dadon, une femme qui, en nous voyant, courut jusqu’à
nous pour nous sauter dans les bras comme un petit enfant. Man
Paul, une vieille femme qui me disait pleine d’émotion
qu’elle avait demandé à Dieu de me revoir
avant de mourir et que Dieu l’avait exaucée. Enfin,
Ton Lakou, notre voisin dont je vous reparlerai sans doute, un
vieux monsieur qui, couché dans son lit, n’a pu s’empêcher
de nous serrer dans ses bras, rendant grâce à Dieu
toutes les deux minutes, tout en demandant des nouvelles des autres
: « mes filles sont revenues, Merci Bon Dieu ! »
Laetitia