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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Haiti
Ville Cap-Haïtien
Point-Cœur Petite-sœur-Madeleine
Ami des enfants Laetitia Palluat de Besset
Date

20/11/2004

Jean-Ronel repeignant le logo du Point-Cœur

Pour un rappel sur l'histoire récente de ce Point-Cœur, voir l'actualité

Arrivée au Point-Cœur « Blan yo vini » (Les Blancs sont revenus !)

...Nous arrivons enfin au Cap haïtien dans le Nord du pays en fin d’après-midi, chez les Pères de Saint Jacques, dernière étape avant le Point-Cœur. Leur accueil chaleureux et une bonne nuit de sommeil nous donnent le dernier coup de pouce avant les retrouvailles.

Nous nous sentons toutes petites, ne sachant trop comment nous y prendre, comment nous allons retrouver la maison. Mais la providence veille ; en arrivant à la messe de la paroisse, à peine entrées dans l’église, j’entends mon prénom. C’est Jean-Ronel, fidèle ami du Point-Cœur, mais que je ne connaissais pas encore, qui gardait la maison depuis février dernier. Il passait devant l’église pour aller à l’école et nous a aperçues. Il se présente, nous souhaite la bienvenue et nous dit qu’il rentrera de l’école en début d’après-midi…
Après la messe où déjà je retrouve des visages connus, toute la matinée est une succession de retrouvailles, de cris de joie, et pour moi d’émotion forte ! ! Sous une pluie torrentielle – sans doute Dieu voulait-il bénir notre arrivée « beni byen beni » comme on dit en créole – nous remontons le quartier passant de maison en maison pour ne pas être totalement trempées !
Les « mèsi Bondyé » (Merci Bon Dieu) se succèdent et finalement nous arrivons au Point-Cœur que nous trouvons à vrai dire assez en désordre, peu lumineux en raison de la pluie. Nous décidons de saluer encore quelques personnes et d’aller déjeuner chez les Père puis de revenir l’après-midi mettre de l’ordre et nous installer.

Quand nous revenons l’après-midi, c’est Jean-Ronel qui nous accueille chez nous… Comme par miracle, tout avait été rangé, nettoyé. Nos petites fées voisines (la maman et les sœurs de Jean Ronel) ont dû s’activer pour que nous trouvions une maison accueillante et je dois dire que j’ai trouvé cela bien sympathique !
Jean-Ronel est à présent en train de laver les lampes à pétrole. Alors, nous nous mettons au travail avec lui, faisant connaissance. Il nous explique le fonctionnement de la maison, nous parle de son amitié avec les filles du Point-Cœur avant, il nous explique comment bien fermer la maison, nous propose même de dormir dans la maison si nous avons peur d’être toutes les deux la nuit. Nous refusons gentiment, touchées par sa gentillesse et sa disponibilité. Peu à peu, au cours des jours suivants, je découvre combien Jean-Ronel, ce voisin de vingt-deux ans est un réel cadeau pour nous, un vrai ami, en même temps attentif à nos désirs et respectueux de notre manière de faire et en même temps prêt à nous aider en tout, précieuse aide pour entrer de nouveau dans cette culture. Parlant français en plus, cela me donne aussi quelques jours pour retrouver mon créole !

« Piti piti zwazo nich » « petit à petit, l’oiseau fait son nid »… Peu à peu, Jean-Ronel retire ses affaires : il a quand même habité la maison pendant huit mois ! Ensemble, nous mettons de l’ordre, nous trions les affaires. Jour après jour, la maison prend forme. Doucement aussi, nous essayons de prendre un rythme. Ne sachant pas trop par où commencer, là encore nous nous laissons guider. Et ce sont les enfants qui nous aident. Tous nos petits amis, qui ne cessent de défiler à la grille les premiers jours, n’ont en effet qu’une question : quand est-ce que nous allons prier le chapelet ensemble, à midi comme le faisaient les autres ? Alors dès le deuxième jour, à midi, nous voilà bien entourées, Séverine et moi, par une quinzaine d’enfants autour de Marie. Ensuite, ce sont encore les enfants qui viennent nous aider à préparer notre premier repas haïtien… au charbon de bois, puisque nous n’avons pas encore de gaz pour la gazinière, sur un réchaud prêté par la voisine. Nous arrivons les mains vides, dans une maison vide : je touche du doigt ce que vivent bien souvent nos amis les plus pauvres (au moins ces premiers jours). Mais la providence nous gâte : notre voisine nous donne du sel que nous n’avons pas trouvé sur le marché et bien vite les Pères de St-Jacques et les Sœurs Missionnaires de l’Immaculée Conception nous demandent ce dont nous avons besoin : des allumettes, précieuses pour allumer les lampes à pétrole le soir, un couteau, de l’eau de javel pour garder l’eau quelques jours sans qu’elle se remplisse de petits vers ! ! !
Mais dans l’installation de la maison, il nous manque encore l’essentiel qui n’arrivera qu’une semaine exactement après notre arrivée, l’Habitant principal de la maison, la Raison d’être du Point-Cœur : le Saint-Sacrement.


Je dois dire que j’ai trouvé les jours bien longs et la maison bien vide sans Sa présence. Alors, quand Père Roro (Robert), notre curé, mercredi matin, est venu célébrer la messe au Point-Cœur et « installer Jésus dans sa petite maison », mon cœur s’est vraiment rempli de joie ! Nous allumons cette toute petite flamme, cette toute petite lumière, signe de Sa Présence, si significative de notre présence dans le quartier. Enfin, Il est là, présent physiquement, Celui auprès de qui nous allons mendier l’amour pour aimer chacun des petits qui viennent frapper à notre porte, Celui auprès de qui nous portons le cri de tous nos amis, Celui que j’aime. Jamais, je crois, je n’ai eu un si grand désir de Sa présence et jamais, je crois, je n’ai eu autant de joie à ouvrir la porte du tabernacle, à peine la messe était-elle terminée. Le Point-Cœur Petite Sœur Magdeleine a repris Vie !

« Mesi Bondyè Mesi (Merci Bon Dieu Merci) !

Avec vous, donc, je rends grâce pour cette réouverture, pour chacun de nos amis retrouvés, pour leur joie. Et avant de vous quitter, je vous livre quelques visages, quelques mots de nos amis, même si hélas je ne peux vous retranscrire leur expression, leur émotion. Je garde en tous cas dans mon cœur comme des cadeaux de bienvenue Eliza, cette femme toute pauvre, première à nous accueillir dans le quartier, qui dansant de joie à notre venue, nous disait qu’elle était montée tous les jours (depuis février) voir chez nous si nous étions revenus ! Titoto à qui sa femme avait annoncé la veille que nous étions là et qui me dit, le sourire jusqu’au oreilles, qu’ils avaient mieux dormi nous sachant revenues…


Dadon, une femme qui, en nous voyant, courut jusqu’à nous pour nous sauter dans les bras comme un petit enfant. Man Paul, une vieille femme qui me disait pleine d’émotion qu’elle avait demandé à Dieu de me revoir avant de mourir et que Dieu l’avait exaucée. Enfin, Ton Lakou, notre voisin dont je vous reparlerai sans doute, un vieux monsieur qui, couché dans son lit, n’a pu s’empêcher de nous serrer dans ses bras, rendant grâce à Dieu toutes les deux minutes, tout en demandant des nouvelles des autres : « mes filles sont revenues, Merci Bon Dieu ! »

Laetitia

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