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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Kazakhstan
Ville Almaty
Point-Cœur Catherine de Hueck
Ami des enfants Marion Chassaing
Date 22/05/2003
Sortie avec Marta et Marina
Sortie avec Marta et Marina

Les orphelinats kazakhes : une immense solitude

Cet hiver a été marqué, pour nous, par une longue quarantaine décrétée à Dom Invalidov, qui nous a donc empêchés de nous y rendre (cela a duré deux mois et demi) pour visiter les enfants déjà bien isolés… Enfin, vers la fin du mois de mars, les portes de cet internat nous ont été à nouveau ou-vertes ; quelle joie de retrouver dans la salle des petits, Ola, petite fille de quatre ou cinq ans qui mar-che en se balançant sur ses deux petites jambes toutes maigres et qui vous agrippe une fois dans vos bras sans vouloir vous lâcher, réclamant toute votre attention et vos regards ; quelle joie également de s’asseoir au bord du lit de Svétoya, notre petite amie qui ne peut se lever, bouger et jouer, atteinte d’hydrocéphalie. À peine le seuil de la salle franchi, Svétoya nous appelle et nous invite par son sou-rire à passer du temps avec elle, nous retenant la main au moment de partir. Lors d’une des premières visites de ce printemps, dans une autre salle, étant arrivés à l’heure du déjeuner, nous avons pu aider les nourrices à faire manger les enfants : moment privilégié d’échanges de regards et de temps passé ensemble. Attirée par une des cages en bois (sorte de grand parc où sont généralement mis les enfants qui ne peuvent se déplacer ou qui ont tendance à s’enfuir), je m’approche et découvre, allongée, une petite fille kazakhe : Madina. Je remarque bien vite qu’elle est aveugle. Frappée par cette enfant « mise de côté », j’approche ma main vers son visage et lui caresse la joue. À ce premier contact, Madina saisit aussitôt une main dans les siennes, remonte mon bras à tâtons et essaie de se dresser, attendant que je la porte ; ce que je ne tarde pas à faire, répondant avec joie à cet appel silencieux mais si expli-cite !

J’ai été heureuse également de revoir Zarina. Cette jeune fille kazakhe de seize ans paraît en avoir douze. Elle est orpheline et aide les nourrices aux soins des petits garçons autistes d’une des salles de cet internat, elle me touche beaucoup. Zarina vit là depuis longtemps, elle ne connaît en fait que cette ambiance. Douce et dévouée, elle est elle aussi très demandeuse d’affection. De ses journées, elle ne fait que regarder la télévision en surveillant les garçons et en aidant à les nourrir ou les changer. Dès que nous entrons, elle se jette dans nos bras. Souvent, alors que je suis assise sur un banc, elle aime poser sa tête sur mes genoux et passer un moment là, profitant pour une fois que quelqu’un s’occupe d’elle…

Que c’est marquant de voir les visages de ces enfants souvent sombres, s’éveiller et resplendir au contact que nous suscitons : un geste, une parole, un regard. Dernièrement, j’ai été assez boulever-sée par la rencontre que j’ai faite avec un petit garçon kazakh, jusqu’alors inconnu. Arrivant dans la salle, je cherche les enfants et les trouve dehors sur le balcon, les uns à coté des autres. Je m’assois alors au milieu d’eux et commence à discuter et à jouer avec ceux que je connais déjà. Je remarque alors à côté de moi ce petit garçon immobile, au regard perdu dans le vague. Je l’embrasse, lui prend la main, lui parle doucement,. Lui ne répond pas, mais soudain ses yeux se lèvent vers moi et un beau sourire illumine son visage. Quelques instants après, je vois tout d’un coup mon petit bonhomme se mettre à pleurer en silence. Ania (douze ans), qui aide les nourrices aux soins des enfants, m’explique : « Tu lui fais penser à sa maman. » Un peu d’affection donnée rappelle aux enfants toute la douleur de ne pas en avoir davantage, par des parents qui les entoureraient, les aimeraient…

Dès que nous avons pu revenir à Dom Invalidov, nous avons remarqué qu’il manquait quelques jeunes filles handicapées, qui aident les plus jeunes. En effet, ayant atteint l’âge de dix-huit ans, certai-nes d’entre elles ont été envoyées dans des hospices pour personnes âgées poursuivre leur vie, reclu-ses… Et c’est pour cela que nous sentons une agressivité de la part de celles qui restent, attendant mais surtout redoutant ce départ vers un de ces endroits si tristes.

C’est ce qui était arrivé à Martha, Vala et Marina, qui habitent depuis trois ans maintenant dans une maison de retraite à Kapchagaï.

À la fin du mois d’avril, nous avons accueilli au Point-Cœur, pendant trois jours, Martha et Marina. Martha ne peut se servir de ses jambes et ne se déplace qu’en fauteuil roulant. Marina, elle, est de petite taille. Se sont surtout succédés, durant ces jours, des jeux, des repas animés, des promenades et –clou du séjour – une sortie en montagne pour l’anniversaire de Martha (vingt-deux ans), où nous avons pique-niqué (Cf. photo). Il nous a même été possible d’admirer le paysage du haut des télésièges de la station de ski voisine ! Vous imaginez la joie de nos deux amies qui profitaient ainsi des monta-gnes pour la première fois.

Marion

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