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Lettre aux parrains

Liste des lettres aux parrains

Pays Kazakhstan
Ville Almaty
Point-Cœur Catherine de Hueck
Ami des enfants Marion Chassaing
Date 22/05/2003
Marion et Zamira
Marion et Zamira

Quelques visages de notre quartier

J’aimerais à présent vous parler de quelques uns de nos amis, habitant notre quartier.
Christina a douze ans. C’est la fille de Piotr et de, nos voisins. La maison de la mère de Piotr jouxtant celle de son fils et de sa belle-fille, Christina habite chez sa babouchka. Réservée, ayant aussi un regard un peu triste, elle porte en elle la souffrance de voir ses parents se disputer, essentiellement à cause de l’alcool trop consommé et des critiques que sa grand-mère ne manque pas de dire haut et fort devant elle à propos de sa belle-fille.
Chaque jour, avant d’aller à l’école (qui commence à 13 h), Christina vient au Point-Cœur nous aider à cuisiner ou jouer, oubliant ainsi une ambiance familiale lourde à supporter. Souvent, elle nous confie qu’elle n’a pas vu sa maman depuis plusieurs jours, que personne ne sait où elle est, ou bien qu’elle est encore rentrée saoule à la maison. Piotr vient aussi de temps en temps chez nous, ayant un peu bu sans doute pour oublier sa solitude et nous discutons ensemble. Lorsqu’il s’est cassé les deux jambes en tombant du toit, il y a un mois, sa mère s’est occupée de lui, Vala s’absentant fréquemment elle aussi, sûrement pour fuir sa maison. Et Christina est au milieu, entendant, souffrant en silence. Petit à petit, elle est devenue de plus en plus affectueuse avec nous. Elle vient souvent avec l’un de nous dans la chapelle, à l’adoration et, en silence, devant Jésus Hostie, elle reste là à regarder et contempler.
En avril, pour son anniversaire, sa maman Vala est venue nous demander que le goûter et le par-tage du gâteau se fassent chez nous. Nous avions tout préparé ; Vala voulant nous aider est arrivée sentant un peu l’alcool, gênée, ses gestes étant peu sûrs. Finalement, elles est vite repartie, nous lais-sant le soin d’accueillir les enfants (une douzaine) venus entourer Christina et nous ne l’avons pas re-vue de tout le goûter d’anniversaire de sa fille.

Zamira, Zakir et Ranagoul
Cette famille ouighoure vient de Tachkent, capitale de l’Ouzbékistan. Mariée à Rachid, Zamira (vingt-neuf ans) a deux enfants : Zakir (neuf ans) et Ranagoul (sept ans). Ils habitent une petite maison, comprenant deux pièces, depuis qu’ils sont arrivés à Almaty, il y a cinq ans. Cela fait maintenant trois ans que Zamira élève seule ses enfants, Rachid étant parti refaire sa vie avec une autre femme. Travail-lant toute la journée dans un restaurant d’entreprise, de 8 h à 21 h, Zamira ne voit ses enfants finale-ment que le week-end. En semaine, Zakir et Ranagoul ne vont en classe que le matin et le reste du temps sont pratiquement livrés à eux-mêmes. Fidèles du Point-Cœur, nous voyons débarquer chez nous tous les jours nos deux petites têtes brunes, Zakir est un garçon très énergique et très demandeur d’attention. Il peut faire toutes les bêtises possibles un jour, comme il peut le lendemain se rendre dis-ponible et nous aider dans telle ou telle tâche. Nous épaulons, comme nous pouvons, Zamira ; par exemple, en accompagnant Zakir chez le médecin, en gardant les enfants ou en les visitant régulière-ment. Mais à cause de l’absence de leur mère, Zakir et Ranagoul ont petit à petit commencé (début avril) à faire l’école buissonnière. Nous nous en sommes rendu compte et avons proposé à Zamira d’accompagner les enfants à l’école le matin. Puis, un jour, Zakir a su se faufiler dans la chambre des Amis des enfants et a volé 1 200 tengues dans le portefeuille de Denis. Nous avons tout de suite su que c’était lui, les autres enfants du quartier s’étant bien chargés de nous rapporter cet « exploit » dont Zakir s’était vanté !
Cet acte de Zakir m’est apparu comme un cri, un « appel », une manière de se faire remarquer, mais mettant Zamira, un peu dépassée par l’évolution de son fils, dans une situation délicate vis-à-vis de nous et vis-à-vis du quartier qui ne tarda pas à les montrer du doigt… L’amitié ne s’en est pas trouvée abîmée, car Zakir, petit garçon rebelle, agressif parfois mais si attachant, a su conserver dans nos cœurs sa place entière. Il crie, par son attitude, son besoin d’être aimé, considéré, quémandant auprès de nous l’affection que tout enfant recherche ; il lui arrive même parfois d’appeler Patrick « papa »…

Nous visitons régulièrement des familles, très touchantes de simplicité et l’accueil est toujours chaleureux. Nous avons connu la famille de Maxime, grâce à Loudmila, paroissienne qui œuvre pour l’association Caritas en apportant des sacs de nourriture à des familles vivant pauvrement. L’ayant accompagnée plusieurs fois, Armelle et moi avons fait la connaissance de Baba Vala et de ses deux fils : Roman (trente ans) et Maxime (treize ans). Tous deux sont handicapés. L’aîné a gardé les séquel-les d’un coma provoqué par les médecins (c’était il y a une dizaine d’années). Maxime, lui, est autiste à cause d’une otite qu’il a eue vers l’âge de cinq ou six ans et que les médecins n’ont pas su traiter. Il ne peut se déplacer et reste soit assis par terre, soit allongé dans son lit, dans une salle vide d’objets et de meubles pour éviter qu’il ne se blesse ou qu’il casse quelque chose. Une forte odeur émane de ce lieu, mélange d’urine et de renfermé.
Connaissant les internats pour enfants handicapés pour les avoir visités, Baba Vala refuse d’y mettre Maxime et est constamment auprès de lui, touchante de dévotion.
À chacune de nos visites, elle ne manque pas de nous accueillir comme il se doit ici, c’est-à-dire en nous offrant (forçant ?) à boire du thé, à déguster des gâteaux et bonbons et même parfois du « borstch » (soupe de légumes et de viande). Ainsi, nous passons régulièrement du temps avec cette famille.

Une autre Baba Vala est très touchante. C’est la mère d’Oxana (trente-cinq ans), grande amie depuis longtemps du Point-Cœur. Oxana a été adoptée ; quand elle l’a appris, vers l’âge de quinze ans, elle a commencé à se droguer. Depuis, la dépendance est toujours aussi forte. Oxana a une petite fille de quatre ans : Génia. Pleine de vie et de joie, cette petite fille est le rayon de soleil de la famille. Les rapports entre Oxana et ses parents sont en effet assez tendus, la spirale dans laquelle Oxana est em-barquée est bien dure à vivre.
Génia ne va pas encore en classe (c’est à l’âge de sept ans que les enfants commencent à aller à l’école) et reste donc à la maison avec sa grand-mère. Par nos visites, Baba Vala, si gentille, peut nous confier les soucis que lui donne Oxana ; Génia, toujours ravie d’accueillir « les Français », sait qu’elle va pouvoir jouer un bon moment et nous montrer les progrès qu’elle a fait dans la lecture des lettres que sa grand-mère lui apprend déjà. Et moi, je demeure bien touchée par cet accueil, par ces existen-ces, portées dans la prière et l’amitié. Oxana est rarement là quand nous les visitons mais si nous la rencontrons, c’est toujours dans un état second, sous l’emprise de la drogue. Pour son anniversaire, il y a deux jours, nous l’avions invitée à venir chez nous prendre le thé. Mais ce sont son père et Génia qui sont venus, Oxana avait fait demi-tour, se sentant trop malade…
Dernièrement, nous avons appris que Baba Vala est à l’hôpital car elle a un cancer de la gorge. Une nouvelle difficulté à surmonter pour cette famille.

Je confie à vos prières tous ces visages d’amis que nous accompagnons et avec qui nous faisons route ; tous ces amis que nous voulons aider à porter les fardeaux et difficultés de la vie.
Notre amie Saoulet continue à venir de temps en temps au Point-Cœur pour se ressourcer. La dernière fois, elle n’avait pas bu mais son visage exprimait une grande lassitude et une certaine tris-tesse.

Le printemps s’est enfin installé sur Almaty, la nature a repris le dessus ! Nous avons des journées très ensoleillées, ce qui provoque en soirée des rassemblements fréquents (et aminés), dans la rue, de voisins et d’enfants.
À la fin du mois de mai arrivent déjà les grandes vacances d’été, le Point-Cœur va donc se rem-plir de plus en plus d’enfants ces prochaines semaines.

Je vous quitte en vous offrant le si beau sourire de Zamira (Cf. photo), petite fille ouighoure (huit ans) de l’internat de Kaskilène, que nous avons accueillie un week-end en avril !

Marion

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