Liste des lettres aux parrains
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| Vous connaissez sans doute la réalité du monde qui nous entoure, des tensions des pays voisins et qui est bien présente ici. Un séjour d’un mois dans un village (Jdeidé) de la Beka nord, où vit une population majoritairement musulmane et minoritairement greco-catholique, m’a fait expérimenter les tensions qui existent, une tension qui s’appelle peur ! La peur de l’autre. Ici, à Bourj Hammoud, dans notre quartier arménien, d’autres tensions existent et toujours cette même peur. C’est que la guerre sans doute n’est pas bien loin dans les esprits, elle a laissé ses traces, ses blessures, sa peur. Et la peur entraîne souvent la haine… À cette peur, cette haine, il y a la réponse d’enfants : une maman de Jdeidé nous racontait, en présence de sa fille Mariam, ceci :
Ce fut bouleversant pour chacun de nous de recevoir des cadeaux de leur part. Ils nous rappor-tent des fruits, parfois les plus luxueux. Ils nous rapportent des friandises, parfois toute leur poche. Mais surtout, ils nous rapportent leurs sourires et leur joie, leur vie : ils nous ont ouvert grands leur cœur. Leur confiance est totale, au point que j’ai même pris peur : combien il est si facile de scandali-ser ces enfants ! Ils sont si vulnérables, si assoiffés de tout ce que nous pourrions leur donner. Ils veu-lent tout faire comme nous, prier comme nous, aller à la messe comme nous… Nous ne savons pas encore bien leur religion. Hier, Zeinab (huit ans) a fait tomber l’icône de la Vierge Marie. Elle en était toute bouleversée. Un autre jour, j’ai soigné Ali (cinq ans), puis Zeinab de petites blessures. J’ai lavé le visage d’Ali et j’ai nettoyé la main de Zeinab. Leurs yeux se sont grands ouverts, tous deux Ali et moi, Zeinab et moi, étions émus de cette intimité. Et la réponse de Zeinab fut tout naturellement de m’enlever de mes che-veux une toute petite (minuscule) saleté. Ali, lui, serait bien resté plus longtemps… À Kahalé, il y a depuis trois ans un centre pour enfants des rues, où tous sont ramassés et placés par la police. C’est un centre soutenu par des protestants et financé en partie par l’Etat. Ici, toutes les nationalités sont présentes. Le directeur nous fait une confiance toute particulière : « Plus vous passe-rez du temps à consoler les enfants, plus vous me consolerez aussi ! Je sais que vous avez une place toute particulière dans le cœur des enfants. » Un jour, Astrid m’appelle en me confiant que Baghel (dix ans) a l’intention de fuir. Nous allons tout de suite voir le directeur qui nous répond : « Mais il n’a nulle part où aller !3 Nous lui proposons de l’emmener à la plage. Il accepte immédiatement et à la question de l’heure du retour, il répond que tant que Baghel est avec nous, il est tranquille. Quant à Baghel, quand on lui pose la question de la sortie, ses yeux se sont illuminés et il a couru en parler à tous les autres qui se sont réjouis pour lui ! Ce petit garçon très renfermé, qui nous répète sans cesse « Est-ce que je suis beau, est-ce que ma cou-leur de peau est belle ? » m’attendait le lendemain ? bien en avance, dans le hall d’accueil. Tous, jeu-nes et moniteurS ? me disent : il attend ! Il était alors un peu perdu de partir avec moi seul et me de-manda tout au long du chemin si nous allions bien à la plage Après une heure de route, un peu an-goissé, il voulu descendre sans attendre d'arriver aux plages gratuites. Ce qui nous a valu de mendier une des plages les plus chics Le monsieur a bien fini par accepter et nous nous sommes retrouvés pen-dant deux heures et demi dans l'eau et les vagues. Baghel nageait alors tout seul dans l’eau, tout seul dans son monde, me jetant des coups d’œil et parfois de légers sourires. Dès qu’une personne, un cou-ple ou une famille rentrait dans l’eau, il était littéralement attiré par eux, nageant autour d'eux. Heureu-sement, se sentant en sûreté dans ce lieu, les gens n'ont pas réagi. Sans cesse, il me répétait :
Alors, aussitôt, il retournait dans l’eau. Puis, au bout d’un certain temps, il a décidé de rentrer. Nous avons alors mangé ensemble le bon goûter préparé par Astrid. Il mangeait tout silencieusement. Une fois rentré, les enfants nous ont tous accueillis joyeusement, les plus grands heureux de cette sor-tie ! Baghel alors a manifesté sa joie, le sourire aux lèvres, comme si enfin il pouvait se réjouir en paix de ce qui s’était passé. Paul |