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| Toute ma vie, je me
souviendrai de ce vendredi 17 mai, jour de ma rencontre
avec Ingrid, Brenda, Pamela et leur maman, Véa.
Cela fait maintenant plus de quatre mois que nous accueillons
ces trop petites filles. Je les aime tellement que je
désire vous les faire connaître.
Ingrid – quatre ans
Ingrid semble être la plus écorchée
des trois. Elle donne l’impression d’une
petite fille en man-que d’amour. Plusieurs signes
en témoignent : son retard interrogateur :
« est-ce que tu m’aimes ? » et sa
tendance à mettre la main dans la bouche lorsqu’on
la gronde, devant une personne inconnue ou en présence
de sa maman. La relation qu’entretiennent Ingrid
et sa maman est en effet froide et basée sur
la peur de l’enfant de se prendre un coup de
sandale à tout moment.
N’étant pas persuadée d’être
digne d’amour, Ingrid manque terriblement de
confiance en elle, toujours dans l’attente d’une
approbation ou d’un compliment.
Désireuse que l’on ne regarde qu’elle,
elle est très jalouse… en particulier
de Brenda. |
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Parfois, elle a tellement peur de mal faire qu’elle
se bloque. À l’école, cela lui posait
de petits problèmes au début, mais regonflée
par notre amour et toute l’affection que lui porte
la communauté, elle parvient à se «
lâcher » et montre ce dont elle est capable.
En effet, Ingrid est une petite fille minutieuse et créative.
Elle adore inventer des histoires et mimer des scènes.
Je la vois encore mimer la messe sur la terrasse avec ses
deux sœurs, chantant de tout son cœur et se mettant
à genoux avant de recevoir l’eucharistie.
Petite fille au grand cœur, elle nous donne tout
son amour. Très responsable de ses sœurs, elle
était comme une petite maman pour elles lors de son
arrivée à la Fazenda.
Encore aujourd’hui, elle est affolée lorsqu’elle
ne sait pas où est Brenda et s’extasie devant
les progrès de Pamela.
Ingrid est une belle petite fille, toute sensible, qui
ne demande qu’à être aimée.
Brenda – trois ans
Brenda ou le petit rayon de soleil qui illumine tout sur
son passage.
Sa petite tête en forme de lune, sous une chevelure
toute bouclée, resplendit de gaieté et de
joie de vivre.
Spontanée, elle vit l’instant présent
sans se soucier du lendemain, ni même de la conséquence
de ses actes. Si elle croise sur son chemin un ver de terre,
le pauvre finira dépecé sans qu’elle
ait cons-cience de lui avoir fait du mal.
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Elle est la petite star de la
Fazenda… évidemment ! Elle saute dans
les bras de tout le monde en les inondant de son plus
beau sourire.
Comme il est difficile pour elle de contenir son
énergie débordante, de rester assise
sur un ta-bouret sans bouger, de se concentrer sur
un dessin ou sur un livre, d’écarter
sans tripoter constamment un objet, de ne pas prendre
son lit pour un trampoline et d’obéir.
Notre patience, bien souvent mise à l’épreuve
!, ainsi que celle des maîtresses, lui permettent
de faire beaucoup de progrès. Elle sait dé-sormais
se concentrer sur un coloriage durant vingt minutes
et rester assise sur nos genoux, sans trop bouger
durant toute la messe. Une fois son attention canalisée,
elle nous surprend par sa vivacité d’esprit.
Au début, elle semblait ne pas comprendre
grand chose à sa situation d’accueil,
certainement parce qu’elle n’était
pas encore assez bien structurée intérieurement
pour cela. Et d’autre part, il lui a fallu du
temps pour s’attacher réellement à
nous. Ces liens affectifs stables lui ont permis de
mieux vivre la situation et de se structurer davantage. |
Brenda aime sa maman, même si elle pleure beaucoup
avec Véa dont la grande susceptibilité est
bien souvent atteinte par l’espièglerie de
sa fille. Malgré ses airs de « casse-cou »,
Brenda est une pe-tite fille fragile qui a besoin d’un
cadre très structuré et de beaucoup d’amour.
Pamela – un an et onze mois
Pamela est un petit pinson joyeux et plein de vie. Elle
est très attachante et aussi très attachée
à Sébastien et à moi. Ces derniers
mots « très attachée à Sébastien
et à moi » sont à la fois tout notre
bonheur et toute notre souffrance….
En ce qui me concerne, Pamela me montre son attachement
tous les jours : lorsqu’elle se blottit contre moi,
me couvre de baisers, s’accroche à moi ou m’appelle
dès qu’elle se sent en insécurité…
et surtout, lorsqu’elle se met à hurler en
me voyant partir de la maison de sa maman où elle
passe le week-end. Comment rester insensible à un
tel témoignage d’amour ?
Bien sûr, son attachement à moi me fait chaud
au cœur… mais en même temps, il rend ma
lutte intérieure plus difficile encore. Il est vrai
que, chaque jour, je fais de mon mieux pour remplir la mis-sion
qui m’a été confiée : transmettre
à cette enfant l’amour du Seigneur, sans me
substituer à sa ma-man. Mais le fait que Pamela me
considère comme sa deuxième petite maman complique
ma tâche.
À cela, s’ajoute ma culpabilité face
à la douleur de Véa voyant sa fille me témoigner
tant d’affection.
Par son attitude, Pamela met le doigt sur le danger de
notre mission : l’éloignement des liens en-tre
les trois petites filles et leur maman. C’est pour
cette raison que le retour des petites chez leur ma-man
me paraît primordial. Ainsi, tout le monde est confronté
à sa propre réalité : réalité
de Véa, mère de ses trois petites filles ;
réalité de Pamela, Brenda et Ingrid, filles
de Véa. Notre propre réalité : nous
sommes une famille d’accueil au service du Seigneur
et non pas les parents de ces petites puces.
Nous sentons profondément que ces trois petites
filles nous ont été envoyées par le
Seigneur et nous nous en remettons à Sa volonté.
Je vous embrasse chacun et confie à vos prières
Ingrid, Pamela, Brenda et leur maman, Véa.
Perrine
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