Liste des lettres aux parrains
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Le tableau vous semble calme ? Mais toutes les deux minutes, Pancho vient me montrer son dessin et repart entre les pâtés de sable qu’il écrase, Alejandro s’apprête déjà à les réparer, mais Valeira se met à plaindre son château imaginaire et me saute dessus en criant « carga me ! » « porte-moi » ayant trouvé une bonne excuse pour être consolée. Georgio en profite pour monter sur mon genoux encore libre et Jefferson vient essuyer ses mains pleines de mangue sur Zonarella qui se croyait tranquille dans son coin… C’est sûr, sa sœur Rosita va venir réparer l’injustice à sa façon… Arrive Claudio pour me montrer l’état d’avancement de son dessin… Oui, c’est très bien, maintenant dessine-moi un mouton s’il te plaît… Non Rosita, ce n’est pas la peine de taper Jefferson. Viens, on va jouer ensemble le temps de faire descendre Valeria maintenant agrippée à mon cou et je te « dame une vuelta » (je te fais l’avion ). Et José et Alison ? Bon, ils jouent toujours tranquillement. Oui je vais venir faire une partie avec vous… Oui, Alejandro, je te donne de l’eau, attends juste que j’ai soigné le nez de ta sœur, que j’ai donné une feuille à Jessica qui vient d’arriver… Dessine-moi ta maison, Pancho. Non, je ne sais pas où est la gomme. Ah si, là , sous la table, Geor-gio, parle moins vite, je ne comprends pas. Tiens, voilà l’eau Alejandro ; voilà Alison, je fais une partie avec vous. La partie terminée, Alejandro et Zonalla viennent m’offrir de la « tarte aux pommes » préparée avec de la terre de la rue, l’eau que je pensais être bue et beaucoup d’amour… Humm ! « Es rico », c’est très bon. Préparez-moi une soupe s’il vous plaît… Oui, toi aussi Valéria, mais descends d’abord de mon dos. Jeff, n’apporte pas de terre à l’intérieur. Alison range le memory, s’il te plaît… Valéria descends de mon dos, c’est au tour de Georgio. Quel beau mouton Claudio ! Dessines-moi une rose maintenant. Aïe, j’ai ou-blié le gâteau dans le four ! Attends, je mangerai ta soupe après. Oui, tout de suite… Voici dix minutes de permanence qui durent trois heures… De quoi être bien fatigué à la fin de l’après-midi mais que c’est bon d’être avec tous ces enfants ! Quand il y en a plus, on organise un épervier, un chat, un 1.2.3. soleil, un foot qui ne durent jamais longtemps ! Il faut avoir de l’imagination, être prêt à lancer un nouveau jeu, à rentrer dans celui des enfants, apprendre leurs règles, se fondre dans leur imagi-naire, redevenir un enfant, être un enfant… ÊEtre un « Ami des enfants », quoi ! Consoler, réparer, réjouir, séparer,
admirer, expliquer, calmer… et les aimer surtout. Et puis, ils viennent se serrer dans nos bras et il n’y
a plus rien à dire. Il suffit d’être
là, d’être leur ami. Si vous voulez, vous pouvez relire « Le Petit Prince » de Saint Exupéry. C’est plus que génial. Voilà. Il n’y a pas que des enfants à la Ensenada. Ce n’est pas seulement untel chez qui on attrape
toujours des puces, unetelle qui frappe ses enfants, un
tel qui est très courageux, ou lui qui est toujours
bourré, ou quoi… Alors on essaie, à chacun de nos amis, à chaque enfant de dire « Je t’aime ». Et si on ne peux pas lui dire, de le vivre. Bien sûr, chacun n’a pas besoin du même amour. A l’un, on ne dit rien, on l’écoute. A l’autre, on parle de cuisine. Avec l’autre encore, on parle de ses enfants, des élections. Et puis de celle-ci, on lave le linge. On prie pour celui-là, on aide celles-ci dans leurs travaux. On prie avec cette abuelita, on va voir sa fille à l’hôpital… Toutes choses que vous connaissez. Je vous parle d’Amour. Mais, bon, moi aussi j’ai besoin d’Amour et je serais vite à sec à force d’essayer d’en donner sans en recevoir… Mais avant même que je ne sache mon nom, Alfonsina, notre chère voisine m’aimait déjà. Avant même qu’on n’ait pu lui rendre ce qu’elle nous avait prêté, voilà que Gloria nous fait asseoir et nous sert à boire. A peine avons-nous franchi le seuil de la « maison » de Luz, qu’elle envoie son fils acheter quelques biscuits. Comment ne pas penser que ces gens savent aimer bien mieux que je le sais ? Ben, je le pense ; Aimer ainsi est encore un mystère pour moi. Pourtant, mes amis de Roumanie ont déjà essayé de me l’apprendre, eux qui savent si bien aimer au-delà du « raisonnable ». Mais, sans doute, suis-je encore trop riche, ou trop français, ou trop fier… Mais selon les mots du Père Thierry, je suis ici
à « l’école maternelle de l’amour…
» et ça me plait bien. Et au Point-Cœur même, on n’en est pas capable. Mais croyez-moi, on essaie et puisqu’à l’école on a bien appris à écrire, à compter, à Point-Cœur, on devrait pouvoir, petit à petit, apprendre à aimer. Sylvain Lestien |