La fraternité Saint-Maximilien-Kolbe
Pour que se répande le feu de la compassion...
| Certains anciens Amis des enfants, à l’issue
de leur engagement Points-Cœur, ont voulu continuer à
vivre, au cœur de leurs obligations professionnelles et
familiales, de l’esprit et de la grâce de l’Œuvre.
La fraternité Saint-Maximilien-Kolbe est née de
ce désir le 11 novembre 1997. Depuis, elle a grandi et
a essaimé en Argentine, aux Philippines, au Salvador,
et bientôt au Pérou. Elle est ouverte à
toute personne désirant vivre de ce charisme de compassion. |
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Sylvie Couteau en apostolat
auprès des sans-abri
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Il y a déjà
les Amis des enfants qui s'engagent pour un an ou deux à
vivre la compassion auprès des enfants au cœur
de quartiers défavorisés. Il y a la fraternité
des Molokaï au sein de laquelle laïcs consacrés
et prêtres donnent leur vie au Christ à travers
l'œuvre Points-Cœur. Pourquoi une Fraternité
Saint-Maximilien-Kolbe au sein de l'œuvre Points-Cœur
? Quel est-il donc alors ce visage de Points-Cœur ? Est-il
nécessaire ? Quel est l'engagement des membres de la
fraternité Saint-Maximilien-Kolbe ? Ce qui est d'abord
commun aux membres de la fraternité, c'est d'avoir
expérimenté la compassion de Dieu. Que ce soit
à travers une expérience en mission Points-Cœur
ou tout autre expérience au service du Christ, nous
avons reconnu Dieu en son cœur de compassion auprès
des plus petits. Ce charisme, nous avons appris à le
recevoir en nous laissant habiter par les visages de nos amis
et en les portant. Notre bien commun est d'avoir appris à
souffrir aussi avec les plus pauvres d'entre les pauvres,
les plus méprisés et de leur avoir exprimé
cette compassion de Dieu à travers notre chair.
À notre retour et forts de l'expérience vécue,
la question s'est imposée naturellement : comment faire
pour aller plus loin ? Comment faire pour rester fidèles
au Christ, à l'église, à Points-Cœur,
à nos amis des bidonvilles qui nous ont tant appris
en nous faisant découvrir le sens concret de l'évangile
? Comment transmettre et entretenir ce feu qui nous habitait
et où nous pressentions le vrai ? |
Chacun ressentait à sa manière cet appel de Mère
Térésa : « Il faudrait faire de nos maisons
des centres de compassion et ne jamais cesser de pardonner ».
Le Seigneur appelait chacun de nous à ne pas nous arrêter
sur la route déjà parcourue avec Lui mais à
nous ouvrir encore et toujours à la compassion, à
suivre son invitation en nous mettant à l'école de
Marie sa mère, notre mère.
| C'est cette soif d'amour de Dieu et du prochain qui est à
l'origine de notre engagement dans la fraternité : mettre
toute notre volonté à faire fructifier ce que
nous avons découvert à travers l'œuvre Points-Cœur,
ce don qui a été fait pour notre temps. Engagement
qui exprime notre attachement à la nourriture spirituelle
que peut nous apporter l'œuvre Points-Cœur et qui
réalise, à travers le don, notre appartenance
à cette grande famille. Engagement qui nous invite à
approfondir notre lien avec Marie et qui se traduit par une
fidélité au chapelet quotidien. Engagement qui
nous invite à continuer notre mission en révélant
à chacun sa beauté et à s'en émerveiller
afin de ne plus regarder les autres qu'avec le regard de Jésus. |
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Chacun est appelé à faire grandir chaque jour le
charisme reçu : au travail, à la maison, avec ses
collègues, avec ses amis. Ainsi, au sein de la Fraternité,
beaucoup ont renouvelé le choix de l'apostolat extérieur.
Certains visitent des personnes âgées à l'hôpital
ou en maison de retraite. La solitude y est parfois très
grande. Ce n'est pas toujours facile de débuter une relation
mais petit à petit à force de fidélité,
la rencontre se fait, la confiance s'installe et les échanges
deviennent plus intenses même s'ils sont souvent très
dépouillés.
Sophie a fait ce choix et témoigne ainsi de cette compassion
: « M. A., jardinier retraité de 82 ans, parlait de
son anniversaire qui approchait, et avec nostalgie de sa maison
et de son jardin. Je l'invitai à venir le chercher un dimanche
après-midi à la maison. Les enfants ont préparé
un gâteau et écrit une carte d'anniversaire et nous
avons fait la fête avec lui. Que de joie ! »
Isabelle, elle, n'a pas à chercher son apostolat, il vient
à elle. Ses voisines et les personnes du village lui confient
les secrets de famille, les soucis, les histoires de rancunes. Elle
se rend disponible pour les écouter et essayer d'y apporter
un éclairage.
Vivre la compassion, c'est aussi parfois se sentir démuni
et pauvre. Comme Claire qui, au travail, ne peut témoigner
ouvertement tant l'atmosphère est hostile. Ou comme Sylvie,
auprès de sa voisine de pallier qui régulièrement
lance des invectives contre l'Eglise, et qui ne peut que s'appliquer
à continuer d'être présente et d'essayer d'approfondir
une amitié ténue.
La fraternité est née en 1997, répondant
à notre désir de continuer à vivre au cœur
de nos obligations familiales et professionnelles de l'esprit et
de la grâce de Points-Cœur. Ce désir faisait écho
à celui de Père Thierry de voir la compassion envahir
le cœur de beaucoup. Ainsi, la fraternité Saint- Maximilien-Kolbe
veut aussi accueillir tous les amis de l'Œuvre qui ont été
touchés par le charisme de la compassion et en vivent. À
ceux qui ne peuvent pas partir en mission sur de lointains continents,
de par leur état de vie, leurs activités, la proposition
est faite de rejoindre la famille de Points-Cœur au sein de
cette fraternité.
Les
membres de la fraternité saint-Maximilien-Kolbe.
Un apostolat de la fraternité Saint-Maximilien-Kolbe
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Trouver du temps pour des personnes seules, des personnes
qui souffrent, oui, j'en étais convaincue, cela devait
me rappeler que la présence d'amour répond à
un besoin si fort du cœur humain. Cela rejoint aussi mon
désir de continuer d'exercer et d'aiguiser un certain
regard de contemplation sur l'autre, parce que « tu es
un visage du Christ » et que « le Christ est mort
pour toi ». Enfin, c'est un antidote à la tentation
de l'activisme : tout, dans notre monde, nous y pousse, avec
son souci de productivité et d'efficacité, et
garder un peu de temps pour des rencontres me permet d'exercer
le charisme de Points-Cœur (du moins je l'espère).
La grande liberté que nous laisse la fraternité
Maximilien-Kolbe sur le lieu d'exercice de nos apostolats, m'a
obligée à me poser la question : « qui est-ce
que je voudrais consoler ? » À Paris, la solitude
des gens, et spécialement celle des personnes âgées,
me touche depuis longtemps et j'ai donc décidé
d'en visiter à l'hôpital. |
| Par hasard, grâce à
une amie, un tract de la V.M.E.H. se retrouve entre mes mains.
Il s'agit d'une association non-confessionnelle pour les Visites
des Malades dans les Établissements Hospitaliers, le
but étant d'être une présence, une écoute
pour les malades : tout à fait ce qu'il me faut ! |
C'est pourquoi depuis le mois de décembre dernier, je vais
le mardi matin à l'hôpital Bretonneau rencontrer de
vieux amis, et spécialement deux vieilles dames. Madame M.
est toujours très soignée, elle a plus de 87 ans,
ne se rappelle jamais qui je suis sauf parfois, à la fin
de ma visite : Ah, il y a une jeune demoiselle qui vient me voir
de temps en temps. Ne serait-ce pas vous ? Elle a perdu tous les
membres de sa famille sauf ses enfants et petits-enfants, et si
elle a quelquefois des visites le dimanche, il reste que «
les autres jours sont longs » selon sa propre expression.
Madame C., une femme d'origine algérienne, me reconnaît,
elle, immédiatement, en manifestant une joie sans pareille,
avec les moyens d'expression dont elle dispose : depuis son attaque,
elle est hémiplégique et aphasique, et son langage
s'est réduit à une peau de chagrin, des bribes, qu'elle
utilise de façon automatique : « Bonjour, merci, au
revoir ». Mais elle comprend tout, et sait très bien
ce qu'elle veut. Sa grande souffrance, outre la souffrance physique,
est d'être murée dans son silence.
J'aimerais pouvoir dire que la perspective d'aller visiter mes
vieilles amies me réjouit tant le cœur que je me précipite
avec zèle tous les mardis matin à l'hôpital.
Mais entre le luxe d'une grasse matinée et les visites à
l'hôpital, mon cœur balance davantage du côté
du premier plateau ! Décidément, après Points-Cœur,
je me retrouve bien avec tous mes défauts, mes luttes, et
mes tentations d'une petite vie égoïste et confortable.
Alors on se force un peu, et on lit dans les yeux d'une madame C.
l'importance de la fidélité. Ou un jour où
elle me dit péniblement : « bonjour, ma fille »,
je suis si largement récompensée du petit effort que
j'ai fourni. Ou encore, à court de conversation, je remarque
le chapelet que madame M. porte autour du cou, et elle me répond
: « oui, j'aime bien prier, et toujours Il répond.
Je lui demande que quelqu'un vienne me faire une visite, et Il m'exauce.
» Alors je fonds !
Un sourire, de petites attentions, du temps donné (perdu
? : quel poids cela a-t-il devant la société ?) Mes
amies, en quelques mots, me montrent la fécondité
de cette apparente inutilité. N'est-ce pas cela même
que Points-Cœur m'avait appris ? Et que j'ai voulu continuer
de vivre, de recevoir, d'approfondir en m'engageant dans la fraternité.
Cécile
Grinda
(Après avoir vécu Points-Cœur au Brésil
et en Inde, Cécile est aujourd'hui orthophoniste à
Paris.)