Saint Maximilien
Kolbe, témoin de la solidarité
Solidaire par amour
Nous connaissons surtout du père Kolbe son martyre à Auschwitz
et le don qu’il fit de sa vie, en prenant la place d’un
père de famille : geste héroïque en des temps
extrêmes. Aujourd’hui, il nous semble, du moins sous
nos latitudes, que les temps sont plus conscients des dangers
que représentent les extrémismes de tous horizons.
Mais nous savons aussi que la corde sur laquelle évolue
notre monde funambule est fragile. Aussi Maximilien Kolbe reste
un phare, comme le dit le pape Jean-Paul II, pour notre temps
difficile. Le geste de cet homme, s’il fût accompli
en quelques secondes, le temps de faire un pas en direction du
chef de camps, n’est cependant pas spontané. Il
intervient au terme d’un itinéraire qui dépasse
Maximilien lui-même, depuis que l’amour autant que
la haine prévaut aux relations humaines et ainsi construit
la dignité propre de l’humanité. Refaisons
ensemble cette route.
Le Message Évangélique
La solidarité envers les plus pauvres marque tous les
temps, mais la nouveauté du message évangélique
se trouve dans le fait que Dieu lui-même, en Jésus-Christ
prend le visage du Pauvre : « Ce que vous avez fait au
plus petit d’entre les miens, c’est à moi
que vous l’avez fait ». Le jeune franciscain qu’est à l’époque
Maximilien Kolbe, exprimera cela pour lui-même dans ses
carnets spirituels : « aime les enfants, les pauvres, les
malades… Un malade est une bénédiction pour
le couvent, car il efface les fautes des frères. Va visiter
les malades… Aime Dieu dans le prochain. » La vie,
l’œuvre, la solidarité et la mort du père
Kolbe reposent sur ce pilier du message évangélique.
Fils de François
Cette solidarité du père Kolbe s’inscrit
dans le sillage du petit homme qui, au détour d’un
chemin, rencontra son Seigneur sous les traits d’un lépreux,
il y a sept siècles, au cœur de l’Italie. Assumant
le dégoût qu’il éprouvait pour cette
maladie et ceux qui en étaient atteints, François
d’Assise y découvre une présence : celle
du crucifié… Son cœur se brise, il descend
de cheval et embrasse le lépreux… Bien plus, il
visite les léproseries et se met au service des lépreux
non par vertu, mais par amour.
Il est parfois regrettable que l’on dissocie l’œuvre
de père Kolbe de son appartenance à la famille
franciscaine. Son martyre même trouve sa source dans cet
héritage du baiser au lépreux, dans son amour de
la pauvreté, même s’il utilise pour vivre
cet idéal, les moyens les plus sophistiqués.
Aujourd’hui encore, dans cette Cité de l’Immaculée
qu’il a fondée à côté de Varsovie,
le murmure des rotatives de l’imprimerie est parfois couvert
par la sirène invitant les frères pompiers à la
solidarité du secours. Il en est de même à Nagasaki,
où le père Kolbe continue son œuvre médiatique,
tout en fondant aussi des écoles et en s’initiant
au dialogue inter-religieux, comme l’avait fait François
d’Assise avec le Sultan. De nombreuses photographies du
père Kolbe en compagnie de moines Zen, en témoignent.
La pauvreté franciscaine vécue comme solidarité
Si le père Kolbe a toujours tenu à propager le
message évangélique et marial, en utilisant un
matériel d’avant-garde, et par conséquent
coûteux, il voulut toujours vivre lui-même ainsi
que ses frères, dans la plus grande pauvreté. Ce
n’était pas pour lui une contrainte, mais au contraire,
le signe même de l’authenticité du message
qu’il voulait annoncer. Les baraquements de Niepokalanov
ou ceux de Nagasaki sont révélateurs de cet esprit
de solidarité, qu’entretenait le père Kolbe
avec les plus pauvres.
La Mission de l’Immaculée, œuvre missionnaire.
Le père Kolbe parle avant tout de conquête. C’est
sur le plan missionnaire qu’il se place le plus souvent
dans ses écrits. Proposer sans cesse la foi au monde de
son temps, pour que ceux qui ignorent le Christ puissent le connaître
et l’aimer par l’Immaculée. C’est pourquoi,
la Mission de l’Immaculée est d’abord un mouvement
de spiritualité mariale comme une proposition du message
chrétien. C’est aussi un appel à la conversion
et à l’offrande de notre monde à Dieu par
les mains de l’Immaculée. Une statue, dans la basilique
de Niepokalanov, représente cela : le père Kolbe
et le pape présentant à Marie le globe terrestre.
Cette symbolique évoque la totalité du message
de Maximilien : ce monde est aimé par Dieu et attend d’être
offert dans l’Amour qui, seul, peut le construire.
Le père Kolbe ne parle pas beaucoup dans ses écrits
de la solidarité au sens où nous l’entendons
aujourd’hui. Certes, la Mission de l’Immaculée
n’est pas une œuvre caritative. Mais force est de
reconnaître que là où est mis en acte ce
qu’il écrit, il y a bel et bien solidarité.
En effet, il n’est pas possible, et le père Kolbe
le savait fort bien, de proposer de manière crédible
la foi chrétienne sans que le missionnaire lui-même
partage la même pauvreté de ceux vers qui il est
envoyé. C’est ainsi qu’il manifeste leur dignité humaine
par la compassion et l’aide matérielle autant qu’il
est possible de la dispenser. Il définira cette intuition
dans une lettre du 14 octobre 1933, envoyée de Nagasaki
: « La Cité de l’Immaculée en terre
de mission est telle qu’on l’imagine et comme je
l’ai toujours désirée : très modeste,
très pauvre, franciscaine au vrai sens du mot. »
La presse pour tous
En désirant annoncer le message évangélique
avec le concours de tous les moyens médiatiques d’avant-garde,
le père Kolbe désire aussi que toutes les couches
de la société de son temps puissent bénéficier
de ce progrès. C’est pourquoi, il ne se satisfait
pas d’éditer un mensuel marial, intitulé Le
messager de l’Immaculée, sorte de magazine spirituel.
Il éditera rapidement un quotidien d’actualité,
très bon marché, qui permettra, non seulement aux
plus humbles d’être informés de ce qui se
passe dans le monde, mais encore, d’apprendre à porter
sur celui-ci, un regard chrétien. Le format de ce journal,
sa concision, la diversité de ses rubriques en font rapidement
un média de masse, publié chaque jour en Pologne, à deux
cent soixante mille exemplaires… Il en sera de même
au Japon. Nous rejoignons là l’intuition universelle
du père Kolbe, et sa solidarité aux dimensions
du monde, dont témoignera l’un de ses collaborateurs
: « Il portait en lui le désir ardent de donner
sa vie pour tous les hommes et pour chacun en particulier ».
Niepolakalanov, durant la guerre
Cette période troublée à laquelle il ne
survivra pas, va donner au père Kolbe de concrétiser
cette phrase qu’il a prononcée : « L’amour
seul est force de création ». Encore une fois, la
solidarité évangélique n’est pas seulement
humanisme et philanthropie, mais essentiellement fondée
sur l’Amour. En effet, il ne s’agit pas d’être
conscient de la grandeur et de la dignité humaine, mais
bien plus simplement d’aimer profondément l’humanité.
Alors que les rotatives sont stoppées (l’autorisation
d’éditer se faisant attendre de la part de l’occupant
allemand), et que la persécution fait rage, Niepokalanow
devient un véritable camp de réfugiés :
Polonais, Juifs et autres exilés viennent frapper à cette
porte dont ils sont sûrs qu’elle s’ouvrira
pour eux.
Le camp de l’Amour
La solidarité du père Kolbe se manifestera pleinement
dans son sacrifice ultime pour un père de famille : c’est
le sommet de toute sa vie. Il semble, selon les témoignages,
que sa solidarité fut d’autant plus remarquée
qu’elle portait ses compagnons d’infortune au-delà de
la simple entraide, puisqu’elle avait un fondement spirituel
: vaincre le mal par l’amour. En effet, les témoins
rapportent qu’au-delà d’un secours matériel,
le père Kolbe dispensait l’espérance, soutenait
le moral de ses codétenus, leur redonnant des forces pour
lutter et pour vivre. Voici ce que rapporte un docteur du camp
: « Il m’indiquait chaque fois d’autres personnes
qui selon lui, avaient davantage besoin… Dans l’atmosphère
générale d’instinct animal de conservation
qui régnait partout dans le camp, un tel désir
de se sacrifier pour les autres fut pour moi quelque chose de
surprenant, et je vis dans le père Kolbe un homme peu
commun. » Cette petite réflexion nous invite nous
aussi à être solidaires par amour, mais comment
rendre par écrit ce qui ne peut qu’être vécu
concrètement ? Comment en effet exprimer l’amour,
sinon en faisant comme le père Kolbe : oser le geste total, à la
suite du Christ ? Maximilien nous invite par sa vie et le don
de celle-ci, à faire de la solidarité, le « point-cœur » de
la nôtre : « Que souhaiter de plus grand ? nous dit-il.
Je ne connais rien de plus sublime que cette affirmation de Jésus
: “Il n’y a pas de plus grand amour que de donner
sa vie pour ceux qu’on aime.”» (Lettre du 18.8.1939)
Frère Bernard,
franciscain conventuel
Biographie de Maximilien Kolbe (1894-1941) :
Raymond Kolbe est né en Pologne dans une famille assez
pauvre, mais profondément unie et croyante. C'est un petit
garçon assez turbulent, jusqu'au jour où sa mère
s'écrie : « Mon pauvre enfant, qu'est-ce que tu
deviendras ? » Cette question le bouleverse. Il s'ensuit
un événement fondamental : « J'ai beaucoup
prié la Sainte Vierge de me dire ce que je deviendrai.
Alors elle m'est apparue en tenant deux couronnes, l'une blanche
et l'autre rouge. Elle m'a regardé avec amour et me les
a proposées. La blanche signifie que je serai toujours
pur et la rouge que je serai martyr. Je les ai acceptées
toutes les deux ! » avoue-t-il à sa mère.
Il a dix ans. Dès treize ans, Raymond se sent appelé à devenir
franciscain et entre au petit séminaire de Lwow. En 1910
il prend le nom de Maximilien-Marie et commence son noviciat.
Il fait de très brillantes études à Rome
malgré sa santé fragile et des attaques de tuberculose.
En 1917 il fonde la Milice de l'Immaculée qui a pour but
la conversion de tous les pécheurs. Les moyens mis en œuvre
sont : l'exemple, la prière, la souffrance et le travail,
dans une consécration totale à l'Immaculée.
Maximilien est aussi très proche de Thérèse
de l'Enfant Jésus à qui il confie ses désirs
missionnaires infinis. Il est ordonné prêtre en
1918. De retour en Pologne, il fonde un mensuel : Le chevalier
de l'Immaculée, qui connaît une diffusion étonnante.
En 1927 il fonde Niepokalanow, la cité de l'Immaculée,
immense « couvent maison d'édition ». En 1930
il part au Japon et fonde Mugenzai No Sono : le jardin de l'Immaculée,
où il demeure jusqu'en 1936. La guerre interrompt toutes
ces activités : la Pologne est vaincue et occupée.
Il est arrêté une première fois avec ses
frères le 19 septembre 1939. Relâchés le
8 décembre, ils retrouvent Niepokalanow saccagée.
Maximilien réussira à publier un dernier numéro
du chevalier avant d'être arrêté à nouveau
le 17 février 1941. Le 28 mai, il est transféré à Auschwitz.
Il y est particulièrement maltraité en tant que
chrétien et prêtre mais toujours il répond à la
haine par l'amour. un jour il s'offre en échange d'un
de ses codétenus, père de famille, condamné à mort
en représailles d'une évasion. Ils sont dix hommes
condamnés à mourir de faim et de soif. Mais la
présence de Maximilien transforme cette agonie qu'ils
vivent dans les chants et la prière. Dernier survivant,
le père Maximilien sera achevé par une injection
de phénol le 14 août 1941.
Lettre à ses frères dispersés (1940) :
N'ayons aucune trêve dans notre travail de missionnaires.
Répandons son règne dans tous les cœurs. Offrons
dans ce but toutes nos peines et toutes nos souffrances. Ne désirons
qu'une seule chose : qu'elle soit contente de nous. Tâchons
de lui faire plaisir à nos dépens, même si
cela nous coûte… Combien d'âmes retrouveront
la lumière, grâce à votre dispersion ! Prions,
acceptons amoureusement toutes les croix, aimons tous nos prochains,
sans nulle exception, amis et ennemis… Dieu est amour :
et comme l'effet doit ressembler à la cause, toute la
création vit d'amour. Non seulement pour la fin dernière,
mais aussi pour les fins intermédiaires et dans toute
action saine et normale l'amour est le principal ressort et le
principal moteur.