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Spiritualité
Textes du père Thierry de Roucy

Règles de vie des amies des enfants Le charisme de compassion Marie au pied de la croix Les mystères du Christ Saints et auteurs amis de Points-Cœur L'école de communauté

Compassion : ce mot qui brûle et enivre

Messe d’envoi, Ourscamp, le 26 octobre 1991

 

Chers Amis des enfants,

Frères et sœurs bien-aimés,

Certains visages dans l’Église, certains ordres religieux sont indéfectiblement attachés à tels mots, à tels mystères, à telles vertus. Qui dit saint François de Sales, par exemple, dit douceur ; qui dit les Franciscains, dit pauvreté ; qui dit saint Maximilien Kolbe, dit l’Immaculée. J’aimerais que notre Œuvre, si modeste qu’elle soit, partout où elle passe, partout où l’on s’en souvient, évoque, elle aussi, un mot : celui de compassion. C’est en effet la compassion qui l’inspire, c’est la compassion – et spécialement la compassion des enfants – qui la règle, c’est la compassion qui la finalise.

Chers Amis des enfants, dans quelques jours ou dans quelques semaines vous allez demeurer dans un Point-Cœur. Pourquoi ? Par compassion. Vous allez vivre en communauté. Pourquoi ? Par compassion. Vous allez passer de longues heures à prier. Pourquoi ? Par compassion. Vous allez choisir de mener une vie toute simple, tout ouverte aux autres, toute dépendante de la Charte que nous vous offrons. Pourquoi ? Par compassion. J’aimerais que ce mot assez inusité de nos jours enivre votre intelligence, brûle votre cœur, vous donne un élan que rien ne peut arrêter. J’aimerais que ce mot à lui seul fasse naître une immense famille dont vous serez les ambassadeurs auprès de tous les pauvres et les enfants douloureux.

Ce mouvement qui vous inspire à donner de votre vie – à donner votre vie –, à beaucoup – à tout – quitter pour partir, c’est proprement le mouvement de l’Incarnation et de la Passion du Seigneur. S’il en est, en effet, qui sont brûlés par la compassion, c’est bien le Père, le Fils et l’Esprit Saint. Et ils le sont parce que, de même que Dieu est le premier à aimer, Il est, en un sens, le premier à souffrir, Il est la première victime : « Dieu qui est à l’origine de toutes les tendresses, écrit Maurice Zundel, est atteint par toutes les douleurs humaines, et toutes les fois que la vie humaine souffre, il y a une blessure dans la tendresse de Dieu. Dieu est solidaire de l’homme. »

Et encore : « La vérité, c’est que lui est la première victime, que lui est le premier à porter toutes nos douleurs, à subir toutes nos agonies, à vivre toutes nos morts. Et si nous souffrons, ce n’est pas sa faute. Il est déchiré par nos souffrances, et s’Il ne nous en délivre pas, c’est que c’est impossible. Tout ce qui est en dehors de l’amour le conduit au supplice de la croix, non pas physiquement, mais à la croix de l’agonie dont nous ne pouvons avoir idée. »

Et enfin, toujours du même auteur : « Personne comme Dieu n’est en état de nous comprendre ; personne comme Dieu ne porte notre agonie, n’est crucifié par notre mort ; personne comme Dieu n’est humilié par notre faiblesse ; personne comme Dieu n’a soif de notre bonheur. »

Autrement dit, c’est lui – Dieu – le premier Ami des enfants, c’est lui qui, le premier, quitta sa demeure pour aller vivre dans un immense Point-Cœur et manifester sa compassion jusqu’à vivre une agonie d’amour qui embrasse tous les hommes de tous les temps.

* * *

Le premier élément constitutif des Points-Cœur, c’est la prière. Cela peut étonner. Dans notre tête, il n’y a rien de plus logique. C’est qu’une seule passion et compassion sont vraiment rédemptrices, c’est la Passion et la compassion de Dieu. Et tous nos essais d’amour, tous nos efforts d’amour ne peuvent porter de fécondité que s’ils sont intégrés dans la Passion et compassion du Christ. Plus radicalement même : notre cœur ne peut brûler véritablement que s’il est au contact de cette fournaise qu’est le cœur du Christ, que si même il y communie dans le geste extraordinaire de la manducation.

Vous le savez bien : ce n’est pas en vous répétant : « Je dois aimer ! Je dois aimer ! Je dois aimer ! » ou : « Il faut que je les supporte ! », que vous aimerez tous les compagnons du Point-Cœur que Dieu va vous donner, tous les petits qui, à vos fenêtres, risquent peut-être de crier de jour et de nuit. Vous consolerez si vous recevez l’esprit de consolation, vous réjouirez si vous recevez l’esprit de joie, vous apaiserez si vous recevez l’esprit de paix. Et vous ne recevrez tout cela que si chaque matin vous vous mettez à genoux, les mains tendues vers le Seigneur pour recevoir un cœur nouveau, un cœur du ciel.

Et puis, vous allez vous engager à mener une vie communautaire. Vous allez vous engager à vous pardonner, à ne jamais médire les uns des autres, à vous encourager, à vous soutenir. Là encore, c’est le mouvement normal. Toute compassion doit d’abord s’exercer à l’égard des proches, des tout proches ; je dirai même à l’égard de soi-même. Sinon, elle risque bien d’être une belle forfanterie ! À embrasser mille enfants dans la journée, à les laisser sans cesse sauter dans nos bras, on se prendrait vite pour saint Vincent de Paul ou mère Teresa ! La communauté est là pour nous rendre plus réaliste : où en suis-je du pardon ? où en suis-je de ma capacité de service ? Est-ce que je ne crois pas un peu vite que c’est toujours moi qui fais la vaisselle, toujours moi qui assure les corvées, toujours moi qui fais les premiers pas ?

Et cette vie communautaire que nous voulons toute familiale, toute simple, toute disponible, il faut l’aimer par-dessus tout, y consacrer ce que l’on a de meilleur. Trop facilement on risquerait de la fuir, de s’en échapper par le rêve ou les courses avec les enfants dans le slum. Il faut l’embrasser, il faut la saisir à bras le corps. Et si, quand vous rentrerez, à ma question : « Qu’as-tu appris à Bangkok ? », vous répondez : « J’ai appris à aimer ceux qui vivaient dans le même Point-Cœur que moi », je serai des plus heureux car je saurai en même temps que votre amour pour Dieu aura grandi et que votre affection pour les enfants n’aura pas été mensongère.

Et puis, vous allez vous engager à mener une vie pauvre, une vie chaste, une vie de fidélité à l’Évangile et à la Charte de l’Œuvre. Ce n’est pas un acquis, c’est un combat de chaque jour. Ce n’est pas simple suggestion de ma part, c’est une nécessité d’amour. Pourquoi ? Parce que votre présence au Point-Cœur n’incite pas seulement à une action de votre part, à des gestes, à quelques paroles gentilles et de bons sourires, mais à un engagement de tout l’être. C’est que Points-Cœur est une œuvre d’amour, créée par amour pour l’Amour. Et l’amour saisit tout, l’amour prend tout, l’amour n’est vrai que lorsqu’il s’identifie, que lorsqu’il se donne totalement, que lorsqu’il s’incarne. Autrement dit, aimer les pauvres consiste d’abord à choisir de vivre pauvre ; aimer les exclus consiste d’abord à descendre avec eux dans la fange ; aimer les enfants de la rue nécessite de les rejoindre dans la rue.

Je me rappelle ces enfants de Bucaramanga qui me demandaient pourquoi j’étais dans leur bidonville. Je leur réponds : « Parce que je vous aime ! – Comment tu nous le prouves ? », demandent-ils aussitôt. « En venant demeurer chez vous. » Et les voilà dans toutes les rues du bidonville pour me trouver un rancho. Voilà de la pauvreté ! Aimer les pauvres consiste à avoir pour eux un amour que rien ne restreint, que rien n’arrête : ni le temps, ni mille préoccupations ; un amour universel. Et voilà de votre engagement à la chasteté. Aimer les pauvres consiste à vivre en fidélité à la Parole de Dieu, aux Béatitudes, au commandement de l’amour. Et voilà de votre engagement d’obéissance à l’égard de la Parole du Seigneur.

* * *

Un mot donc : celui de compassion qui, peu à peu, va ordonner votre vie personnelle, votre vie communautaire, va vous entraîner de l’avant et justifier votre engagement d’aujourd’hui. Dieu a choisi pour vous une aventure splendide. Et si vous avez aujourd’hui l’impression de beaucoup quitter, bientôt vous aurez l’impression de recevoir plus encore. Et le déchirement d’aujourd’hui n’est rien en comparaison de celui que vous ressentirez dans un an quand il vous faudra quitter tous ces petits visages rieurs qui déjà vous attendent. Heureusement, la compassion de là-bas se vit aussi à nos portes. Et si vous partez si loin, n’est-ce pas après tout pour mieux découvrir la misère de tout près ?

Ah ! Ce mot de compassion qui rend l’Église belle comme Marie : quel trésor !

Cadeau de Noël - Un mariage pas comme les autres - Une mission commune, plusieurs visages
Points-Cœur, une œuvre de paix  - Je suis toujours avec vous


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