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Je suis toujours avec vous

D’un Point-Cœur à l’autre n° 10, mars 1995

 

La vie de l’homme tient entre deux cris :

le cri du premier instant

– le petit est coupé de sa mère,

il sort de son refuge –,

le cri du dernier instant

– l’âme est coupée du corps,

l’être se sépare d’un monde.

Un cri, deux cris et, intermédiaires, de multiples cris.

Ici les mots de la raison sont sans valeur :

il faut les hurlements du cœur

pour exprimer la souffrance du tréfonds,

la souffrance sans fonds,

la souffrance de l’homme seul, si seul.

 

Quand je vois le cœur fou,

le cœur débordant d’angoisse,

le cœur comme une plaie vive,

le cœur prêt à rugir et à tout briser,

je saisis mon stéthoscope et j’écoute.

Comme en écho, j’entends les cris de la croix :

« Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »

« J’ai soif ! J’ai soif ! »

 

Sur le Golgotha,

c’est la morsure de la solitude totale

qui atteint le Fils de l’homme.

La voilà, la solitude de tous les temps et de tous les lieux,

rassemblée dans le Cœur de l’Amour

qui s’est fait péché pour nous !

Solitude folle !

Abandon immense !

 

Pour l’entendre mieux, il faut la déployer.

Solitude de chaque homme,

non seulement physique ou psychologique,

mais encore ontologique !

Solitude de milliards d’hommes,

du premier Adam à l’ultime !

Que de mains tendues,

dramatiquement tendues !

Que de cris d’appels,

d’appels du dernier espoir !

Que de vides,

de vides vainement comblés par le vide !

 

Il en est qui se tuent ou sombrent dans la folie

de ne plus pouvoir porter leur solitude.

Il en est qui parlent aux objets

ou chérissent leur chien et leur chat

comme on chérit le fruit de ses entrailles.

Il en est qui ne veulent poser les yeux sur leur solitude

et ne trouvent jamais que des ersatz de compagnie.

Il en est qui se fiancent à quinze ans

et se lient à dix femmes.

 

Il y a la misère, la guerre, le sida,

mais il y a le mal de fond,

le mal qui s’accentue au fur et à mesure

que s’idéologisent nos sociétés :

lancinante absence !

On peut transformer les taudis en HLM

et les HLM en résidences.

On peut remplacer le bol de riz quotidien

par une assiette de vitamines.

On peut apporter des changements de vie

et le pauvre, d’un lieu à l’autre, traînera son vide…

 

LA SOIF UNIQUE DE L’HOMME

qui le poursuit d’âge en âge,

de lieu en lieu,

C’EST UNE PRESENCE.

Présence vraiment présente.

Présence respectueuse de liberté.

Présence de la mère et du père.

Présence du frère et de l’ami.

Présence de l’épouse.

Présence d’amour, Présence de Dieu.

Présence unique de Dieu.

Présence qui seule comble

et le corps et le cœur,

et l’esprit et l’exigence d’infini.

Présence du Verbe fait chair.

 

L’homme appelle au secours.

Il tend la main vers Dieu.

Il demande du pain et la paix,

un toit et sa pitié,

de réussir aux examens et des lendemains assurés.

À toute prière,

le Père répond en envoyant son Fils,

le Père et le Fils répondent en envoyant l’Esprit.

 

« Je suis là.

Je suis toujours avec toi.

Au fond de la barque, je dors.

Avec toi.

Sur les flots, je marche.

Avec toi.

Au désert, je lutte.

Avec toi.

À Capharnaüm, je guéris.

Avec toi.

À l’aube, je prie.

Avec toi.

À Gethsémani, je soupire.

Avec toi.

Au Golgotha, j’expire.

Avec toi.

Sur les rivages, je t’attends.

JE SUIS TOUJOURS LA OU TU ES.

Je suis toujours avec toi.

Je suis où est chaque homme.

Je suis l’intime compagnon de chaque homme… »

 

À tout cri,

à toute attente,

à toute souffrance,

Dieu répond son Nom

– réponse personnelle et universelle – :

EMMANUEL.

 

Ainsi, évangéliser,

c’est manifester par sa présence

la présence d’un Autre

et s’effacer devant lui.

Libérer,

c’est libérer l’homme des chaînes de la solitude.

Développer,

c’est développer la conscience d’un Amour omniprésent.

Dire oui à Jésus qui,

en prenant chair, a planté en chaque chair sa tente,

c’est avoir la foi, l’espérance et la charité.

Non comme des vertus abstraites,

mais comme

une Personne

en qui l’on vit.

En qui l’on respire

et en qui l’on marche.

En qui l’on aime

et en qui l’on pense.

En qui l’on souffre

et en qui l’on attend.

En qui l’on meurt.

 

Présence qui s’allie

à nous plus que l’époux le plus aimant

et féconde nos gestes

et nos mots

à la mesure de sa propre fécondité,

et plus encore !

 

« En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi fera, lui aussi, les œuvres que je fais, et il en fera même de plus grandes parce que je vais vers le Père » (Jn 14, 12).

 

À Ta présence de vie,

Dieu d’amour, ouvre-moi, ouvre tous !

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