Elles
peuvent apparaitre comme un exercice difficile : le texte
est parfois jugé bien compliqué, les plus intelligents
le décortiquent et parfois se buttent, les plus simples
écoutent et posent les questions. Mais petit à
petit la lumière se laisse entrevoir par des voies
bien surprenantes comme nous le témoigne Christine
du Réau, Amie des enfants de retour du Brésil :
« Lorsque j’ai commencé la mission
avec Points-Cœur au Brésil, je n’avais
qu’une petite idée de ce qu’étaient
les écoles de communauté, et je n’en comprenais
pas bien le sens. C’est en écoutant
des amies du quartier, jeunes adolescentes, que j’ai
été saisie par l’expérience qu’elles
font grâce aux écoles de communauté.
Rosangela, 16 ans, est issue d’une famille très
nombreuse et avec peu de ressources. Sa scolarité assez
épisodique ne lui donne pas un niveau d’étude
normal pour son âge. Pourtant, comme beaucoup d’autres
jeunes, elle est comblée par la rencontre faite avec
le Christ grâce aux écoles de communauté.
Elle me dit qu’elle est bien loin de comprendre tout
ce qu’elle entend à chaque rencontre, mais ce
dont elle est certaine, ce qu’elle a compris, c’est
que ce rendez-vous de chaque semaine est le lieu où
elle peut faire l’expérience concrète
que le Christ a quelque chose à voir avec toute la
réalité. C’est dans ce lieu qu’elle
apprend à éduquer son regard sur tout ce qu’elle
vit et ce qu’elle découvre autour d’elle.
Lorsque,
sur deux ou trois paragraphes complexes, elle parvient à
mettre les mots de son expérience propre, alors une
vérité est gravée dans son cœur…
Et c’est elle qui m’explique les textes !
C’est son témoignage qui m’a donné
l’élan de commencer moi aussi le parcours. »
Au fil des années, il m’est apparu
que l’école de communauté est une expérience
qui touche tout notre être, toute notre personne dans
son intelligence et son affectivité pour poser un jugement
de foi sur la réalité en s’appuyant sur
un texte, sur une parole. A cette école, le Christ
a été le premier à nous enseigner sur
le chemin d’Emmaüs. Cet échange mystérieux
entre les trois hommes conduit à une reconnaissance
par les deux disciples du Christ présent dans leur
vie. L’expérience faite, ils posent un jugement : « Notre cœur n’était-il
pas tout brûlant au-dedans de nous, quand il nous parlait
en chemin, quand il nous expliquait les Ecritures ? »
C’est de cette expérience que nous parle
au-dessus Christine, c’est un jugement sur la réalité
dans la totalité de ses facteurs.
Père
Thierry écrivait dans un liminaire : « On
ne peut jamais dire ou penser qu’on est un spécialiste
de l’école de commmunauté pas plus qu’on
ne peut dire qu’on est un spécialiste d’oraison
ou un saint. Car c’est une œuvre où l’on
ne cesse de dépendre d’un autre, où l’on
est mendiant ensemble, où il est plus important d’écouter
que de parler… » L’école
de communauté est en dernière analyse l’œuvre
de l’Esprit Saint qui distribue comme bon lui semble
ses lumières, qui conduit les choses librement pour
nous éduquer et nous conduire au Mystère. Quelques
attitudes de notre part sont tout de même requises pour
faciliter cette écoute intérieure, cette disponibilité
de cœur à Ses motions et l’ouverture à
la conversion.
Tout
comme nous préparons un dîner avec des amis avec
une attention particulière aux détails pour
faciliter les échanges entre nous et faire de cette
occasion un moment unique, il nous est aussi nécessaire
de préparer avec minutie ces écoles de communauté
par une lecture attentive du texte au quotidien. Si un seul
paragraphe vous parle vraiment, reprenez ce paragraphe. La
véritable compréhension est uniquement issue
de l’expérience. Seul un lien étroit établi
entre tel ou tel concept et ma vie, seule une comparaison
entre le texte et ma réalité en posant un jugement
sur ma vie peut véritablement me nourrir le cœur
de la Présence. Ce travail peut être aussi appelé
une éducation à reconnaître avec spontanéité
la Présence qui seule comble mes désirs les
plus profonds.
Une
autre aide pour l’école de communauté
est notre capacité à la correction. Qui n’est
pas ouvert à cette éventualité n’apprend
rien, il peut écouter attentivement mais les paroles
ne pénètrent pas. Le responsable de l’école
de communauté tout en guidant, se laisse avant tout
guider par les événements, et au final il doit
être le plus docile et attentif à l’Esprit
Saint. Il est celui qui oriente et redresse, émonde
et enrichit, aide et conduit chacun à poser un jugement
libre.
En
dernier lieu, l’école de communauté est
une œuvre d’éducation au catholicisme,
à l’universel, pour nous aider à entrer
dans la totalité de la réalité. Pour
aider chacun de nous à vivre une expérience
humaine dans sa plénitude ayant Christ comme source
et sommet de toutes choses.
Les
écoles de communauté dans quelques pays
Italie
(témoignage de père Guillaume) - L’école
de communauté a lieu une fois par semaine, le vendredi
de 21 heures à 22 heures. Une fois par mois, l’école
de communauté mensuelle et les autres fois notre propre
parcours. Sont présents la communauté, quelques
amis du quartier et d’autres de Naples même.
Asie
(témoignage de Jean-Marc) - Nous avons commencé
peu à peu à mettre en place l’école
de communauté avec le groupe des Molokaï. C’est
un exercice qui reste difficile pour tous. Du fait de la traduction
des textes, de la compréhension et de l’apprentissage
à se confronter à un texte, à poser un
jugement.
Lorsqu’ils arrivent à dépasser
les difficultés de compréhension, ils font alors
assez spontanément le lien avec leur vie. Leurs interventions
et leurs exemples sont généralement justes et
très concrets. L’expérience montre qu’il
vaut mieux choisir un paragraphe pas trop long avec une idée
majeure. Malgré les difficultés évoquées
je perçois combien l’EdC est un excellent moyen
de formation pour faire grandir chacun dans l’intelligence
du charisme. Quand ils suivent un cours, ils restent très
passifs et ne retiennent finalement que très peu de
choses. A l’EdC, par contre, ils sont obligés
de réfléchir et de s’impliquer.
Pérou
(témoignage de sœur Eléonore) - L’impression
générale est que les textes sont difficiles
à lire et à comprendre. C’était
le cas pour les textes de Jean-Paul II. L’année
dernière a été plus facile certaines
fois, surtout les textes propres au charisme de Points-Cœur ;
les textes de Père Thierry sont souvent considérés
plus accessibles que ceux de Giussani, Balthasar ou Dom le
Saux, pour parler de ceux de cette année.
En revanche je suis toujours émerveillée
de voir que chacun tire quelque chose de très différent
du même texte en fonction de sa réalité.
J’ai pu faire jusqu’à trois fois le même
texte : Sœurs, Points-Cœur et Frat’Max,
à quelques jours d’intervalle, et c’est
chaque fois une école de communauté tout à
fait différente. Cela me fait voir que le texte peut
(même s’il est ardu) introduire chacun dans le
concret de sa réalité.
Nous avons aussi les écoles de communauté
tous les 15 jours avec le père Michele de Communion
et Libération avec les trois communautés réunies
(les deux Points-Cœur et les Servantes). Souvent les
Amis des enfants qui ont le plus d’ancienneté
sont ceux qui entrent dans un vrai dialogue, qui touche le
concret de leur présence. Père Michele a une
compréhension de notre charisme tout à fait
juste et nous remet sans cesse en face. Il témoigne
aussi des richesses que cela implique pour lui qui est de
CL. C’est vraiment un enrichissement mutuel.
Pour
conclure, j’aimerais ajouter que dans d’autres
lieux comme en Colombie et au Brésil sont encore tentées
des expériences culturelles pour nos amis du quartier,
regarder un film ensemble ou découvrir un peintre pour
donner l’occasion de diffuser le charisme, de formuler
un jugement et de faire école de communauté
un peu différemment. Je crois qu’il faut toujours
ouvrir davantage nos portes à tous, qu’il ne
faut pas hésiter à proposer une expérience
à nos amis, que toutes voies pour mener au Christ doivent
être exploitées. Dans ce sens, Jean-Paul II nous
disait que « la plus grande des charités
est de communiquer la Vérité ».
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