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Mystères lumineux : mystères de compassion 

D’un Point-Cœur à l’autre n° 43 et 46,
juin 2003 – mars 2004

 

Premier Mystère lumineux

LE BAPTEME DANS LE JOURDAIN

 

En quittant Nazareth, Jésus fut poussé au désert.

Et du désert, Il fut conduit au Jourdain.

Depuis des années peut-être, Jean était là qui prêchait.

Sa prédication était invitation à la conversion.

Sa prédication était annonce du Messie.

Et beaucoup de la Ville venaient l’entendre.

 

Lui, mystérieusement, avait déjà rencontré Jésus,

alors qu’il était encore dans le sein de sa mère.

Et cette rencontre l’avait fait tressaillir de joie.

Il avait pu alors rencontrer le Messie parce qu’il était tout petit.

Il pourra le rencontrer à nouveau parce qu’il demeure tout humble.

Il ne se sent même pas digne de délier sa sandale.

 

Et Jésus survint.

 

Il était plus humble encore que Jean-Baptiste.

Il se laissa baptiser par lui.

Jean baptisa donc Jésus dans l’eau.

 

Apparemment si Jésus fut baptisé,

c’est qu’il avait besoin de conversion

comme tous les pécheurs du monde.

Plus tard on dira la même chose :

si Jésus est crucifié

c’est qu’il a besoin de châtiment

comme tous les criminels du monde !

Et, de fait, il est vrai :

Jésus emporte dans l’eau tous les péchés du monde,

Il porte sur la croix tous les crimes de l’humanité.

 

Dieu l’a fait péché pour nous,

Lui l’innocent.

Dieu l’a fait criminel pour nous,

Lui l’agneau.

C’est ainsi qu’Il nous sauve !

 

Et même ce ne sont guère les eaux du Jourdain qui purifièrent Jésus,

c’est Jésus qui purifia les eaux.

Il purifia toutes les eaux.

Les eaux qui baptiseraient des millions d’êtres humains.

Les eaux de tous les baptistères du monde.

Et les eaux de la terre ne seront jamais plus les mêmes.

 

Quand il ressortit du Jourdain

survint un étrange événement.

Les cieux s’ouvrirent

et l’Esprit de Dieu comme une colombe descendit sur lui

et une voix se fit entendre.

 

Jusqu’alors on n’avait jamais vu une telle colombe,

on n’avait jamais entendu une telle voix.

Il se fit alors un grand silence.

Le silence de Jean : silence de l’adoration.

Le silence des gens : silence de l’étonnement.

 

Tous découvrirent que ce baptême ne ressemblait à nul autre.

Il était plus.

Il valait plus.

Mais de quoi s’agissait-il donc ?

 

Tous découvrirent que ce baptisé ne ressemblait à nul autre.

Il était plus.

Il valait plus.

Mais qui était-Il donc ?

 

Ils entendirent qu’Il était « “son” Fils bien-aimé »,

Mais de qui était-Il le fils ?

Qui donc parlait ?

 

Et cette colombe,

que signifiait-elle vraiment ?

 

Tous se trouvèrent ainsi subitement affrontés au mystère.

Un immense mystère. Le vrai mystère.

Un mystère que, de la Galilée au Golgotha,

Jésus dévoilera peu à peu aux tout-petits,

à ceux qui ont la foi.

 

Certains se laisseront emporter par cette lumière,

ils se laisseront saisir par elle, habiter par elle.

 

D’autres se révolteront.

Ils voudront tuer la lumière.

Parce qu’elle les oblige à nettoyer l’intérieur de la coupe.

 

Ainsi, sur le bord du Jourdain commence

un chemin décisif pour l’humanité tout entière,

une lutte sans répit,

la conquête de la paix.

 

Deuxième Mystère lumineux

LES NOCES DE CANA

 

Le premier des signes qu’Il accomplit,

Jésus l’accomplit lors d’un mariage.

C’est un mariage un peu étrange.

On ne sait

ni le nom de l’époux,

ni le nom de l’épouse.

On ne sait rien de la cérémonie religieuse.

On sait juste que Jésus était là,

que sa mère était là

et les apôtres aussi.

 

On sait que la noce eut lieu à Cana de Galilée,

pas si loin de Nazareth.

 

On sait qu’après quelque temps il n’y eut plus de vin.

Les jarres étaient vides.

Il faisait chaud. On avait soif.

 

C’est Marie qui semble s’en être aperçue la première.

Elle incita les serviteurs à servir

et le Sauveur à sauver la situation.

 

Mais Son heure n’était pas encore venue.

Il fallait attendre.

 

Ensuite elle vint et il y eut abondance.

Les jarres débordaient tout comme la coupe de shabbat

et tout le monde s’extasiait sur le vin nouveau qu’on avait gardé en dernier.

 

À n’en pas douter, Jésus aime les mariages.

On se demande même s’il n’y a pas que les mariages qui l’intéressent

comme s’ils faisaient partie tout entiers de sa mission.

Dans son être, la nature divine s’unit à la nature humaine…

À l’homme il propose de s’unir avec la femme

afin qu’ils ne forment plus qu’un seul cœur, qu’une seule âme, qu’un seul corps.

Et surtout Il œuvre durement aux noces de l’humanité avec Dieu,

des noces qui ne se rompent plus,

des noces éternelles.

 

Généralement, l’homme se débrouille assez bien pour commencer les choses…

Au jardin de l’Éden, les premières heures durent être assez paradisiaques…

À Cana, on avait bien prévu le vin du début…

Les fiançailles sont le temps d’un bonheur que l’on tend toute sa vie à retrouver…

Dans notre vie, on n’oublie pas ses premières prières…

on est fidèle à ses tout premiers vœux…

Bref, on commence facilement amoureux, pieux, enthousiaste.

Mais quand les choses durent, elles deviennent dures…

La tête oublie…

Les jarres se vident…

Le chemin se complique…

Les alliances se rompent…

 

Et si l’on ne crie pas,

si l’on ne pousse pas un grand cri,

voici que tout tourne à la catastrophe.

 

Pour aller au bout il nous faut accepter les épousailles.

Et les accepter dès le début.

Au plus vite.

Être plongé dans le Père, dans le Fils, dans l’Esprit.

Un mariage dans l’eau. Le mariage du début !

Un mariage où l’on comprend soudain le nom du véritable Époux,

celui qui se cachait sous l’anonymat de l’époux de Cana.

Jésus.

 

Jésus qui alimente les jarres,

qui remplit les cœurs,

qui illumine les chemins,

qui enthousiasme les vies,

qui donne chair aux squelettes.

 

Sans Lui, il n’y a vite que vide.

Un vide qui paralyse.

 

Mais le mariage du début ne s’éclaire que par les noces de la fin…

À Cana correspond Golgotha.

C’est là, sur la croix, que finalement tout s’accomplit,

là que l’on comprend d’où vient le vin des noces,

là que l’on comprend le sens de la Présence de la Femme,

là que l’on découvre qui sont les vrais époux,

là que le mariage devient un mariage dans le sang.

Là que l’on perçoit la source de la vraie fécondité.

 

L’Époux est mort pour que se noue tout mariage,

pour qu’aucune distance ne soit plus entre Dieu et les hommes,

entre les hommes eux-mêmes,

pour que soient réconciliés les plus extrêmes paradoxes…

 

L’étoile de Cana se couche aux portes de Jérusalem…

 

Troisième Mystère lumineux

LA PREDICATION DE JESUS

 

Il y a tout lieu de penser que l’atelier de Nazareth fut, pour Jésus,

tout autre chose qu’un simple atelier de charpentier.

Certes, il y tailla du bois,

il y forgea des morceaux de fer,

il y réalisa quelques coffres.

Mais surtout il y expérimenta le monde de l’homme.

Pour Jésus, Nazareth suffit à cela :

il n’eut guère besoin de sortir ailleurs pour faire ses découvertes.

Dans son atelier rentrèrent tous les types de bois :

les plus durs et les plus tendres,

les plus malléables et les plus fermes,

les plus sains et les plus véreux.

Et personne ne se méfiait de lui.

N’était-il pas Jésus, le fils de Joseph le charpentier, et de Marie ?

N’était-il pas comme enveloppé de silence ?

On parlait, on se disputait, on râlait,

on critiquait, on racontait des histoires, on faisait des commentaires.

Tout simplement.

Lui méditait ces événements en son cœur.

Il était dans Nazareth comme dans un microcosme.

Il voyait les virus et les plaies de son peuple

et se disait que le cœur de l’homme est malade et bien blessé.

 

Alors il décida de sortir de l’atelier.

Il avait trente ans.

Il se fit baptiser dans le Jourdain,

il choisit quelques disciples

et parcourut les villes et les villages de Galilée.

 

Il se mit à parler.

Sa parole était aussi belle que le silence.

Elle ne gâchait ni le souffle de la mer,

ni le sifflet des grillons.

Elle semblait comme en symphonie avec tous les chants du monde,

elle révélait au cœur ses secrets,

elle lui ouvrait d’incroyables horizons,

elle était chargée d’une sagesse venue d’ailleurs.

 

On ne mit pas longtemps à se presser pour l’écouter.

Il parlait comme personne d’autre.

On ne retenait pas forcément tout ce qu’Il disait,

mais ses paroles faisaient du bien.

Quand Il parlait c’est Lui tout entier qu’on recevait

on l’accueillait chez soi,

avec son Père, avec son Esprit,

avec cet étrange Royaume dont ses phrases étaient pleines.

 

Quand on l’écoutait,

non seulement on avait l’impression de recevoir un enseignement,

mais en plus, il semblait qu’on voyait ce qu’il disait,

qu’on le goûtait,

qu’on le touchait.

 

Il utilisait des paroles qui saisissaient tout entier son auditeur,

qui l’emmenaient plus loin,

qui l’entraînaient vers le Mystère.

 

Et surtout ses paroles donnaient l’assurance d’une Présence,

plus encore elles permettaient d’en faire l’expérience.

 

Depuis des générations, Israël attendait un Messie qui comblât son espérance.

Cette fois, il était là parmi son peuple,

au milieu d’une humanité assoiffée, perdue.

Et sa prédication ne cessait de l’affirmer :

« Je suis là ! »

« Je suis là pour ceux qui pleurent,

pour ceux qui ont mal,

pour ceux qui ont soif de la justice,

pour ceux qui cherchent la vérité.

Je suis là pour les pauvres et les enfants,

pour les malades et les infirmes,

pour les pécheurs et les égarés.

 

Je suis là pour faire miséricorde…

Je suis là pour communiquer la Paix…

Je suis là pour inviter à la conversion du cœur… »

 

Quatrième mystère lumineux

LA TRANSFIGURATION DE JESUS

 

Une fois déjà, Jésus avait parlé à ses disciples de sa montée à Jérusalem.

On ne peut pas dire qu’ils comprirent grand chose à son discours.

Il leur paraissait impossible

que leur Maître souffrît et mourût

comme un simple condamné à mort.

Ils attendaient bien autre chose de Lui !

Ils attendaient qu’Il demeure !

Ils attendaient qu’Il soit roi !

Ils attendaient de gouverner avec Lui !

Jésus cependant ne se lasse

ni de les former

ni de les préparer à son heure.

Il faut que le jour venu ils tiennent debout.

Un matin, il choisit Pierre, Jacques et Jean

– ceux de Gethsémani –

et laisse ses autres compagnons dans la plaine.

Avec les trois élus, il gravit une haute montagne.

Sans doute les disciples n’osaient-ils pas poser de question en chemin…

Intrigués, ils suivirent leur Maître jusqu’au sommet.

Et là – surprise ! –, il fut transfiguré devant eux.

Son visage devint brillant comme le soleil

Et ses vêtements blancs comme la lumière.

Leur apparurent aussi Moïse et Élie

et une nuée lumineuse

les enveloppa de son ombre.

 

Ils sont saisis.

Ils s’attendaient si peu à cela !

Une telle lumière ! De telles apparitions ! Une telle voix !

Ils se trouvent soudain si bien ici qu’ils voudraient rester toujours

jusqu’à ce que…

la voix venue du ciel les frappe de stupeur.

Ils tombent alors la face contre terre.

Jésus les apaise et les relève : « N’ayez pas peur ! »

 

Celui qui venait d’annoncer sa mort,

ils l’avaient vu autrement.

Tout de lumière ! Tout de gloire !

Comme en vêtement définitif !

Est-ce lui qui était transfiguré ?

Est-ce leurs yeux qui voyaient autrement ?

Ou encore s’était-il transfiguré

pour que leurs yeux perçoivent désormais la réalité autrement ?

L’heure n’était pas aux questions,

elle était à l’émotion la plus pure…

Les trois avaient en commun un secret,

ils avaient comme expérimenté la Vérité de leur Maître.

Il était bien le Messie !

Il était bien le Fils du Père !

Il était bien la Lumière du monde !

C’était vrai !

 

Et Jésus pensait qu’ils se souviendraient…

Qu’ils se souviendraient de sa gloire

lorsqu’ils le verraient giflé, flagellé, haï…

Qu’ils se souviendraient de l’amour du Père pour lui

lorsqu’ils le verraient mort, mis au tombeau…

 

Et Jésus pensait que l’Église se souviendrait…

Qu’elle se souviendrait de sa condition divine

lorsqu’elle le verrait traité comme un simple homme…

Qu’elle se souviendrait de ses paroles

lorsque le monde imposerait son cri…

 

Mais Pierre et Jacques ont vite oublié…

Et l’Église a parfois perdu mémoire…

 

C’est si bon pourtant de se souvenir de cet événement qui transfigure notre regard,

qui alimente notre foi…

Il nous aide à percevoir toute réalité dans une lumière nouvelle et invisible,

une lumière où les petites choses n’existent plus,

ni moins que les événements banals

ou les personnes de seconde catégorie.

Une lumière où tout est grand

parce que tout y est vu dans la perspective ultime.

Une lumière où tout est vrai

parce que tout y est perçu dans la miséricorde infinie du Père.

Depuis le Thabor, ce regard est devenu à notre portée.

Dans nos ténèbres,

il nous permet d’apercevoir les étoiles

et parfois plus que les étoiles !

Dans le monde,

il nous permet de n’être plus tout à fait du monde

et parfois même plus du tout !

Il nous permet de travailler pour ce qui ne se voit pas,

de reconnaître dans les haillons de nos pauvres amis

les fils d’or de leurs vêtements de gloire,

de voir dans le sang de leurs croix l’amour liquéfié qui sauve le monde…

 

À notre tour, il faut emmener au Thabor les pauvres

et les amis des pauvres

pour qu’ils voient déjà ce qu’ils verront un jour,

pour qu’ils soient consolés

et demeurent dans l’espérance…

Et que la croix d’un jour ne les affole pas…

En eux le Père a mis tout son amour…

 

Cinquième mystère lumineux

L’INSTITUTION DE L’EUCHARISTIE

 

Cette fois l’heure est proche.

D’un grand désir Jésus a désiré célébrer la Pâque avec Ses disciples

et tout est prêt.

La salle est retenue.

Les femmes ont préparé le repas.

Le rituel est devenu classique.

Et pourtant les disciples ne vont pas manquer de surprises :

la liturgie du Séder,

Jésus va la mener plus loin,

bien plus loin,

comme à son accomplissement.

 

Au cours du repas,

le Seigneur se lève,

Il retire sa robe,

Il revêt un tablier,

prend une bassine et de l’eau,

s’approche de chacun des siens,

les regarde dans les yeux

et silencieusement leur manifeste son désir de leur laver les pieds.

 

Pierre réagit.

Les autres se laissent faire,

non moins surpris.

Pour tous, cela dépasse l’imaginable !

Un Rabbi enseigne,

il ne lave pas les pieds !

Mais voilà : ce rabbi-là enseigne en lavant les pieds !

Un Rabbi se laisse servir,

il ne sert pas !

Mais voilà : ce rabbi-là va servir jusqu’à donner sa vie !

« C’est un exemple ! », dit-Il.

 

Et puis, après s’être remis à table,

à chacun de ses disciples

Il donne un morceau de pain en disant :

« Voici mon corps livré pour vous ! »

et fait passer la coupe de vin en déclarant :

« Voici mon sang,

le sang de l’alliance

versé pour vous et pour la multitude ! »

 

Les apôtres se sont fait laver les pieds.

Ils étaient stupéfaits.

Cette fois, ils mangent le corps de leur maître

et boivent son sang.

Ils sont tout à fait intrigués.

L’inimaginable, l’incompréhensible, l’incommensurable de ses gestes antérieurs est encore dépassé.

Le mystère est à son comble !

C’est vrai qu’à Capharnaüm,

Il avait déclaré

que Son corps était la vraie nourriture

et son sang la vraie boisson.

C’était le jour où les Juifs avaient fui, affolés par son discours,

et qu’eux ne savaient que faire : partir aussi ou rester…

 

Aujourd’hui, dans le Cénacle de Jérusalem,

ils comprennent peut-être moins encore, mais ils restent.

La débâcle, ce sera pour le lendemain !

Jusqu’au bout ils célèbrent la Pâque avec lui,

mais ils voient bien que c’est une toute autre Pâque.

Une nouvelle Pâque !

Sans doute faudra-t-il tout le temps de l’Église

pour percer le secret qu’enserre un tel don…

 

Ce qu’on sait : c’est un secret d’incompréhensible amour…

Voilà bien le mot qui dit tout de ses gestes successifs

et laissent les apôtres et l’Église ébahis,

mais, il est sûr, pas assez encore…

Un mot qui dit tout et qu’il faudra explorer jusqu’à la fin des temps.

Un mot plein comme le Cœur de Dieu.

 

« Je serai toujours avec vous ! »

Promesse d’une présence constante

qui s’accomplit, jour après jour, dans le don de Son corps et de Son sang !

 

« Je demeure en vous. »

Miracle d’une solitude effacée par la vie de cet Autre

qui habite au cœur de notre cœur.

 

« Allez ! »

Partage d’une mission rédemptrice

dont la force nous est donnée

dans cet Aliment incorruptible.

 

En cette hostie

si blanche, si petite, si humble

l’amour se rend présent jusqu’à la fin des temps,

et compagnie jusqu’à l’intime de notre cœur,

et miséricorde jusqu’aux extrémités du monde.

 

Voici le pain ! Voici le vin !

Ultime révélation du Christ sur son « je » infini !

Noms inouïs de son indicible amour !

Réalités si semblables à son anéantissement salvifique !

Amour de Jésus-Christ !

Amour crucifié et glorieux !

Amour transformant !

Amour compatissant à l’extrême !

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