| Spiritualité |
Textes du père Thierry de Roucy |
La Charte des Points-Cœur
Situation
Il est des enfants qui ne savent plus sourire.Il est des enfants qui sont seuls au monde.
Il est des enfants qui mangent de la terre et des ordures pour calmer leur faim.
Il est des enfants que l’on vend.
Il est des enfants que des riches utilisent comme bien de jouissance.
Il est des enfants de dix ans à qui l’on confie des armes.
Il est des enfants que l’on torture.
Or, chaque fois qu’un enfant est traité de la sorte, chaque fois qu’un enfant connaît de tels drames, voici que se forme sur notre planète un point noir, un point de honte pour l’humanité tout entière. Plus même, à chaque fois qu’un enfant est ainsi traité, c’est le Corps du Christ qui est atteint, qui est blessé, qui est défiguré.
Pour remédier à cette situation, les États prennent des dispositions, l’ONU promulgue la Charte des Droits de l’enfant. Et puis mille œuvres se sont créées, civiles ou religieuses, qui ont pour mission de venir au secours des enfants du monde entier. Cependant, les besoins sont encore immenses ! C’est pourquoi, sans doute, nous avons reçu l’intuition de créer une petite mille-et-unième œuvre que nous confions à votre prière. Une œuvre dont nous espérons le développement parce que nous aimons les enfants infiniment et nous savons combien Dieu habite leur cœur. Une œuvre dont nous espérons le développement parce que nous croyons que les enfants sont les maîtres, innocents et vulnérables, que Jésus nous désigne : « Si vous ne devenez pas semblables à ces enfants, vous n’entrerez pas dans le Royaume de Dieu » (Mt 18, 3). Une œuvre dont nous espérons le développement parce que nous avons l’immense désir que la dignité des enfants du monde entier soit totalement reconnue.
Cette œuvre, nous voulons lui donner le nom éloquent de « Points-Cœur ».
Que sont les Points-Cœur ?
Les Points-Cœur veulent être de petits foyers disséminés dans le monde entier, de simples refuges d’amour et de tendresse, où chaque enfant (de la rue) pourra être aimé, accueilli, écouté, respecté, bref regardé d’un regard qui communique l’ardeur de l’amour – « Jésus le regarda et il l’aima » (Mc 10, 21).
Où installer les Points-Cœur ?
Les Points-Cœur s’installeront dans tous les diocèses où les évêques les solliciteront ou les accueilleront. Comme lieu de fondation, on choisira le quartier où se trouvent les enfants les plus malheureux parmi les plus malheureux, les plus abandonnés parmi les plus abandonnés. Le Point-Cœur ressemblera le plus possible aux logements du quartier dans lequel il sera implanté et les Amis des enfants – c’est ainsi qu’on appellera ceux qui habitent les Points-Cœur – tâcheront le moins possible d’améliorer ou d’arranger le lieu pour éviter qu’après quelques années ce foyer devienne un palais.
Dès que les Amis des enfants arriveront dans la « demeure de roi » que leur accordera la Providence, ils y installeront un petit coin de prière qui les aidera à se tourner sans cesse vers Dieu, mais qui, plus encore, aidera les enfants qui viendront les visiter à découvrir la constante présence de Dieu en leur cœur.
Qui habitera les Points-Cœur ?
Au point de départ, les Points-Cœur seront fondés par un (ou des) Serviteurs de Jésus et de Marie. Par la suite, ils pourront être fondés par quelques jeunes ayant déjà vécu cette expérience en un autre lieu, par des religieux ou religieuses d’autres congrégations ou par des prêtres séculiers, prêts à respecter entièrement l’esprit et la finalité de l’Œuvre.
Cependant, la plupart des Amis des enfants seront des jeunes, venant des quatre coins du monde, qui ont reçu l’appel à donner au moins une année de leur vie au service des petits. On pourra éveiller leur vocation par des conférences, des tracts, des articles. Ces jeunes seront d’abord des chercheurs de Dieu, doués d’une réelle capacité d’adaptation à une langue, à une culture, à des mœurs différentes des leurs. Ils devront jouir d’une bonne santé physique et surtout d’un réel équilibre psychologique et affectif. Avant leur départ, les responsables de l’Œuvre discerneront leur aptitude. Cependant, on ne demandera pas aux Amis des enfants des compétences spéciales en matière d’éducation, de formation, de psychologie ; on leur demandera plutôt d’oser se donner sans compter et d’essayer d’aimer ces enfants comme Dieu les aime – « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » (Jn 13, 34).
Avant de partir vers le Point-Cœur qui leur sera désigné, les Amis des enfants devront suivre une préparation spirituelle en participant à des week-ends qui les aideront à bien saisir l’esprit de l’Œuvre. Ils pourront aussi, en assistant à des conférences, en lisant des ouvrages qui leur seront conseillés, etc. commencer à comprendre le pays dans lequel ils s’établiront. Enfin, il est nécessaire qu’ils aient une bonne connaissance de la langue qui leur servira sur place à s’exprimer. En arrivant dans le pays où ils s’installeront, ils seront accueillis et aidés par ceux qui seront déjà établis dans le Point-Cœur. Pendant plusieurs semaines, les « anciens » les aideront à prendre le relais, en leur faisant découvrir le quartier, en leur présentant les enfants, en leur partageant leurs expériences. Ce tuilage permettra qu’il y ait une réelle continuité dans la tâche accomplie par les Points-Cœur et que le départ brusque des uns ne crée pas une nouvelle blessure dans le cœur des enfants. On peut aussi espérer que certains jeunes resteront plus que quatorze mois pour créer une stabilité dans la maison. On tiendra enfin dans chaque maison un diaire assez détaillé dont la lecture permettra aux nouveaux arrivés de découvrir l’histoire de la maison, les expériences qui y ont été tentées, les personnes qui y ont été accueillies, l’évolution de certains enfants du quartier, etc.
Quel esprit animera les Amis des enfants ?
Les Amis des enfants seront animés par un réel esprit de douceur et d’humilité. Ils ne partiront pas comme des conquérants, mais comme des serviteurs, voire même des disciples. Ils commenceront cette aventure avec la certitude qu’ils recevront bien plus qu’ils n’apporteront et déjà ils rendront grâce à Dieu de les appeler à ce service.
Voici quelques points qui caractériseront particulièrement leur présence :
- Les Amis des enfants vivront d’une foi vive, en reconnaissant en chacun de ceux qu’ils approcheront le Seigneur présent « sous les espèces de l’enfant » (père Peyriguère) ; ils le respecteront infiniment, lui manifestant ainsi sa dignité d’homme et de fils de Dieu. Ce respect se manifestera bien concrètement dans le vocabulaire et le ton de voix qu’on utilisera pour parler aux enfants ou des enfants – on évitera ainsi, par exemple, tout terme un peu péjoratif ou un tant soit peu vulgaire –, dans l’écoute de ce qu’ils diront, dans les gestes par lesquels on leur exprimera son affection. Bien évidemment, ceci nécessitera d’abord que les Amis des enfants se témoignent entre eux un grand respect, qu’ils sachent s’écouter jusqu’au bout et qu’ils se manifestent les uns à l’égard des autres délicatesse et attention mutuelle, dans un esprit de réelle chasteté.
- Ils essaieront de vivre dans la plus parfaite communion, ne formant qu’un seul cœur, s’accordant le pardon aussi vite que possible après s’être offensés et aussi souvent que nécessaire ; ils ne se critiqueront jamais mutuellement, mais s’estimeront et s’encourageront dans le Seigneur.
- Ils s’attacheront à ce que leur genre de vie n’engendre aucun scandale dans le cœur des petits qu’ils serviront.
- Ils éviteront toute plainte, tout esprit de comparaison avec ce qu’ils ont quitté, toute prise de position politique, toute critique ou tout jugement sur les personnes avec qui ils seront appelés à passer l’année.
- Ils iront vers les enfants avec le cœur de Jésus qui l’a conduit à se mettre à genoux devant ses disciples et à leur laver les pieds.
- Ils n’hésiteront pas à transmettre l’Évangile de façon explicite aux enfants qu’ils rencontreront, en respectant cependant leurs coutumes, leur éducation, etc.
- Ils choisiront la Vierge Marie comme celle qui leur apprendra jour après jour à vivre les Béatitudes et à avoir des attitudes, des réflexes, des paroles et des gestes vraiment évangéliques, c’est-à-dire porteurs de la Bonne Nouvelle.
- Malgré les souffrances qu’ils rencontreront et qui pourront les submerger, ils tâcheront d’accueillir pour eux et d’apporter aux enfants, en toutes circonstances, la joie de l’espérance.
- Ils sauront célébrer les fêtes liturgiques avec dignité et communiquer aux enfants les raisons profondes de ces célébrations ; ils essaieront aussi de marquer, par un signe ou un autre, les événements de la vie familiale de la maison : fêtes, anniversaires, accueil d’un hôte, etc.
- De temps à autre, les Amis des enfants n’hésiteront pas à prendre une journée ou plus de détente communautaire ; ils pourront aussi, quand ils en ressentiront le besoin, partir en solitude pour se reposer ou prier plus intensément.
- Et surtout, souvent, les Amis des enfants se rassembleront dans leur « coin-prière » ou dans l’église la plus proche pour se tourner vers Dieu, lui rendant grâce pour sa bonté et sa miséricorde, lui demandant de leur accorder une profonde communion – « C’est à ce signe… » –, lui confiant tous les enfants et les détresses qu’ils pourront rencontrer, mais aussi les enfants et les détresses du monde entier – surtout ceux découverts dans tous les Points-Cœur. Les Amis des enfants aimeront dire chaque jour ensemble le chapelet : c’est la prière des pauvres et des petits, et cette prière appellera une présence particulière de la Vierge Marie, réelle fondatrice de l’Œuvre, en chacun de ces petits refuges d’amour. Dans leur oraison quotidienne, les Amis des enfants contempleront particulièrement le Seigneur Jésus à la crèche et à la croix où, plus qu’à aucun autre moment de son existence terrestre, Il se montre désarmé, petit et vulnérable. Le matin et le soir, ils célébreront la Liturgie des Heures et feront tout leur possible pour participer chaque jour à la messe : c’est là qu’ils recevront la grâce de se livrer sans compter au Père présent en chacun de ceux à qui ils sont envoyés. Enfin, ils recourront à la prière des Saints Innocents, de saint Vincent de Paul, de sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus, de saint Jean Bosco, du père Jean-Édouard Lamy et invoqueront leurs anges gardiens pour qu’ils les guident et les soutiennent, notamment dans les circonstances les plus délicates.
C’est dire assez que chaque Point-Cœur est d’abord une communauté contemplative. Mais le mot ne doit pas faire peur ! La prière ne rendra chacun que plus généreux et « efficace », et l’Esprit Saint qui accordera ses lumières dans la prière permettra de découvrir sans tâtonnement les vrais besoins de ceux qui entourent les Amis des enfants.
Il est sûr que cette expérience apportera énormément aux jeunes qui y consacreront un moment de leur vie. Elle risque de les bouleverser et leur permettra, sans doute, de découvrir l’essentiel et d’envisager la suite de leur existence d’une façon radicalement nouvelle, avec des objectifs différents de ceux qu’ils avaient auparavant. J’en veux pour témoin cette phrase reçue récemment d’une volontaire de mère Teresa, en séjour à Calcutta : « J’ai l’impression de faire ici une grande retraite car, au contact de la pauvreté la plus radicale, on est nécessairement amené à se remettre en question et à s’interroger sur le sens que l’on veut donner à sa vie. »
Et puis, il y a cette parole de Jésus que chacun ne pourra faire autrement que d’expérimenter : « Quiconque accueille un de ces petits enfants à cause de mon Nom, c’est moi qu’il accueille ; et quiconque m’accueille, ce n’est pas moi qu’il accueille, mais Celui qui m’a envoyé » (Mc 9, 37).
Que feront les Amis des enfants ?
Pour les Amis des enfants, l’essentiel ne sera pas de faire. Il y a des écoles, des hôpitaux, des orphelinats… Les Points-Cœur ne seront rien de cela. Ils seront plus simplement des foyers, en rien spécialisés, où les enfants sauront qu’ils pourront toujours venir pour être écoutés, aimés, compris. Cela n’empêchera pas, bien sûr, que si l’amour les appelle à cela, les Amis pourront à l’occasion donner à manger aux enfants, les soigner, les éveiller à la lecture et à l’écriture, les aider dans telle ou telle démarche, les accueillir pour une nuit, leur enseigner le catéchisme et la prière. En cela, les Points-Cœur seront donc un peu comme d’humbles compléments des familles. Les Amis des enfants pourront aussi organiser pour les petits des promenades, des jeux, des rencontres, bref toute activité ponctuelle qui les ouvrira à d’autres paysages que le leur. Ceci demandera évidemment aux Amis des enfants une grande souplesse, une constante disponibilité et un réel esprit de créativité.
Les Amis des enfants agiront en profonde communion avec l’évêque de leur diocèse et avec le curé de la paroisse sur laquelle ils seront établis. Ils tâcheront aussi d’avoir des liens étroits avec les différentes œuvres d’éducation et les hôpitaux créés dans les environs, à qui ils pourront rendre quelques services ponctuels et y envoyer, à l’occasion, les enfants susceptibles d’y recevoir la formation et les soins dont ils pourraient avoir besoin. En ce sens, chaque Point-Cœur se définira encore comme un « pont » entre la rue et la paroisse, entre la rue et les instituts caritatifs.
Autrement dit, il s’agira pour les Amis des enfants d’être un cœur paternel, maternel et fraternel à la fois, un cœur attentif, compatissant et accueillant. L’essentiel pour eux consistera en la qualité de leur présence et celle-ci sera d’autant plus grande que sera grande la qualité de leur présence à Dieu. En ce sens, les Amis des enfants seront d’abord des « adorateurs en esprit et en vérité » (Jn 4, 23).
On suppliera donc les pasteurs qui accueilleront les Points-Cœur de respecter leur vocation et de ne pas embaucher incessamment les Amis des enfants pour travailler dans les paroisses – même si elles ont des besoins immenses que, par ailleurs, l’on comprend bien –, pour apporter leur concours à telle ou telle école, œuvre, hôpital… Ceci détournerait les Points-Cœur de leur vocation réelle et ne respecterait pas l’intuition qui nous a été donnée. Il s’agit que les Amis des enfants soient le plus possible dans les rues de leur quartier ou dans leur maison, prêts à accueillir qui frappera…
On devra reconnaître un esprit commun dans tous les Points-Cœur. Cependant, chacun d’eux pourra avoir des activités un tant soit peu diverses, selon le lieu où ils seront établis et la façon dont l’Esprit Saint les conduira. Les différents Points-Cœur auront entre eux des relations épistolaires fréquentes, aussi profondes que possible, qui contribueront à former cet esprit constitutif de la famille Points-Cœur.
Une Œuvre de communion ecclésiale
Notre grand désir est que l’Œuvre Points-Cœur soit facteur d’unité dans l’Église et que cette unité se construise autour de l’enfant pauvre, comme ailleurs elle se construit autour du handicapé, du malade ou du vieillard. À cette fin, nous souhaitons vivement que vivent dans les Points-Cœur des jeunes issus de divers mouvements – français ou étrangers – ou des membres de communautés religieuses ou instituts séculiers différents. En ces temps, il nous semble en effet nécessaire que l’Église catholique témoigne par tous les moyens de son désir de communion et que ce désir s’incarne dans des temps de vie commune où l’on apprend à se libérer de ses préjugés, à se connaître, à s’aimer, à prier et à travailler ensemble. Les besoins sont tels qu’il est opportun de regrouper les forces et non de multiplier les initiatives.
Nous avons donc confiance que les supérieurs religieux comme les évêques permettront aux membres de leur communauté ou de leur clergé de connaître, s’ils le désirent, l’expérience de passer un certain temps au service des enfants pauvres dans un Point-Cœur. Et sûrement, ce qui pourra sembler au point de départ comme un sacrifice pour une congrégation ou pour un diocèse s’avérera vite comme une immense source de grâces pour ces mêmes congrégations et diocèses et pour l’Église tout entière.
Le fonctionnement matériel de l’Œuvre
Il sera demandé, si possible, aux jeunes qui séjourneront dans les Points-Cœur de prendre à leur charge les frais de leur voyage. S’ils ont quelque revenu, ils pourront aussi se charger des frais de leur séjour ; sinon, ils chercheront des « parrains » qui, chaque mois, leur feront parvenir une somme qui les aidera à vivre. On peut imaginer aussi que des étudiants, des scouts, des artistes organisent des activités dont le bénéfice sera versé au profit de l’Œuvre. Quoi qu’il en soit, jamais les questions financières ne doivent empêcher un jeune de connaître cette aventure des Points-Cœur et l’Association apportera toujours une aide aux maisons qui viendraient à manquer ou à un Ami des enfants qui serait en difficulté.
Par ailleurs, on essaiera de réduire au minimum les frais de gestion de l’Œuvre, en recourant le plus possible à des bénévoles pour les tâches administratives et « publicitaires », et en simplifiant à l’extrême les structures.
Liturgie d’envoi
Juste avant de rejoindre le lieu où ils seront affectés, les Amis des enfants participeront dans leur pays d’origine à une messe d’envoi, au cours de laquelle :
- L’assistance implorera tout particulièrement le Saint-Esprit sur chacun de ceux qui seront envoyés.
- Les Amis des enfants proclameront :
- leur volonté d’être vraiment serviteurs de Dieu auprès des petits enfants qu’ils serviront, et vrais témoins de l’Église catholique, leur mère ;
- leur volonté de demeurer dans une profonde unité ;
- leur volonté de s’engager à vivre pendant tout leur séjour dans le Point-Cœur dans un esprit de prière, de chasteté, de pauvreté et d’humilité ;
- leur adhésion pleine et entière aux perspectives de l’Œuvre.
- Le célébrant leur donnera un chapelet qui sera signe de l’importance de la prière mariale et de l’aide que la Vierge Marie accordera à chacun de ceux qui partiront. Sur la croix du chapelet sera gravé un cœur pour rappeler l’essentiel du message évangélique et la mission de chacun des Amis des enfants : « Être un cœur, tout cœur, rien qu’un cœur » (Maurice Zundel).
La responsabilité dans les Points-Cœur
À la tête de chaque maison, le fondateur de l’Œuvre ou le président de l’Association nommera un responsable, mais celui-ci cherchera à ne prendre les décisions qu’en unanimité parfaite avec ses compagnons. Il serait aussi envisageable que chaque Ami des enfants fasse tour à tour, au cours de l’année, l’expérience de la responsabilité de la maison.
L’Association Points-Cœur
Il s’agit d’une association loi 1901 créée pour diriger, venir en aide et faire connaître l’Œuvre Points-Cœur, celle-ci, en effet, n’étant pas dirigée par la congrégation des Serviteurs de Jésus et de Marie. Elle comporte des membres fondateurs, des membres d’honneur, des membres actifs et des membres adhérents. Le lieu d’information et de direction de l’Œuvre se trouve à Vieux-Moulin (Oise).
Une œuvre fragile comme l’enfance
J’ai infiniment conscience de l’audace que représente la fondation de ces petits refuges d’amour, de la fragilité qui sera toujours celle de l’Œuvre, en tant qu’elle est fondée sur des bénévoles et aura une mission délicate à remplir dans des situations particulièrement difficiles de détresse et de souffrances. J’ai enfin conscience de son apparente inefficacité aux yeux du monde et de la tentation constante que les Amis des enfants auront de vouloir « faire quelque chose », de créer des structures, d’organiser des activités qui durent.
Tant que l’Œuvre vivra dans la fidélité à l’intuition qui nous a été donnée, elle marchera sur l’eau et demandera à ceux qui en seront les responsables une confiance de tout instant. Mais n’est-ce pas l’appel que Jésus adresse aux hommes tout au long de l’Évangile : « N’ayez pas peur ! […] Votre Père céleste sait que vous avez besoin de tout cela. Cherchez d’abord le Royaume et sa justice, et tout vous sera donné par surcroît ! Ne vous inquiétez donc pas du lendemain : demain s’inquiétera de lui-même. À chaque jour suffit sa peine ! » (Mt 6, 32-34) ? N’est-ce pas là la condition – un abandon total – pour qu’une œuvre comme celle-ci soit réellement prophétique ?